Cinéma français : l’exception culturelle peine à s’exporter

2018, une « très belle année » pour le cinéma français selon la langue de bois du CNC. Mais cela s’explique avant tout par les aides énormes dont bénéficient les films français.

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Cinéma français : l’exception culturelle peine à s’exporter

Publié le 21 janvier 2019
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Par Gérard-Michel Thermeau.

Les résultats du cinéma français à l’étranger tout comme les chiffres de fréquentation des salles obscures en France en 2018 ont été commentés par la presse. Comme à l’ordinaire, les congratulations et les formules creuses du CNC ont été reprises sans beaucoup de recul critique. Qu’en est-il exactement ?

Des résultats médiocres

En 2018, les films « en langue française » et « les productions majoritairement françaises » se sont deux fois moins vendus à l’étranger qu’en 2017. 40 millions de spectateurs pour les films français selon les chiffres d’UniFrance alors que 200 millions d’entrées étaient dans le même temps comptabilisées en France (chiffres du CNC).

Des chiffres médiocres donc, là aussi, pour le marché intérieur mais que l’on s’empresse d’expliquer par d’excellentes raisons. C’est la faute à la Coupe du Monde, à la canicule (que ferait-on sans canicule !), aux grèves de la SNCF pour tous ceux qui prennent le train pour aller au cinéma et bien sûr, la faute à pas de chance et aux Gilets jaunes.

En 2017, un seul film avait permis d’obtenir de meilleurs résultats à l’exportation : Valérian de Luc Besson. Or ce film « français » avait été tourné en anglais avec des acteurs américains.

La grosse comédie sauve le cinéma français

Pour 2018, les deux gros succès exportés ont pour nom Taxi 5, qui s’est le mieux vendu en nombre de billets, et Le Sens de la fête de Nakache et Toledano, qui a généré le plus de recettes. Voilà donc ce qui fait rayonner le cinéma français. Pour le reste Dany Boon (La Ch’tite famille), Belle et Sébastien 3 et Croc Blanc sont les autres fleurons du cinéma que le monde entier nous envie. Enfin, le monde entier…La comédie française s’exporte traditionnellement dans les autres pays francophones (Belgique, Suisse, Québec) et en Espagne ou en Allemagne où l’humour français est apprécié depuis longtemps.

Luc Besson, à lui seul, comme réalisateur ou producteur, assure depuis plusieurs années l’illusion d’un rayonnement international du cinéma français très relatif.

Par exemple, Le Jeune Karl Marx est le seul film, avec Taxi 5, ayant connu un très relatif succès en Chine : il a intéressé 2,5 fois plus de spectateurs chinois que de spectateurs français ! Pour le reste les Asiatiques apprécient les films français, à condition que ce soit des films d’action en anglais !

Ce qui n’empêche nullement l’ineffable Serge Toubiana d’affirmer que « la demande pour le cinéma français est toujours aussi forte ». N’a-t-on pas vendu 665 films à l’étranger ? Et qu’importe qu’ils n’aient rassemblé qu’un public très confidentiel.

La bonne santé trompeuse du marché français

Il est bon de se targuer de l’importance du marché français en Europe. Les Français ne fréquentent-ils pas davantage les salles obscures que les Britanniques, les Allemands ou les Italiens ?

Les Français seraient donc d’ardents cinéphiles nous assure-t-on. Le cinéma serait l’activité culturelle préférée des Français. Mais il est vrai que la France dispose du premier parc cinématographique d’Europe, un parc en croissance. En dehors du Royaume-Uni, la situation des salles n’est guère reluisante dans le reste de l’Europe. Il est vrai que les subventions n’y trouvent pas un sol aussi fertile que dans l’Hexagone.

Les films français représentent, bon an mal an, 40 % du total des entrées en France. Il est de bon ton de pousser des cocoricos devant l’effondrement très relatif des films hollywoodiens qui ont rassemblé seulement 45 % des entrées en 2018.

