Fin de l’anonymat sur Internet : le rectificatif de l’Exécutif

L’anonymat sur internet semble préservé, si l’on en croit les dernières déclarations politiques. Mais la méfiance doit rester de mise.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Freedom of speech by Ahdieh Ashrafi(CC BY-NC-ND 2.0)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Fin de l’anonymat sur Internet : le rectificatif de l’Exécutif

Publié le 1 février 2019
- A +

Par Yannick Chatelain.

Emmanuel Macron avait déclaré le jeudi 18 janvier 2018, à Souillac, et ce, dans le cadre du Grand débat national, qu’il fallait « aller vers une levée progressive de toute forme d’anonymat. » en particulier sur les réseaux sociaux, pour lutter, entre autres, contre la problématique des infox et pour protéger la démocratie. Cette déclaration n’avait pas été sans suciter de nombreuses réactions de tous les défenseurs de la liberté d’expression.

Le rectificatif de l’Exécutif

Passé l’émoi  de ceux et celles qui se sont inquiétés d’une assertion aussi péremptoire et pour le moins éloignée de toute forme d’avancée démocratique, il est à mettre au crédit de Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des finances et du ministre de l’Action et des comptes publics, chargé du numérique,  d’avoir, quelques jours plus tard précisé les choses et « recontextualisé » les propos du président de la République.

Face à la levée de boucliers des défenseurs de la liberté d’expression que j’ai pu évoquer, Mounir Mahjoubi, invité sur le plateau de Jean-Jacques Bourdin, s’est prononcé sans ambages le  25 janvier 2019 « contre la levée de l’anonymat sur les réseaux sociaux, jugeant cette initiative souhaitable pour les seuls dispositifs de démocratie participative en ligne. ».

Voilà une position qui a le mérite de la clarté. Qu’il s’agisse de votes, de débats… Il ne peut effectivement être de démocratie participative « légitime » via Internet sans cette évidence et précaution minimale. Tout en rappelant cependant que tout le monde n’est toujours pas égal dans l’accès à Internet sur le territoire national. Cet état de fait demeure une limite à toute forme de questionnement ou interactions avec les pouvoirs publics de la population via Internet, qui n’y est pas pleinement représenté : « en novembre 2018, Médiamétrie dénombrait plus de 53 millions d’internautes en France, soit 84,3% des Français de deux ans et plus. » (Ndla. Ne me faites pas de faux procès. Je me doute que les citoyens de deux ans ne sont pas amenés à apporter leur contribution aussi intéressante soit-elle. J’évoque naturellement ceux et celles qui sont dans les 15,7 % restant, sont concernés, comme vous et moi et demeurent sans accès et donc sans voix !).

Il est notable que cette situation est aujourd’hui considérée par l’État, comme par de nombreux acteurs, comme à la marge.

Quoi qu’il en soit, partant de ce constat — en ayant intégré les limites de l’exercice — lorsqu’il s’agit de décisions à prendre qui engagent une Nation, l’anonymat ne peut être que nul et non avenu. Il y a des précédents qui ne peuvent que conforter la sagesse de cette posture. Le débat sur la neutralité d’Internet aux États-Unis — une neutralité d’ores et déjà restaurée en Californie – est, à ce titre, un exemple probant des usages détournés de l’anonymat à seule fin de manipuler une opinion publique.

Maintien de la vigilance

Ceux et celles qui sont attachés à la liberté d’expression ne peuvent qu’être réjouis de ce rectificatif salutaire de l’exécutif. Il n’en demeure pas moins qu’il convient de rester extrêmement vigilant : au regard de la loi fake news française controversée qui a été promulguée et de la loi européenne liberticide qui est en approche ce type de déclaration n’est pas — au plus haut niveau de l’État — une déclaration anodine.

