Faut-il un but dans la vie ? Mais au fait, qu’est-ce qu’un but ?

La définition de but par contraintes est extrêmement puissante aussi bien sur le plan personnel que dans une organisation. Il est toujours plus facile de définir ce que l’on ne veut pas que d’imaginer ce que l’on veut.

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Faut-il un but dans la vie ? Mais au fait, qu’est-ce qu’un but ?

Publié le 5 février 2019
- A +

Par Philippe Silberzahn.

L’article que j’ai écrit récemment, intitulé « Faut-il un but dans la vie ? », a reçu un écho important. Nombreux ont été ceux qui m’ont dit leur soulagement de lire que l’on pouvait réussir sa vie sans jamais avoir eu de but précis. Néanmoins, dire qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un but dans la vie peut laisser penser que l’on peut avancer au hasard. On peut, mais ce n’est pas nécessaire. Entre le but rigide et la marche au hasard, il y a quantité de nuances. Pour comprendre pourquoi, il faut revenir sur la façon dont nous définissons ce qu’est un but. Comme souvent, si nous changeons de définition, plein de possibles s’ouvrent.

La plupart du temps nous définissons un but comme un état souhaité dans le futur. Typiquement : « Je veux être pilote de chasse quand je serai grand » ou « Nous devons prendre 15 % de ce marché dans les trois ans ». Il s’agit là de buts très précis. On peut cependant avoir un but plus général : « Je veux piloter un avion quand je serai grand » ou même « Je veux travailler dans l’aviation quand je serai grand ».

Lorsque le but est précis, il n’y a guère que deux possibilités : il est atteint ou il n’est pas atteint, c’est-à-dire que le résultat doit être égal au but pour qu’il y ait succès. Lorsque le but est plus vague, il n’a pas à être strictement égal au résultat (il ne peut pas l’être en fait) pour réussir.

Si je dis « Je veux piloter un avion quand je serai grand », ce but peut être atteint si je suis pilote de chasse, si je suis pilote civil, ou si je pilote un avion de tourisme pour mon plaisir. Il y a donc plusieurs résultats possibles pour un but donné. Intuitivement, on sent donc qu’on se laisse davantage d’espace pour réussir. On quitte le résultat binaire évoqué précédemment : soit le résultat correspond exactement au but, et j’ai réussi, soit il ne correspond pas et j’ai échoué. Dans le second cas, il y a davantage de possibilités qui correspondront au succès.

Au travers de cet exemple émerge une nouvelle façon de définir un but, qui a été proposée par le chercheur Herbert Simon, et qui est la suivante : un but est un ensemble de contraintes. Dire « Je veux travailler dans l’aviation plus tard » c’est, de façon imagée, tracer un cercle dans l’espace des possibles en disant : je ne sais pas exactement ce que je ferai plus tard, mais il faudra que ce soit dans l’aviation. Cela revient à éliminer quantité de possibilités.

On se définit par ce qu’on ne veut pas. C’est un pré-engagement, c’est-à-dire une contrainte qu’on se fixe volontairement pour faciliter la construction de son futur. La notion de pré-engagement est fondamentale et elle n’est pas nouvelle. C’est celle que s’applique par exemple le système de justice occidental lorsqu’il dit « C’est à l’accusation de prouver que l’accusé est coupable. »

Dès lors et très concrètement, un but très précis n’est rien d’autre qu’une série de contraintes. La différence entre « Je veux travailler dans la restauration » et « Je veux lancer une activité de livraison de plats cuisinés bio mexicains low cost en moins de trente minutes dans la région ouest de Lyon » c’est simplement que le second but, beaucoup plus précis, est défini par un plus grand nombre de contraintes. De manière importante, ces contraintes sont toutes obligatoires. Elles doivent toutes être respectées. Si je réussis à lancer un tel service, mais que je n’arrive pas à livrer en moins de trente minutes, je n’aurai pas atteint mon but.

Donc quand un étudiant dit qu’il ne sait pas ce qu’il veut faire mais qu’il est passionné par l’aviation, ou quand un entrepreneur dit qu’il veut travailler dans la restauration, on ne peut pas dire qu’ils n’ont pas de but. Ils en ont un, mais faiblement contraint, qui laisse ouvert de nombreux possibles et qui est donc moins fragile. Dans cette démarche, l’action va donc consister à ajouter des contraintes au fur et à mesure de son expérience pour faire émerger le but en même temps qu’on le réalise.

Créer les contraintes pour définir le but

Comment ces contraintes vont-elles s’ajouter ? Principalement en s’associant avec d’autres. Si je veux travailler dans la restauration, je pars de ce que j’ai sous la main : pas grand-chose mais est-ce que je parle anglais ? Je peux toujours chercher un job de serveur dans un restaurant situé dans une zone touristique, ou je peux commencer à cuisiner pour mes amis pour voir ce que cela donne. Au sein de mon espace de contrainte, pour l’instant délimité par le fait que je veux travailler dans la restauration, je peux essayer plusieurs choses.