Mais, en réalité, ce prétendu effondrement est dû, en partie, à la classification des Animaux fantastiques – Les crimes de Grinwald et du dernier Spielberg, Ready Player one comme « britanniques». On est prié de ne pas rire. Et pour une autre partie, à l’absence de grosses productions hollywoodiennes pouvant susciter l’enthousiasme du public : les Avengers et autres Indestructibles n’ont pas suffi.

On nous annonce pour 2019 les retours de bon vieux chevaux de retour qui sont désormais la marque de fabrique hollywoodienne : les Men in Black, Toy Story, Star Wars et Top Gun.

Les Français de leur côté ne sont pas moins enthousiastes à reproduire à l’infini les mêmes recettes : après les Tuche 3 voilà Tanguy le retour.

L’exception culturelle se justifie-t-elle ?

Mais au fond quel bilan tirer de tout cela ? Notons la tendance générale depuis plusieurs années. Les films français qui marchent sont le plus souvent de grosses comédies pas très subtiles, les films familiaux (Belle et Sébastien) et des productions en langue anglaise avec des acteurs anglo-saxons, type les films de Besson ou, en 2018, les Frères Sisters, le western de Jacques Audiard.

Les seuls films qui pourraient vraiment justifier « l’exception culturelle » sont les films d’animation, un des rares points forts du cinéma français.

Ainsi cette « très belle année » pour le cinéma français selon la langue de bois du CNC s’explique avant tout par les aides énormes dont bénéficient les films français.

Sous prétexte de défendre des projets artistiques et maintenir artificiellement un chiffre élevé de productions de films « français », plus de 300, le CNC arrose généreusement les grosses productions avec têtes d’affiche.

Est-il indécent de poser la question de l’intérêt d’un système de soutien financé par le contribuable pour assurer le train de vie confortable de « stars » au charisme incertain ou la sortie de « films d’auteur » qui n’intéressent guère d’autres spectateurs que les amis et membres de la famille de l’équipe de réalisation ?

La Cour de justice européenne avait jugé illégal le système de financement du cinéma français en octobre 2018. Mais qui s’en préoccupe ?

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Créer un compte Tous les commentaires (21)
  • Rien d’étonnant, l’immense majorité de la production française étant des films sociaux ou des comédies (à caractère social bien entendu).

    La lutte des classes, les sales riches et les gentils pauvres n’interessent que les populations abreuvées au marxisme.

  • J’ai téléchargé « Les vieux fourneaux » et regardé dix minutes avant de le poubelliser. Pourtant la présence de monsieur Eddy m’a attiré et aussi bien déçu. Alors Mitchell qué tu fous dans cette merde ?

    • Mon épouse qui est fan de la BD m’a traîné le voir au cinoche.
      Non seulement l’histoire est nulle mais le message gauchiste est à vomir.

      • La BD est sympa avec ces vieux anars pleins de contradictions. Chose difficile à mettre dans le format film. Avec les séries, les auteurs peuvent se permettre de prendre plus de temps, et là, il y a de vrais réussites françaises (10%, Le bureau des légendes, Engrenages…).

  • Serait-il possible de retrouver le ratio « vu à l’export » / « vu dans le pays » pour les films US et UK ? Et, pour mesurer la pertinence des subsides, retrouver les return on investment de l’industrie cinématographique US, UK et France ?

    • ne sais si cela répond a votre question mais voila quelque chiffres.
      en France
      la france produit 19% des films vus en salle sur le territoire
      stats sur 5 pays , il y a d’autres productions le japon en particulier qui double très peu de ses films , l’Inde, l’Australie .
      US 42.4%
      France 28%
      UK 17%
      Italie8.8%
      Espagne 3.8 %
      par contre la part du gâteau dans le monde
      US 36.25%
      Espagne 18%
      UK 14.4%
      Italie 19.8%
      France 11.3 diffusion en majorité dans les pays francophone
      ces stats de 2017 du NMI US résultent d’une étude demandée par les investisseurs dans l’industrie du cinéma .

  • combien de navets ineptes sont conventionné, les Audiard, sont loin, très loin ! quand on pense au succès de knock on a tout compris.
    la nullité de scénarios, des dialogues et de beaucoup « d’artistes » son la pour le succés du cinéma Francais bobo et moribond !

