Ces sirènes et gyrophares qui annoncent les privilèges politiques

En enfreignant les règles élémentaires du Code de la route, ces véhicules gouvernementaux (et souvent ministériels) signalent, de façon ostentatoire, que leurs passagers ne sont pas des citoyens comme les autres.

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Ces sirènes et gyrophares qui annoncent les privilèges politiques

Publié le 9 février 2019
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Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

Se promener aux abords de l’Assemblée nationale un jour de questions au gouvernement permet d’assister à un étrange empressement de berlines qui foncent vers la Chambre. Gyrophares allumés, elles coupent les priorités et interrompent la circulation, probablement pour arriver à l’heure à cette séance démocratique importante.

Le phénomène semble anodin au premier abord, mais il est révélateur d’un dysfonctionnement de la démocratie française : en enfreignant les règles élémentaires du Code de la route, ces véhicules gouvernementaux (et souvent ministériels) signalent, de façon ostentatoire, que leurs passagers ne sont pas des citoyens comme les autres.

Des signaux pourtant déconseillés

Ce comportement est d’autant plus étonnant qu’il est en contradiction avec les consignes gouvernementales. Une circulaire de Pierre Bérégovoy datant de 1992 indiquait ainsi que « l’utilisation des avertisseurs spéciaux, sirènes et gyrophares est abusive et largement injustifiée, notamment à Paris. Elle exaspère, à juste titre, la population ». Le Premier ministre exigeait dès lors que les ministres n’aient recours à ces « équipements spéciaux » que « dans les seuls cas indispensables ». Il insistait : « Il importe que vous refusiez ces facilités pour vos propres déplacements, sauf en cas de force majeure ». Il est peu probable que les QAG correspondent à cette situation.

Les ministres ne sont pas les seuls à profiter de ces avantages. En 2013, le ministère de l’Intérieur – qui reconnaissait ne pas tenir les comptes – indiquait que « l’usage veut qu’en règle générale seuls les ministres et les directeurs de leur cabinet disposent d’un véhicule équipé “police” ». Mais il relevait aussi par exemple que le Conseil économique et social disposait de deux de ces voitures…

Qu’est-ce que peut bien justifier cette dérogation ? Pourquoi les grands patrons n’ont-ils pas droit aux gyrophares eux aussi ? Après tout, comme le relève l’Insee cette semaine, les multinationales françaises emploient près de 10 millions de personnes au total (dont 55 % dans un pays étranger) ; il n’est pas interdit de penser qu’ils ont davantage contribué à la croissance et au bien-être des citoyens français que de nombreux membres des gouvernements successifs… Comme beaucoup d’autres d’ailleurs !

Tocqueville a expliqué que la démocratie n’est pas qu’un système d’institutions politiques : c’est également un modèle de société, animé par la « passion » de l’égalité. L’économie de marché lui est consubstantielle, car elle suppose l’égalité de principe de tous ses acteurs. Dans ces sociétés, les seules distinctions admises entre les citoyens « sont celles de leurs vertus et de leurs talents » (article 6 de la Déclaration des droits de l’homme) – et elles ne dérogent pas au principe selon lequel la loi « doit être la même pour tous ».

Les sirènes et gyrophares des voitures ministérielles sont donc des privilèges, que Diderot décrivait dans son Encyclopédie comme des « injustices faites à tous les hommes en faveur d’un seul », et parmi lesquels il distinguait les « privilèges de dignités » qui « sont ceux qui, ou pour services rendus, ou pour faire respecter davantage ceux qui sont à rendre, sont accordés à des particuliers ». Le privilège honore, mais il oblige également.

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  • beaucoup de bruit dans leur déplacement……ça donne l’impression qu’ils travaillent ….la bonne blague …..

