Cette France des ronds-points qui court-circuite l’administration

Gilets jaunes (CC BY 2.0) — Thomas Bresson, CC-BY

Les Gilets jaunes ont court-circuité les médias traditionnels et l’administration.

Par Henri Dumas.

Je ne connais pas M. Trump, évidemment. J’ignore si l’Amérique est le gendarme du monde ou son fossoyeur. Mes compétences ne me permettent de juger ni Trump, ni sa politique, ni les Américains, ni leur place dans le monde.

En revanche je constate que les Américains ont inventé internet et ses outils, que sur ce point ils ont encore une avance certaine sur le reste du monde qui pourtant ne se prive pas de tenter de les copier.

Je constate aussi qu’en ce qui concerne la communication générale — donc aussi la communication politique — la révolution d’internet est considérable.

Par l’invention de l’imprimerie, l’information s’est diffusée. Mais encore fallait-il aller vers elle.

Aujourd’hui l’information se faufile, même vers ceux qui ne le souhaitent pas. Personnellement j’ai supprimé la télévision chez moi il y a trente ans. Je ne suis pas capable aujourd’hui de supprimer internet de ma vie, tant les réseaux sont entremêlés. Je ne peux pas me passer de mon téléphone et de mon courrier électronique ; je suis donc sous la contrainte de tout ce qui est véhiculé par eux.

Alors que j’avais, sans dégâts collatéraux, jeté ma télévision en 1988, je ne peux pas aujourd’hui jeter mon téléphone.

Me voilà donc informé de tout, à toute heure, en live.

Il ne s’agit pas d’une nouveauté, mais d’une révolution telle que personne n’en a jamais connue.

C’est-à-dire que les réseaux traditionnels de l’information sont court-circuités, la déflagration est dévastatrice. Rien ne sera plus jamais comme avant.

Les réseaux court-circuités

Ces dernières décennies, nous avons assisté à un mariage incestueux qui nous a coûté fort cher moralement et matériellement : celui des élus et de l’administration.

Les premiers sont censés nous représenter et les seconds nous servir.

Pour des motifs confus et cumulés, auxquels la cupidité n’est pas étrangère, élus et administration ont poussé le secret d’État et la propagande à leur plus haut niveau. Ainsi, organisant notre vie dans le secret de leurs cabinets, ils nous servaient sur tous les sujets de notre vie collective un package à gober d’un seul coup, sans possibilité de le détailler.

Oui, mais voilà, un olibrius – paraît-il – a conquis le pouvoir aux États-Unis, sans passer par l’alliance sacrée politico-administrative. En s’adressant directement, à travers son téléphone, à monsieur Tout-le-monde.

Et une fois élu, il continue. Son téléphone d’abord — donc tout le monde — son administration après.

Il est haï du système. Cela ne veut pas dire qu’il ait raison, mais cela veut dire que le système n’était pas – comme il se croyait – seul au monde.

Une autre solution existe donc, hors celle de l’alliance incestueuse élus-administration.

La France des Gilets jaunes

C’est ce que découvre la France avec les Gilets jaunes.

Ils sont le court-circuit qui a fait sauter la juteuse combine de l’association contre nature de nos élus avec notre administration.

Qu’importe qui ils sont, ce qu’ils ont à dire, ce qu’ils deviendront. Leur mission est accomplie. Le pouvoir ne sera plus jamais ce qu’il était devenu.

L’administration, nos fonctionnaires, ne sont plus les maîtres qu’ils ont cru être dans le secret des ministères. Ils redeviennent ce qu’ils auraient toujours dû être, ce pourquoi nous les payons, les employés de nos besoins collectifs que nous souhaitons discrets, à leur place, loyaux et serviables.

Que les élus qui souhaitent demain nos suffrages préparent leurs téléphones et apprennent à communiquer directement avec nous tous. C’est leur avenir.

Que nos administratifs oublient le pouvoir politique, ils s’y sont brûlé les ailes, y ont laissé pour longtemps leur réputation d’intégrité et de service. Leur intérêt et le nôtre sont qu’ils reprennent leur place de serviteur de l’État – de nous –, qu’ils n’auraient jamais dû quitter.

Que tout cela ait été mis sur la table principalement sur des ronds-points est hautement symbolique.

La France depuis toujours est un vaste rond-point traversé sans cesse par ses voisins vaquant à leurs occupations. Au centre de l’Europe de l’Ouest, sa vie est faite de passages pacifiques ou guerriers constants.

Ainsi, participer pour la première fois en Europe, à cette révolution politique qui nous arrive des États-Unis, de façon populaire et sur des ronds-points est un symbole fort pour la France

On n’a peut-être pas compris l’incroyable force de la démarche des Gilets jaunes, leur engagement et leur courage. Honte à ceux qui tentent de les humilier, de les rabaisser.

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