    • A duglimbule.
      Comme vous dites : « les Audiard, sont loin, très loin ! »… hélas oui !!!
      … et des films comme « Le Rabbi Jacob » seraient interdits car « politiquement non-correct ».
      Quant au remake de Knock, dont je n’ai vu que la bande annonce, un vrai scandale, une vraie immondice dans la droite ligne de la propagande socilo… du vivre-ensemble ! Une fois de plus, il démontré que tout ce que touche le socialisme est sali, dégradé et pourri. Et tant mieux si ce film a été un total four !

  • film, séries , télé réalité…..on n’est vraiment pas gâté ; ça n’arrivera jamais à la cheville de ses bons vieux films qui date d’un demi siècle mais que l’on regardait jusqu’au bout sans s’emmerder une seconde ;

  • Le cinéma français….. Des fois , surment une erreur de casting ,il y a de bons films ,avec un scénario. ,des dialogues et même des acteurs ….une fois par an si le film arrive a être distribué ,le cinéma français n’aime pas la concurrence .

  • Le cinéma français actuel est à l’image de notre classe politique !
    Dépenser de l’argent pour voir déambuler de mauvais acteurs, entendre un vocabulaire grossier voire ordurier et subir des scenarii nuls gavés de propagande socialo-marxiste, du « vivre-ensemble » et autres niaiseries du genre, très peu pour moi ; les médias se chargeant largement de ce matraquage !
    Les rares films français visionnés (il y a quelques années) m’ont littéralement écoeurés de la production française que je fuis systématiquement. Heureusement les films étrangers, en particulier ceux de GB, sont remarquables tant dans l’interprétation que dans leurs réalisations ; un réel plaisir !

    • rien a ajouter, tout est dit , entièrement en accord avec ce que vous écrivez !

    • je ne vais pus voir de films français en salle.
      La seule façon de faire est de télécharger les films , en général il faut en télécharger 10 pour espérer en regarder un jusqu’au bout.
      Quand est-ce que l’on arrête de financer cette catastrophe ?

    • Dans les grands fonds marins il y a de drôles de poissons pas bien connus. Et bien pareil dans le circuit « culturel » français à l’étranger,(Alliances françaises) il y a des « artistes » dont j’avais jamais entendu parler en métropole. Le réseau de copains pour faire de beaux voyages… E t en plus, le réseau éducatif est en train de s’effondrer.

  • et les films d’hollywood, violence, …

  • Vous n’avez pas parlé de l’exception culturelle télévisuelle. La médiocrité affligeante des feuilletons et des séries télévisuelles Francaises, en particulier sur les télévisions d’état. Dans ce domaine le summum de l’abetissement télévisuel est atteint avec « Plus belle la vie ». Là on touche au sublime ….

    • Le plus consternant avec cette série, c’est son succès.

    • A Lesuisse.
      Ma télé étant « out » depuis plus de 10 ans, je n’ai jamais songé à la remplacer, tant les programmes étaient minables. Par hasard, en cherchant quelques solutions pratiques sur youtube, j’ai vu un mini film bizarre… encore une pub idiote (une de plus) ? Et bien non ! c’était un épisode de « Plus belle la vie ». Ahurissant de nullité et de bêtise ! Et dire que beaucoup trouve ce feuilleton génial… Les Français sont tombés bien bas !

  • Quand ils réussissent à claquer un pognon de dingue pour pondre le plus de navets possible, ils appellent ça une très belle année! C’est comme en URSS, le cinéma est subventionné par l’état et politiquement orienté!

  • Un film français a sauvé la production 2018. Il s’agit de « Guy » de et avec Alex Lutz. L’argument est simple : le fils non reconnu du chanteur sur le retour Guy Jamet interprété par Alex Lutz décide de découvrir qui est son père en tournant un portrait documentaire.
    La performance brillante de Lutz, le casting classieux et la réalisation sous forme d’un faux documentaire font de « Guy » le meilleur film français de 2018.

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