Privatisation des voitures radars : un bilan en trompe l’œil

Avec une condamnation financière moyenne de 135 euros, c’est près de 3 fois le montant moyen relevé par les radars automatiques ! OPINION

Par Pierre Chasseray.

Un millier d’amendes et puis s’en vont. Voilà le premier bilan, dans les faits, de la mise en place de la « privatisation » des radars embarqués, cachés dans les plaques d’immatriculation. Mais derrière ce petit nombre de verbalisations, une autre réalité se cache, bien moins sympathique pour les automobilistes.

Il est vrai que nous serions tentés de penser que la « machine à cash » que nous redoutions tant n’aura pas lieu, que les avertissements que l’association « 40 millions d’automobilistes » avaient envoyés étaient sans fondement. Et pourtant, les 1873 verbalisations en 6 mois cachent bel et bien une réalité plus inquiétante.

Déjà, il convient de relativiser l’enthousiasme. Car en effet, difficile de ne pas lier ce peu de verbalisations au recours engagé par notre association auprès du Conseil d’État. Sans nul doute, les arguments avancés par « 40 millions d’automobilistes » ont freiné l’engrenage d’une surverbalisation potentielle…

Le montant des amendes

Mais surtout, c’est le montant moyen de l’amende constaté par ces voitures flasheuses confiées à des sociétés privées qui pose question. Avec une condamnation financière moyenne de 135 euros, c’est près de 3 fois le montant moyen relevé par les radars automatiques ! Si l’écrasante majorité des excès de vitesse constatés en France sont en effet liés à des excès de vitesse entre 1 et 20 km/h, il semblerait, selon l’interprétation de la sanction moyenne, que les infractions constatées soient bien plus importantes…

Alors qu’en déduire ? Il est évident que certains s’empresseront de dénoncer le mauvais comportement des Français, justifiant par là-même l’amplification de la répression. Mais l’honnêteté intellectuelle nous commande de nous rappeler les craintes de notre association lors de la mise en place de ce système et notre inquiétude de voir circuler ces véhicules sur des axes où la limitation de vitesse litigieuse pourrait conduire à coup sûr à des dépassements de la vitesse autorisée.

Une nouvelle fois, ce débat qui ne s’éteint pas marque bien la limite d’une mission qui ne devrait pas tolérer de passer entre les mains du « privé ». La course à l’argent n’a pas de sens lorsqu’il s’agit de parler de sécurité de nos routes.