Qu’est ce que l’exception culturelle française ?

Exception culturelle (Crédits : Time, tous droits réservés)

De droite comme de gauche, tous les politiques ont l’exception culturelle à la bouche. Mais qu’est-ce exactement et est-il justifié de la défendre ?

De droite comme de gauche, tous les politiques ont l’exception culturelle à la bouche. Mais qu’est-ce exactement et est-il justifié de la défendre ?

Par Daniel Benbassat.

Ces derniers temps, suite aux négociations des accords de libre-échange entre l’UE et les USA, les politiques de tous bords, PS, UMP,  FN et FDG se sont soudain retrouvés d’accord, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps, pour maintenir l’exception culturelle française.

Mais qu’est-ce donc que cette exception qui arrive à mettre d’accord ces politiques qui se chamaillent sans arrêt sur tous les autres sujets ?

En fait, nulle part on ne trouvera une explication claire de ce qu’elle est et de ce qu’elle n’est pas.

Celle-ci a débuté à la création du ministère de la Culture, confié à André Malraux, en 1959.

Elle semble concerner les subventions de ce ministère aux différents secteurs de la culture, en particulier cinéma, théâtre, télévision. Mais cette exception voit beaucoup plus large, car on peut y inclure les festivals, le prix unique du livre, la musique, les quotas de musique française à la radio, etc…

En fait, c’est tout ce qui enlève les biens culturels à la libre concurrence, c’est-à-dire au libre choix des consommateurs.

Pourquoi les consommateurs français de culture n’auraient-ils pas le droit de choisir les meilleurs biens culturels en fonction de leur rapport qualité /prix, comme ils le font pour un vêtement ou un bien meuble, personne ne l’explique vraiment, c’est une sorte de dogme.

La culture française est-elle exceptionnelle ?

En voyant cette défense tous azimuts de cette fameuse culture, on a un peu l’impression que c’est comme une plante un peu fragile, qui aurait besoin de petits soins pour subsister.

C’est dire à quel point cette culture a dégénéré, car que je sache, Balzac, Stendhal, Dumas, Hugo, et bien d’autres n’avaient pas besoin d’être subventionnés pour écrire des chef-d’œuvres, ni que le prix unique s’applique à leurs livres.

Alors, certainement la culture française est exceptionnelle, mais pas celle du temps présent. C’est plutôt celle du passé qui mérite ce qualificatif, celle qui justement n’avait pas besoin d’un ministère de la Culture.

Que vaut le cinéma français ?

Dans le domaine du cinéma, de nombreux films français des années 1950 et 1960 ont été diffusés largement à l’étranger, que ce soit en noir et blanc ou au début de la couleur.

Mais depuis une trentaine d’années, des centaines de films français ont été produits et subventionnés, pour simplement payer des réalisateurs et des acteurs médiocres.

Comme l’a dit Vincent Maraval, producteur et réalisateur, à l’occasion de l’affaire Depardieu : « …tous les films français de 2012 dits importants se sont « plantés », perdant des millions d’euros : Les Seigneurs, Astérix, Pamela Rose, Le Marsupilami, Stars 80, Bowling, Populaire, La vérité si je mens 3, etc. Pas un film, sauf peut-être Le Prénom, pour gommer ce que toute la profession sait pertinemment, mais tente de garder secret : le cinéma français repose sur une économie de plus en plus subventionnée. Même ses plus gros succès commerciaux perdent de l’argent. »

L’interventionnisme étatique

Comme en matière économique où l’État pompe toutes les ressources de la France et asphyxie le secteur privé sous des centaines d’impôts et de taxes, en matière culturelle, le subventionnisme ne fait qu’encourager le clientélisme et la culture de bas-étage.

Les réalisateurs et les producteurs les plus minables savent qu’ils peuvent faire n’importe quel navet, pourvu qu’ils aient les bons contacts au ministère pour obtenir des subventions.

Même la fiscalité est mise en branle avec les SOFICA qui investissent dans le cinéma français, et dont les souscripteurs bénéficient de réductions d’impôts.

À ce sujet, il est intéressant de rappeler un paragraphe de l’écrivain libéral péruvien Mario Varga Llosa, lauréat du Prix Nobel de littérature 2010 :

La chose la plus importante que j’ai apprise est que les cultures n’ont pas besoin d’être protégées par les bureaucrates et les forces de police, ou placées derrière des barreaux, ou isolées du reste du monde par des barrières douanières pour survivre et rester vigoureuses. Elles doivent vivre à l’air libre, être exposées aux comparaisons constantes avec d’autres cultures qui les renouvellent et les enrichissent, leur permettant de se développer et de s’adapter au flot constant de la vie. La menace qui pèse sur Flaubert et Debussy ne vient pas des dinosaures de Jurassic Park mais de la bande de petits démagogues et chauvinistes qui parlent de la culture française comme s’il s’agissait d’une momie qui ne peut être retirée de sa chambre parce que l’exposition à l’air frais la ferait se désintégrer.

Subventionnisme et clientélisme

Tout est dit par M. Llosa, et le fait que toute la classe politique française défende encore ce système, montre une fois de plus à quel point l’État français a été progressivement transformé en une arme de corruption massive, où le clientélisme et les petits arrangements entre amis ont été quasiment institutionnalisés.

On comprend mieux pourquoi les Dalongeville, les Andrieux, les Cahuzac, etc. sont tout surpris d’être condamnés alors qu’ils ont bénéficié de passe-droits pendant des dizaines d’années.

À force d’utiliser le subventionnisme légal de l’État, ils ont fini par oublier qu’il y avait encore certaines pratiques illégales.