  • « Pourquoi les grands patrons n’ont-ils pas droit aux gyrophares eux aussi  »
    Croyez-vous que ça ne soit pas le cas? La Ripoubliue des copains et des coquins…

  • Excellent !
    Et c’est comme ça que certains qui roulent derrière des motards perpétuellement en grand excès de vitesse décide que les habitants de la Meuse, de la Lozère, de l’Aveyron, de la haute marne, de l’Ariège, de Dordogne, etc. etc. sont trop cons pour avoir le droit de rouler a 90 dans les lignes droites de nos nationales.
    Une question me taraude, que faire de tels abrutis ? Le grand débat doit régler la question de ces nuisances des Enarques.

  • Les « élites » politiques croient légitimes les privilèges qui leur permettraient d’assurer leur mission de service public au-delà d’intérêts privés secondaires. Ils ignorent tout, pour la plupart, des « élites » économiques qui travaillent au moins autant qu’eux sans bénéficier d’avantages indus auto-attribués, et qui, elles, construisent la valeur ajoutée de la Nation que ces technocrates privilégiés s’approprient sous des prétextes fallacieux (taxes écologiques jetées au budget général sans incidence sur l’environnement…). Ce qui est perturbant, c’est que la morale clanique qu’il se sont construite les exonère de toute culpabilité, voyez l’exemple Pénélope : visiblement Fillion a été sincèrement surpris car, dans son monde, donner nos impôts à une épouse d’homme politique est tout à fait normal, puisqu’ils le font tous…

  • La seule chose à retenir est que ces politiciens croient que ce qu’ils font est plus important que ce que les manants font. Donc, ils sont plus importants que les autres.
    Leurs opinions ou idées sont plus justes que celles des autres. Ce qui restera de Mitterrand par exemple, c’est l’abolition de la peine de mort… Un problème qui concernait moins d’une dizaine de Français par législature, et pas les plus recommandables.
    Idem pour le référendum de 2005 avec 54,68% pour le NON. Quelques centaines de parlementaires iront contre l’avis des Français pour finalement entériné la constitution Européenne. parce qu’ils sont meilleurs…

  • Je n’oublierai jamais le jour ou j’ai vu, boulevard des Invalides à Paris, un flic gueuler, « dépechez vous!! », à une maman avec pousette et un enfant dans les bras qui osait traverser le boulevard qui venait d’être fermé pour l’arrivée d’un cortège ministériel. Bien évidemment, il n y avait aucune voiture sur l’horizon…. Une honte.

  • « Gyrophares allumés, elles [les berlines] coupent les priorités et interrompent la circulation, probablement pour arriver à l’heure à cette séance démocratique importante. » d’Erwan le Nohan, l’auteur de l’article

    « Et c’est comme ça que certains qui roulent derrière des motards perpétuellement en grand excès de vitesse décident que les habitants de la Meuse, de la Lozère, de l’Aveyron, de la Haute Marne, de l’Ariège, de Dordogne, etc. etc. sont trop cons pour avoir le droit de rouler à 90 dans les lignes droites de nos nationales. » d’Esprit critique, en commentaire le 9 février, à 10h12.

    Cela me fait penser à deux paragraphes sur le courier que j’ai reçu, m’annonçant la récupération de mon point perdu l’été dernier, flashé que je fus, de nuit, sur une voie rapide.
    Voici les paragraphes :
    « Pendant ces 6 mois [avec un point en moins sur les 12 de mon permis], votre comportement de conducteur s’est probablement traduit par un respect accru des règles de conduite. Aussi, je* vous encourage à maintenir votre vigilance pour ne plus perdre de points mais surtout pour protéger votre vie ainsi que celle de vos proches et des autres usagers de la route.

    En agissant ainsi, vous contribuez à rendre la route plus sûre pour l’ensemble de la collectivité. »
    (signé par *le chef du bureau national des droits à conduire, pour le ministère de l’intérieur.)

    heu.. comment dire… ? Foutage de gueule !
    Pour rendre la route plus sûre, je dois rouler en suivant les panneaux arbitraires, mais ceux qui sont dans des berlines avec son et lumière, sans être de services d’urgence, n’y sont pas contraints, et eux évidemment, ne rendent pas la route moins sûre pour la collectivité.

    N’y a-t-il pas eu une « abolition des privilèges » en août 1789 ?

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