Cette déclaration, dans la dynamique engagée pour ce qui est de l’Internet français et européen, était une déclaration crédible en l’état. Elle allait, avant ces précisions, dans le sens de la volonté de contrôle accru de l’information et de la surveillance des usagers qui a été engagée par de nombreux États battant pavillon démocratique, dont la France.

Le doute sur une suppression progressive de l’anonymat est aujourd’hui levé et c’est tant mieux. Il est au demeurant regrettable  que cette simple phrase du président de la République ait pu, avant rectificatif, générer autant d’inquiétude dans notre pays si attaché et si soudé (il y a si peu) autour de la défense sans condition de la liberté d’expression, mais c’est ainsi.

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement ! »

Nicolas Boileau

Voir les commentaires (10)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (10)
  • Le fichage des sceptiques des théories climatistes va donc avoir lieu?

  • tout à fait, ainsi que l’intégralité des libéraux.

  • A chaque fois que le totalitaire de l’Elysée parle de défendre la démocratie, il faut sérieusement s’inquiéter.
    Le gouvernement par la com a été tellement institutionnalisé que le citoyen moyen a oublié que la politique, c’est des actes.
    La synthèse macronienne, c’est une distorsion notable entre les paroles et les actes

  • Si l’anonymat pose problème sur internet, qu’en est-il de l’anonymat lors des élections ?

    On n’est plus très loin des votes à main levée avec balle dans la tête à la sortie de la salle pour les opposants, méthode démocratique bien connue chez les socialistes.

  • La neutralité du net a été restaurée en Californie ? La bonne blague…

    1/ la soit disant « neutralité » n’empêche pas la censure ou la surveillance.
    2/ elle est exploitée à outrance par quelques sociétés qui profite que les fournisseurs du réseau ne peuvent moduler leurs tarifications

  • Plus le « camp du bien » pousse ses pions en avant, plus on peut s’attendre à de la censure, du fichage, de la répression.

    Le « camp du bien » est par essence totalitaire puis qu’il définit un « camp du mal » à faire taire, rééduquer, supprimer …

  • Il est sympathique de constater qu’il ne restera plus que les vraies élections permettant encore un semblant d’anonymat dans le vote, puisque ses variantes en ligne semblent devoir se faire a visage découvert.
    Mais rassurons nous, les diebold pour le vote électroniques seront bientôt généralisées, et il en sera définitivement fini du vote anonyme… 🙂

  • « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement ! » et les mots pour le dire arrivent aisément . . .

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
casier Législatives coute
0
Sauvegarder cet article

Ce n’est pas Macron, aujourd’hui, c’est la démocratie qui est en marche. Depuis l’heureuse surprise du deuxième tour de l’élection législative, nous retrouvons enfin un équilibre des pouvoirs tel que l’avait défendu Montesquieu dans L’Esprit des lois.

C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser, et pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.

C’est chose faite depuis le 19 juin.

Malgré la position privilégiée que ... Poursuivre la lecture

53,7 % de Français ont refusé de participer au second tour des législatives. Le message est on ne peut plus clair et limpide : 53,7 % des Français ne s’intéressent pas à la désignation du pouvoir.

On pouvait donc penser que le message soit entendu, que le pouvoir fasse preuve d’humilité, réfléchisse, se remette en question… Que nenni ! À peine le chiffre a-t-il été constaté qu’aussitôt, la fureur politicienne a repris le haut de l’affiche.

Il vient pourtant de se prendre une sacré claque, le « en même temps », le « dire une chos... Poursuivre la lecture

Pendant cinq ans le Président Emmanuel Macron a décidé seul de tout, avec une majorité de députés dociles. Il a été le Président Absolu de la République pour reprendre l'expression et le titre du dernier livre de Philippe Fabry.

Emmanuel Macron est donc le responsable au premier chef de la situation catastrophique dans laquelle se trouve le pays et qui a été occultée par les épouvantails Zemmour puis Le Pen pendant la campagne des présidentielles.

Après cinq ans de surdité, il a prétendu mercredi soir avoir entendu les Français.... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles