Macron, antisionisme et censure progressiste

Manifestation by Olivier Hoffschir(CC BY-NC-ND 2.0) — Olivier Hoffschir(, CC-BY

Comment va-t-on désormais déterminer ce qui relèvera de la critique admissible du crime de pensée, où se trouvera cette limite, comment savoir ?

Par PABerryer.

À la suite des récents actes antisémites (agression de Finkielkraut, profanation de cimetières, tags, etc.), l’emballement médiatique habituel s’est déchaîné et le président Macron a annoncé une série de mesures allant de la modification de la définition de l’antisémitisme, pour y inclure une partie de l’antisionisme, au renforcement du contrôle des réseaux sociaux. Macron réussit l’exploit de cumuler les défauts de Sarkozy et Hollande : une loi = une restriction de liberté !

Les Juifs comme cible

Il n’est pas niable que l’antisionisme serve régulièrement de couverture à l’antisémitisme. Toutefois, profiter du diner du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) pour annoncer ces nouvelles mesures de lutte contre l’antisémitisme, et en particulier pour y inclure certaines critiques d’Israël, vont renforcer les attaques contre les Juifs.

En effet, comment penser que ces nouvelles mesures vont dissuader un antisémite de renoncer à ses croyances ? Ces nouveautés vont plus certainement renforcer ses convictions que les Juifs sont intouchables, et qu’ils dirigent discrètement la politique de nombreux pays. Il pourra utiliser ce nouvel arsenal comme la preuve de ce qu’il avance. On voudrait leur mettre une cible sur le dos que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

La justice inutile

In fine, cet empilement de mesures réprimant l’antisémitisme va finir par rendre la justice inutile dans la répression de ce genre d’acte. Au delà du fait que demander une protection particulière contre l’antisémitisme pourrait renforcer la défiance à l’égard des Juifs, le bal ininterrompu du trio infernal « Fait divers, battage médiatique, loi nouvelle » détruit l’efficacité judiciaire.

À aucun moment ne se pose la question de savoir si l’arsenal en place est pertinent, efficace, dissuasif. La justice est une affaire humaine et une affaire de temps : préparation de la loi, vote, décrets d’application, application concrète,  voies de recours, et enfin la mesure de l’efficacité de la peine. Et ce temps est allongé par la faiblesse des moyens alloués.

Alors, est-il plus simple de s’indigner au premier micro tendu que de prendre le temps d’appliquer la loi et l’évaluer. Si l’on suit la logique jusqu’au bout, et pour éviter toute récidive en la matière, il suffirait de guillotiner les contrevenants, éliminant ainsi tout risque de récidive et assurant une efficacité certaine…

La liberté rognée

Enfin, ces affaires sont une nouvelle excuse dans la progression sur la route de la servitude. L’extension de la définition de l’antisémitisme pour y inclure une partie, une partie seulement, de l’antisionisme, c’est-à-dire la critique d’Israël, va renforcer la criminalisation de l’opinion et donc des libertés.

De fait, comment déterminer ce qui relèvera de la critique admissible du crime de pensée, où se trouvera cette limite, comment savoir ? Ce qui est certain est que cette législation servira à faire taire des personnes sans doute peu recommandables, dont nous ne partageons pas les lubies. Il n’empêche que si on fait taire ces personnes aujourd’hui, alors soyons sans illusions, nous pourrons être ces personnes que l’on fera taire demain au nom du progrès et du vivre ensemble. Qui aurait cru que le poème qui suit serait encore tristement d’actualité ?

« Ils sont d’abord venus chercher les socialistes, et je n’ai rien dit
Parce que je n’étais pas socialiste
Puis ils sont venus chercher les syndicalistes, et je n’ai rien dit
Parce que je n’étais pas syndicaliste
Puis ils sont venus chercher les Juifs, et je n’ai rien dit
Parce que je n’étais pas juif
Puis ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne pour me défendre. » Martin Niemöller