Si quelqu’un me propose de cuisiner pour l’anniversaire de sa femme et que j’accepte, c’est une nouvelle contrainte qui rend plus précis mon but. En agissant ainsi, j’augmente mes ressources disponibles (j’ai maintenant une première expérience de cuisine à domicile pour un événement privé) et je peux envisager de nouveaux buts. Par exemple, en cuisinant pour cet événement, l’un des invités passe un peu de temps avec moi et me propose de filmer mon travail.

La vidéo devient virale et je commence à donner des cours de cuisine en ligne avec son aide. Ma nouvelle contrainte choisie est l’enseignement de la cuisine en ligne. Si ça ne marche pas vraiment, je supprime la contrainte mais en restant dans la contrainte initiale, travailler dans la restauration. L’intéressant ici est que chaque nouveau but se nourrit de ce qui a été fait précédemment. Il n’est même possible que par ce qui s’est produit auparavant. Il est donc plus riche et aussi plus personnel, parce qu’il est basé sur ce qu’on a sous la main, et qu’on progresse par petits pas (en perte acceptable). Il a beaucoup plus de chances de réussir.

Au final, la définition de but par contraintes est extrêmement puissante aussi bien sur le plan personnel que dans une organisation. Il est toujours plus facile de définir ce que l’on ne veut pas que d’imaginer ce que l’on veut. Quant à définir ce qu’on veut, c’est toujours plus facile avec quelqu’un d’autre, sur la base de ce qui existe et qu’on a sous la main. L’enjeu est donc de se mettre des choses sous la main, c’est par là qu’il faut commencer. Vous n’avez pas de but dans la vie ? C’est votre chance.

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  • Construire sa vie sur ce qu’on ne veut pas est certainemen vrai, mais terriblement chiant pour les autres.
    J’ai souvenir d’une amie qui, quand nous allions au restaurant, égrenait la carte en citant toutes les choses qu’elle n’aimait pas devant un serveur poli, mais impatient…
    Qu’est ce qu’il en avait a cirer de ce qu’elle ne voulait pas, il n’attendait qu’une chose :
    Qu’est ce que vous prenez ?
    Alors dans la vie, dites ce que vous voulez, le reste on s’en fout…

    • « Alors dans la vie, dites ce que vous voulez, le reste on s’en fout… »
      Ce n’est pas faux !
      Je demande le bonheur du vivant sur Terre, voilà qui n’est pas trop contraignant ni restrictif comme but.
      Puisque je fais partie du vivant, je serais également dans le bonheur.
      N’est ce pas magnifique comme programme ?
      L’Homme à la capacité de s’extraire de la condition animale, pourquoi s’évertue-t-il a maintenir les conditions de compétition/destruction dans le système économique et donc sur la planète, puisque le système économique n’est pas hors sol.
      Ne pouvons nous faire mieux, pas plus, mais mieux ?

      • Cet article vous intéressera peut être:
        https://www.contrepoints.org/2017/04/17/286814-liberalisme-nest-sauvage

        L’Homme, contrairement a l’animal, est en compétition pour produire et pas pour consommer, ce qui est radicalement opposé.

        • « en compétition pour produire et pas pour consommer »
          Oui voilà, en fait, surtout en compétition pour capter de la valeur abstraite, l’argent, système artificiellement crée par l’humains, argent volontairement rare. Le système monetarobancaire actuel* est ainsi.
          *yakfokon mettre d’autres règles monetarobancaires en place., c’est nous qui décide ! (sur le papier car en fait non, des intérêts puissants et la peur cadenassent tout )
          Actuellement, peu importe le moyen et les conséquences , il FAUT faire de l’argent.
          Peu importe si cela éloigne tout le vivant du bonheur.
          On marche sur la tête. On peut mieux faire mais pour cela il faut déjà le vouloir et encore faut-il auparavant avoir constaté les dégâts.

          • Je n’ai peut être pas compris votre argument..?
            Peu importe la rareté ou l’abondance de l’argent, ce sont les biens et services qui améliorent notre confort de vie, puisque chacun de nous consomme ce qu’il juge bon pour lui, non ?
            Dès lors, produire des biens et services de meilleure qualité avec moins de ressources tend à enrichir la société si je ne me trompe pas. Or c’est ça qu’encourage une société de libre concurrence entre producteurs, radicalement opposée à une société sauvage, mettant en concurrence les consommateurs.

            Si vous pensez qu’un système de libre concurrence tend à enrichir l’ensemble de la société, mais que vous trouvez les inégalités de richesse injustes, alors nous avons simplement un désaccord de valeurs et ça ne m’importe pas,

            En revanche, si vous pensez qu’un système de libre concurrence tend à appauvrir la société, alors je n’ai vraiment pas compris votre argument ci-dessus bien qu’il m’intéresse.

