Gilets jaunes, grand débat : et maintenant, on fait quoi ?

Yellow Vests - Act 8 By: Christophe LEUNG - CC BY 2.0

Il leur faudra être courageux. Une seule réforme est indispensable : celle de l’État – pas celle des Français.

Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

Bruno Le Maire, reprenant le message du gouvernement, l’assure : « Le grand débat est le meilleur moyen de réconcilier les Français ». L’affirmation peut sembler optimiste : l’exercice n’est pas commencé, mais il est déjà prévu de le circonscrire, certains s’inquiétant qu’il ne « dérive » (on ne mesure pas assez les « risques » de débattre en démocratie…).

Les Gilets jaunes sont révélateurs d’une crise profonde et structurelle : la défiance vis-à-vis du politique n’est pas neuve ; la violence en marge des manifestations ne date pas de l’automne ; la dénonciation des journalistes a grandi depuis des années ; le complotisme et l’antisémitisme gangrènent une partie de la société depuis longtemps. Mais jusqu’à maintenant, l’élite en restait préservée, car ignorante.

Le malaise germait depuis longtemps : les milieux populaires ne s’imaginent plus d’avenir, les classes moyennes craignent leur déclassement, les bourgeois sont étranglés d’impôts que les plus riches fuient en quittant le pays. L’effondrement de l’État-providence, incapable de se réformer et d’inventer une nouvelle forme d’accompagnement social, a laissé les citoyens seuls face à leurs difficultés et leurs angoisses. Une étude récente vient de montrer que cette asphyxie de la société n’est pas pour rien dans le succès du populisme : selon les auteurs, « les individus qui appartiennent à des associations sont moins susceptibles de voter pour des partis populistes. Alexis de Tocqueville avait raison (…) : la société civile est une défense essentielle de la démocratie libérale1 ».

Depuis l’automne, la situation politique et sociale française se dégrade de façon accélérée. Le gouvernement est l’héritier de ce délitement ; mais il l’a aussi précipité par ses maladresses et le déficit d’empathie – bref, le défaut de politique. En réaction, l’alliance redoutable des forces rouges et brunes se dessine. Alors maintenant, on fait quoi ?

D’abord, les démocrates doivent rester fermes : le gouvernement est seul légitime à gouverner. C’est l’élection qui installe le pouvoir – pas les rêves des mauvais perdants, fussent-ils populistes. L’état de droit doit être préservé et l’ordre enfin rétabli.

Conclusion électorale

Ensuite, les réformateurs doivent s’allier. Le grand débat est une mince opportunité, mais il pourrait en ouvrir la voie. Il aura une dimension cathartique évidente ; mais il pourrait aussi constituer une occasion de faire des choix transpartisans, en conduisant les Français à se prononcer sur quelques grands arbitrages politiques. En ce sens, il doit se conclure sur une échéance politique, probablement électorale, que le gouvernement doit définir – sans quoi il ne sera qu’un vaste artifice frustrant.

Dans l’histoire récente, les grandes réformes ont été engagées par des gouvernements bénéficiant de mandats clairs, pour des programmes validés par les électeurs lors d’un vote2. Ce n’est pas le cas de l’exécutif : il n’y arrivera donc pas seul. Il est temps que les partis travaillent ensemble à relever la France plutôt que leurs ambitions.

Il leur faudra être courageux. Une seule réforme est indispensable : celle de l’État – pas celle des Français. Le défi est immense : empêcher la majorité des citoyens de sombrer dans la lassitude démocratique. Pour cela, il n’y a qu’une solution : leur proposer une offre politique attractive.

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