Faits, interprétations et opinions sur la productivité

Les gains de productivité réalisés depuis 40 ans ne se retrouvent pas dans les salaires. Mais le coupable n’est pas celui qu’on croit.

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Faits, interprétations et opinions sur la productivité

Publié le 25 janvier 2019
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Par Simone Wapler.

Comment des faits peuvent-ils donner lieu à des interprétations et des opinions radicalement différentes ? C’est un sujet que j’ai déjà abordé à propos des dernières statistiques d’Oxfam et de la Banque mondiale au sujet des riches et des pauvres.

Oxfam met l’accent sur l’accroissement des inégalités tandis que la Banque mondiale note que la pauvreté recule. Les riches volent-ils les pauvres ? « Oui » clament certains, « Non » soutiennent d’autres.

Autre fait : la productivité augmente mais moins vite que le salaire minimum, le SMIC.

Depuis 1990, la productivité a augmenté de 185 % tandis que le SMIC a augmenté de 152 %.

Voici ce qu’écrit Bruno Bertez, l’auteur du blog qui publie ce graphique, ancien patron de presse fondateur de L’Agefi en France :

« Le graphique ci dessous pointe clairement le vol, le hold-up dont sont victimes les salariés depuis le début des années 80. Le bénéfice des gains de productivité est confisqué. Il n’est plus partagé. Le contrat social implicite est déchiré. Il n’existe de richesse que produite par le travail, même le capital physique n’est que du travail accumulé. Donc il n’y a aucune raison de baisser la part du travail dans la valeur ajoutée. »

 Voyons un peu une autre interprétation.

« Il n’y a aucune raison de baisser la part du travail dans la valeur ajoutée ».

Si, il y a au contraire beaucoup de raisons.

Le capitalisme consiste à vouloir à produire davantage avec moins. Moins de tout : moins de capital, moins de travail, moins de matières premières. Ce qui mesure tout cela est le prix.

Si le prix du travail est coûteux, la part de travail sera réduite. Si la matière première est coûteuse, on se débrouillera pour en employer moins. Et si le capital est coûteux  – parce que les taux d’intérêt sont élevés – on essaiera d’utiliser moins de capitaux, quitte à employer plus de main d’œuvre ou de matières premières pour arriver au même résultat.

La recherche de parcimonie en matières premières a donné lieu à des avancées considérables en résistance des matériaux. Ne mettre que la matière qui était utile, là où elle était utile fut tout l’objet des réflexions de Gustave Eiffel ; la Tour Eiffel est la preuve matérielle du bien-fondé de son analyse et de ses calculs. Depuis Eiffel, la matière est dégraissée là où elle est un poids inutile.

La recherche de parcimonie en main d’œuvre a donné lieu à la division du travail, à la taylorisation, à la mécanisation des tâches.

À chaque choix, le coût du capital est pris en compte. Le capital physique est bien du travail accumulé, s’il correspond à de l’épargne, ce qui était le cas jusqu’au milieu de XXe siècle. Pour pouvoir disposer de ce travail accumulé, de cette épargne, il faut l’acheter avec des intérêts. Les banques agglomèrent l’argent des épargnants pour le prêter à des entrepreneurs ayant besoin de capitaux.

L’avènement du créditisme et les politiques de baisse de taux forcée

Mais au milieu du XXe siècle, tout change. L’argent factice apparaît. Les banques prêtent de l’argent qui n’existe pas encore et non plus seulement de l’épargne. Par conséquent, le coût du capital baisse. C’est l’avènement du créditisme.

L’idéologie keynésienne prétend par ailleurs qu’en cas de récession, il convient de baisser le prix que les banques paient pour créer l’argent factice. Dans ces conditions, puisque le capital est bon marché, autant diminuer la main d’œuvre — qui se renchérit du fait des charges sociales.

Si un industriel hésitait à automatiser une vieille chaîne de production en empruntant à 8 %, peut-être sautera-t-il le pas s’il trouve à emprunter à 3 %. La part du travail, c’est-à-dire de la main d’œuvre, diminuera. Statistiquement, la productivité augmente mais ce n’est pas celle du salarié, c’est celle qui est due à sa disparition.

Face à des faits, des chiffres, des statistiques, il peut exister une multitude d’interprétations possibles. Certains remettent en cause le capitalisme, le libre-échange, la mondialisation. Fermez les frontières, prenez l’argent des riches et donnez-le aux pauvres qui en ont besoin, taxez ce qui entre et tout ira mieux, disent-ils.

Mais ce phénomène existerait-il si nous ne vivions pas dans un système où « les États-Unis fournissent la fausse monnaie et la Chine les produits bon marché » ? Dans un système où tout crédit serait adossé à une épargne réellement existante et si les taux d’intérêt rémunéraient justement cette épargne ?

Tricher sur les prix, la monnaie et les taux d’intérêt comme le fait le système monétaire et financier actuel ne peut conduire qu’à de mauvaises allocations de capital et à des distorsions qui brouillent le chemin vers de véritables gains de productivité, les seuls créateurs de vraies richesses.

Le système monétaire et financier nourrit les zombies et il vampirise l’épargne.