            • Mon « argument » est avoir comme but le bonheur sur Terre, le bonheur de tout le vivant comme but, plutôt que courir après l’argent, comme un hamster dans sa roue, système savamment entretenu par la peur de ne pas en avoir assez.
              Comme vous dites ce sont les biens et services qui comptent (le réel) or vous remarquerez que nous n’en manquons pas, nous manquons juste d’argent.
              Pour précision « … produire des biens et services de meilleure qualité avec moins de ressources tend à enrichir la société »
              Dans le réel, c’est ce que vous dites mais cela ce traduit par une consommation de plus de ressources, puisqu’il y a enrichissement et donc de plus en plus de biens avec un meilleur rendement mais plus de ressources au final.
              La concurrence dans tout ça ? J’ignore (sincèrement) si c’est bénéfique au bonheur sur Terre. Instinctivement je ne le sens pas….
              C’est peut être les conséquences de cette concurrence dans la système actuel qui me déplaisent: moyens de subsistance de l’individu mis en jeu dans le processus de concurrence, un peu la vie ou la mort.
              La créativité, le progrès émerge aussi lorsque la substance est assurée.
              La précarité oblige a concentrer son énergie sur la survie, d’où peut émerger une créativité.
              Les civilisations prospères ont permis des avancées.
              .
              Quelle voie amène plus de bonheur ?
              En tout cas la concurrence est bénéfique et surtout nécessaire au système monetarobancaire, ça c’est sûr.

        • « L’Homme, contrairement a l’animal, est en compétition pour produire et pas pour consommer »

          Cela me paraît être faux, et à plusieurs égards. D’abord, l’homme peut se mettre en compétition pour consommer (cf désir mimétique) voyez les empoignades à l’entrée des magasins au lancement des soldes. Ensuite, les animaux sont en compétition pour consommer, mais la chasse de leurs proies ou la collecte de leurs aliments requiert de produire un travail, dont la défense d’un territoire n’est pas le moindre! Enfin, il y a des espèces qui produisent littéralement pour leur consommation personnelle, par exemples certaines espèces de fourmis, les abeilles, et d’autres encore, et cela les mets en confrontation avec d’autres animaux qui convoitent leur production.
          Opposer production et consommation me semble être une erreur fondamentale, qui sont plutôt dépendantes l’une de l’autre, et parfois même il peut être malaisé de les dissocier, tellement l’une procède de l’autre.

          • « D’abord, l’homme peut se mettre en compétition pour consommer »
            Je suis d’accord avec ça, les Hommes sont en permanente concurrence en tant que consommateurs. A partir du moment où ils vivent dans une même société. Aucun modèle ne pourra jamais abolir ça : il faudrait qu’une infinité d’individus puissent consommer le même bien ou service sans jamais l’altérer. La panacée.
            D’ailleurs cette concurrence entre consommateurs peut se réguler par divers moyens; par la force dans une société sauvage, par le système des prix dans une société de marché libre. Selon moi c’est de cette manière que l’Homme s’est « extrait de sa condition animale », pour paraphraser leham.

            « Ensuite, les animaux sont en compétition pour consommer, mais […] et cela les mets en confrontation avec d’autres animaux qui convoitent leur production. »
            Seulement l’animal ne s’intéresse qu’à la consommation, car c’est la consommation qui lui permet de satisfaire ses besoins naturels. Travailler n’est qu’un moyen pour lui de maximiser la quantité et la qualité des biens qu’il pourra consommer, mais en aucun cas le travail en lui-même ne l’intéresse.
            Un chat sauvage est obligé de travailler pour consommer, tandis qu’un chat domestique consomme sans se préoccuper de sa situation de sans-emploi.
            D’ailleurs, vous précisez que les animaux convoitent la production des autres à la fin de votre paragraphe. C’est à dire qu’ils convoitent les biens produits par les autres, en tant que consommateurs. Mais ils ne convoitent pas l’emploi des autres, en tant que producteurs.

            Je n’ai pas saisi la raison pour laquelle opposer production et consommation est une erreur, selon vous. Ce n’est pas moi qui les oppose, elles s’opposent autant par leur nature que par leurs effets.
            La consommation est une fin, alors que la production est un moyen.
            La consommation est indispensable à la satisfaction de nos besoins naturels, alors que la production ne l’est pas. Elle est même plutôt chiante, en réalité.

            En l’occurrence, si j’ai pointé la différence entre concurrence des producteurs et concurrence des consommateurs, c’est par ce que la première est propre à la société libre, alors que la seconde est propre à la société sauvage. Or dans son premier commentaire de 10h00, leham semble les confondre et conclure que l’Homme ne s’est pas extrait de sa condition animale.

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