Le père Noël se fournit chez Amazon

Amazon ecom Jeff Bezos by Stock Catalog(CC BY 2.0) — Stock Catalog, CC-BY

Les Gilets jaunes ont plombé le commerce de proximité. Cette année plus que les autres, les cadeaux déposés sous le sapin proviendront des stocks énormes de l’e-commerce.

Par Ludovic Delory.

Noël aura un goût amer pour les commerçants des centres-villes. Surtout à Paris. La tornade jaune a déferlé, provoquant fermetures et perte colossale de chiffre d’affaires. Les appels du monde politique n’y ont rien changé : le père Noël a passé commande sur le net.

Les propos de la ministre du Travail, la semaine passée, ont sonné l’alarme :

On est en train d’enrichir les plate-formes américaines type Amazon et pendant ce temps on tue les petits commerces qui sont déjà en mode survie depuis quelques semaines.

Comment des politiciens, dont l’essentiel du temps consiste à, justement, ligoter les petits commerçants en les accablant de taxes et de prélèvements divers, en installant des piétonniers dans les centres-villes tout en promouvant la construction de complexes commerciaux en périphérie, peuvent-ils encore se lamenter sur le sort de ceux qu’ils ont contribué à tuer à petit feu ? Sans doute faut-il y voir une énième tentative de sauvetage des finances publiques. Car dans leur bouche, « ne pas enrichir Amazon » doit être compris comme « enrichissez plutôt l’État ».

Le gouvernement n’a pas tardé à le montrer.

Les Gilets jaunes ont refroidi les clients

Aujourd’hui encore, la République en Marche revient sur la mort des petits commerces parisiens. Le hashtag #SoutenonsNosCommerçants vise à soutenir les centaines de magasins vandalisés ou contraints de se barricader face à la déferlante des Gilets jaunes. Ils seraient plus de 500.

À l’approche des fêtes de fin d’année, ces fermetures représentent une catastrophe pour le chiffre d’affaires. Les manifestations, organisées le samedi, jour habituel de shopping, ont incité les consommateurs à se tourner vers l’e-commerce. Bien au chaud, devant leur ordinateur plutôt que dans la rue assiégée, les clients restent rois.

Résultat : la plateforme de monétisation publicitaire Smart Adserver a vu sa croissance augmenter en France de 15 % (par rapport à l’an passé) depuis le début des manifestations des Gilets jaunes. Il s’agit du même ordre de grandeur que le chiffre d’affaires escompté de l’e-commerce, qui devrait franchir en 2019 la barre des 100 milliards d’euros rien qu’en France.

L’insécurité joue un rôle dans cette attitude. Dans un sondage OpinionWay, 43 % des Français disent préférer acheter en ligne plutôt que dans un magasin « physique ». Trois quarts (!) des sondés craignent d’être victimes d’une agression physique en faisant leurs courses.

La mort programmée du commerce de proximité

Le sentiment d’insécurité n’est pas la seule raison qui pousse près de 40 millions de Français à acheter leurs produits en ligne. Contrairement au commerçant du coin, Amazon n’a pas d’horaires de fermeture, propose une vaste gamme de produits et livre en un temps record. En outre, sa politique de retour n’a pas d’équivalent sur le marché et ses frais de livraison sont généralement inférieurs à ceux d’un parking en centre-ville. Amazon a même contribué à la réapparition des libraires indépendants aux États-Unis.

Que dire, enfin, de la fiscalité ? L’argument qui consiste à dire « Amazon ne paie pas d’impôts en France » est faux, même si de nombreuses voix estiment qu’il n’en paie pas assez. La nuance est de taille, et elle semble échapper à beaucoup. Quoi qu’il en soit, la disruption est à l’œuvre : 28 % des emplois dans le secteur marchand, en France, sont générés par l’e-commerce.

Gilets jaunes, sentiment d’insécurité, développement des ventes en ligne,… Le consommateur change d’habitudes et n’a sans doute pas fini de le faire. Car comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement en remet une couche. Il vient d’annoncer une taxe sur les GAFA dès 2019, en escomptant 500 millions d’euros de recettes annuelles. Et attention, ça va cogner !

Qui paiera vraiment la taxe ? Les GAFA ou leurs clients ?

À l’inverse du père Noël, le gouvernement, lui, ne fait pas de cadeaux.