_____

Pour plus d’informations, c’est ici

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  • « Si le prix du travail est coûteux, la part de travail sera réduite. Si la matière première est coûteuse, on se débrouillera pour en employer moins. Et si le capital est coûteux – parce que les taux d’intérêt sont élevés – ON ESSAIERA D’UTILISER MOINS DE CAPITAUX, QUITTE A EMPLOYER PLUS DE MAIN D’OEUVRE OU DE MATIERES PREMIERES POUR ARRIVER AU MÊME RESULTAT » : j’aurais éclaté de rire si seulement je savais que vous m’entendriez ! Utiliser plus de main-d’oeuvre pour compenser une moindre utilisation volontaire de capitaux trop chers ! Il fallait le dire, cela …

    • Dans le cas où le capital est coûteux, moins de R&D, ou d’investissement dans des machines, etc… donc plus de main d’œuvre et de matières premières pour le même résultat ?
      Et moins de compétitivité pour le coup.
      Mais je passe peut être à côté de votre remarque.

      • @ Aerosolkid
        C’est une possibilité. Une autre est que travail, matière première et capitaux n’augmentent pas de prix en même temps. De toute façon, il faut toujours rationaliser dans tous les secteurs donc la R&D reste indispensable à tout progrès donc amélioration de la productivité.

    • Vous critiquez certes mais pourriez-vous développer?
      Le calcul d’un gain de productivité et de bénéfices doit tenir compte de tout: le coût du travail humain ainsi économisé mais également du coût de l’investissement (dont les intérêts d’emprunts).
      Ok, ces intérêts ne sont qu’un facteur parmi bcp d’autres mais si le coût du travail est élevé tandis que le taux d’emprunt est faible voire très faible, un investissement pour se passer de ce travail humain apportera un avantage plus surement qu’un investissement dans des développements projet et/ou produit aux résultats toujours un peu plus aléatoires. Il est évident que ce mécanisme n’explique pas tout tant il y a de facteurs intervenant mais pourquoi le négliger?

  • Il y a du vrai mais un autre point est oublié : les gains de productivité sont largement mangés par l’explosion de la bureaucratie publique (les fonctionnaires) et privée (ceux qui doivent gérer les demandes des fonctionnaires). Et si l’on rajoute que nombre de hauts dirigeants d’entreprises sont issus du monde administratif, on comprend que l’on a un handicap important face à l’Allemagne où les ingénieurs et scientifiques sont un peu mieux représentés au sommet.

  • Je me pose une question par rapport à cet article.
    Est ce que la solution serait de revenir à l’étalon-or, qui, me semble t-il, permettait une réelle efficacité dans l’utilisation de l’épargne?
    Personnellement, je suis tout à fait pour, mais je ne sais pas comment faire respecter cette règle par les États qui, lors de la 1ère GM, se sont confortablement assis dessus.

  • La recherche de la productivité est un exercice délicat.
    Le raisonnement suivant n’est pas rare :
    Une femme met neuf mois pour faire un enfant, si j’emploie neuf femmes, elles me feront un enfant en un mois.
    Le résultat va être décevant mais où j’ai bien pu me tromper ?

    • En remplaçant les données : 9 enfants en 9 mois par une moyenne. Ca marche très bien avec les millions et les bâtiments, ou les avions, ou n’importe quoi. L’important est de prendre des décisions sensées, les statistiques ne sont pour cela qu’une aide, une description plus fine de ce qui advient, et pas un principe directeur. La productivité mesure ce que l’on a réalisé, elle constate l’effet de ce que l’on a choisi de faire pour mieux produire. Effectivement, mettre le thermomètre dans la neige ne fait pas baisser la fièvre du patient, mais il est surtout surprenant qu’on écoute sans rire ceux qui le prétendent aujourd’hui, alors qu’on ne leur aurait pas laissé placer une dans ma jeunesse ou qu’on les aurait franchement humiliés pour leur bêtise.

  • « Le bénéfice des gains de productivité est confisqué. »

    Soit un ouvrier travaillant 8 heures par jour pour creuser le sol à la main, avec pelle et pioche. Son patron investit ses capitaux pour acheter une pelleteuse qu’il confie à l’ouvrier. Les gains de productivité augmentent x100 pour le même temps de travail ouvrier.

    Qu’est-ce qui est à l’origine des gains de productivité ? Comment doivent-ils être répartis ? Qui confisque quoi et à qui ?

    • Le bénéfice des gains de productivité est confisqué… par l’état… qui augmente discrètement les taxes sur les salaires, rendant le travail salarié non rentable. Dès lors, il est préférable pour l’employeur de tutoyer son robot inépuisable plutôt qu’un employé frustré.

  • La stat produite par Bruno Bertez est fausse si l’on en croit l’analyse de P Artus (https://www.research.natixis.com/GlobalResearchWeb/Main/GlobalResearch/GetDocument/GV0wZg-xV1PLyPt1AOQ9IQ==) selon lequel « quand on regarde l’évolution depuis 20 ans du partage des revenus dans les grands
    pays de l’OCDE on voit que la France fait partie du groupe de pays
    (avec le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie) où le partage des revenus s’est déformé en faveur
    et non au détriment des salariés. C’est d’ailleurs un point de vue que partagent la quasi totalité des économistes français, déclarant qu’au contraire depuis les années 90, la hausse des salaires a toujours dépassé en France les gains de productivité.

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