Le socialisme aujourd’hui (3) : la tragédie grecque en 5 graphiques

Headless Mask By: Andrew Turner - CC BY 2.0

Grèce : il n’est pas facile d’obtenir de bonnes réformes dans un pays où la plupart des adultes en âge de voter vivent directement ou indirectement aux crochets des contribuables.

Par Daniel J. Mitchell.

Dans la première partie de cette série sur les diverses formes que revêt le socialisme aujourd’hui, nous avons examiné le tragique effondrement de l’étatisme vénézuélien, et dans la deuxième, nous nous sommes penchés sur le « social-libéralisme » scandinave.

Aujourd’hui, la troisième partie porte sur la dégradation continue de la Grèce.

Le fardeau des dépenses publiques

J’ai expliqué à maintes reprises que la décrépitude grecque est causée par un fardeau budgétaire de plus en plus lourd. Examinons deux graphiques, tirés de la section « dépenses publiques » de Our World in Data, qui confirment cet argument.

Le premier graphique montre le fardeau global des dépenses publiques à partir de 1880. Comme vous pouvez le constater, les dépenses ont généralement consommé un peu plus de 20 % de l’économie du pays (sauf pendant les guerres) entre 1880 et le milieu des années 1960. Et puis le fardeau des dépenses publiques a explosé.

Qu’est-ce qui a conduit à cette malheureuse augmentation du fardeau des dépenses publiques ?

Nous trouvons la réponse dans notre graphique suivant, qui montre que les dépenses de redistribution ont monté en flèche ces dernières années. En d’autres termes, l’État-providence est responsable à 100 % de la crise budgétaire grecque, que l’on s’intéresse aux données à court terme ou à ces chiffres sur longue période.

Le chaos démographique

Toutes ces dépenses supplémentaires ont-elles donné de bons résultats ? Pas vraiment. À mesure que la sphère étatique s’est étendue et a évincé le secteur privé, les espoirs de la population grecque ont été anéantis. Comme le rapporte le Washington Post, la réponse des Grecs a été une baisse du nombre d’enfants et une hausse de l’émigration.

Lors de la crise profonde et prolongée du pays, qui a débuté fin 2009 et s’est aggravée en 2011 et au-delà, un taux de natalité déjà faible a encore baissé, comme cela s’est produit dans toutes les économies en difficulté du sud de l’Europe. La Grèce a également été touchée par un deuxième facteur : un demi-million de personnes ont fui le pays, dont beaucoup sont de jeunes parents potentiels. (…)

Le taux de fécondité en Grèce, d’environ 1,35 naissance par femme, est l’un des plus bas d’Europe et est bien inférieur au taux de 2,1 nécessaire pour une population stable. (…) En 2009, juste avant les moments les plus graves de la crise, il y avait 117 933 naissances en Grèce. Depuis, ce nombre a diminué régulièrement, devenant bien plus faible que le nombre de décès. Le total des naissances en 2017, 88 553, était le plus bas jamais enregistré.

Le graphique de cette histoire est incroyable et, d’une certaine manière, très sinistre :

Cette contraction démographique ne serait pas un gros problème si la Grèce était comme Hong Kong et avait un système privatisé de sécurité sociale. Mais ce n’est évidemment pas le cas. Au lieu de ça, la Grèce est un gouffre de droits sociaux coûteux.

Malgré toutes ces mauvaises nouvelles, des intérêts particuliers en Grèce continuent de faire pression pour obtenir davantage d’aides et de dépenses. Et ils ont des alliés en Europe, comme le rapporte cet article de l’EU Observer :

Dunja Mijatovic, commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, a déclaré à EU Observer que les Grecs souffrent toujours des conséquences des renflouements internationaux et des réformes économiques structurelles imposées. (…) Ses commentaires font suite à la publication de son rapport de 30 pages sur l’impact des mesures d’austérité en Grèce, qui affirme que celles-ci ont violé le droit des personnes à la santé, inscrit dans la Charte sociale européenne, et érodé la qualité des écoles. (…) Mijatovic, qui a effectué une tournée en Grèce au cours de l’été, dit qu’elle a été frappée par les coupes importantes dans des domaines comme les services de santé maternelle et pédiatrique.

Mais je veux être honnête. Il y a parfois quelques progrès dans le pays, comme l’indique un autre article de l’EU Observer :

La Grèce a fait un pas de plus vers la séparation de l’Église et de l’État en radiant de la fonction publique 10 000 employés de l’Église. Un accord conclu entre le Premier ministre Alexis Tsipras et l’archevêque Ieronymos II prévoit également le règlement d’un différend immobilier vieux de dix ans entre l’État grec et l’Église orthodoxe – qui est l’un des plus grands propriétaires immobiliers du pays.

Je considère cela comme un petit pas dans la bonne direction.

Les dérives bureaucratiques

Et il y a d’autres signes encourageants, comme l’illustre cet autre récit de Der Spiegel.

Olga Gerovasili, ministre de la Réforme de l’État (…) supervise une refonte de l’administration qui pourrait transformer le pays comme personne ne l’a fait depuis que la Grèce a rejoint l’UE. Elle veut abolir le clientélisme grec. (…) Pendant des siècles, l’administration grecque n’a été qu’une excuse au népotisme juridique. (…) Les relations étaient plus importantes que les compétences pour pourvoir les postes de fonctionnaires. (…) Les nominations aux postes ne devraient plus être confiées à de puissants politiciens locaux. (…) Le but du système est aussi de faire en sorte de révoquer les fonctionnaires incompétents. (…)

Une autre révolution. L’administration grecque avait la réputation d’être un véritable labyrinthe. Les dossiers pouvaient voyager pendant des années dans des dizaines de bureaux publics. Lorsque les bureaucrates ne sont pas embauchés pour leurs compétences, ils cherchent à justifier leur existence en signant le plus de choses possible. (…) Tout comme le népotisme, cela devrait aussi appartenir au passé.

J’espère que ces réformes sont réelles et définitives. En effet, une bureaucratie pléthorique et improductive est l’une des principales causes des dépenses excessives en Grèce. Mais le temps nous le dira. Après tout, ce n’est pas facile d’enlever le pain de la bouche à une population qui s’estime dans son bon droit.

« La Grèce doit enfin ouvrir ses marchés – c’est la chose la plus importante », déclare Aristides Hatzis, professeur de droit de 51 ans à l’Université d’Athènes. Hatzis a écrit l’un des best-sellers les plus surprenants de Grèce de ces dernières années : une introduction à la pensée du laissez-faire. C’est surprenant parce que le libéralisme économique n’a pas de racines profondes en Grèce. « Au cours des dernières décennies, les gouvernements ont tellement échoué que les Grecs accusent l’État de tout ce qui ne va pas », dit Hatzis. « Il est difficile de retirer les privilèges des groupes de pression influents. Tant que cela ne se produira pas, dit-il, le pays ne se redressera pas. »

La constance dans les mauvais choix politiques

Après avoir examiné l’évolution de l’économie grecque, voyons maintenant comment les responsables politiques du pays ont réagi à la crise. Est-ce qu’ils libéralisent ? Est-ce qu’ils creusent davantage le trou ? En d’autres termes, les bonnes réformes l’emportent-elles sur les dérapages, ou inversement ?

Naomi Klein sera satisfaite de la réponse. Voici deux autres graphiques, basés sur les chiffres de l’Economic Freedom of the World, qui montrent tous deux que la Grèce s’oriente dans la mauvaise direction.

Tout d’abord, nous constatons que le score de la Grèce en matière de liberté économique a chuté au cours des dix dernières années.

Les politiciens grecs exacerbent la crise économique
en réduisant considérablement la liberté économique

Le fardeau fiscal

Et pour quelle raison la liberté économique a-t-elle baissé ?

La principale cause est que la politique budgétaire s’est beaucoup dégradée, en grande partie grâce au FMI et à divers plans de sauvetage (conçus en fait pour renflouer des banques irresponsables dans des pays comme la France et l’Allemagne).

Quoi qu’il en soit, les mauvais conseils ont eu les bonnes grâces des politiciens du pays qui se sont servis de l’argent des sauvetages comme excuse pour imposer des prélèvements plus élevés, suivis de prélèvements plus élevés, pour décider d’augmenter encore plus les prélèvements.

Les politiciens grecs exacerbent la crise budgétaire en augmentant
les taux de prélèvement et le fardeau des dépenses

En fin de compte, il est difficile d’être optimiste au sujet de la Grèce. Oui, il y a des signes positifs. De plus en plus de gens se rendent compte que le développement de l’étatisme a été mauvais pour la Grèce. Mais il n’est pas facile d’obtenir de bonnes réformes dans un pays où la plupart des adultes en âge de voter vivent directement ou indirectement aux crochets des contribuables.

À suivre : le quatrième article de notre série, consacré au dirigisme français


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.