Gilets jaunes : revendications pour la liberté et la prospérité

Mouvement des gilets jaunes, Belfort, 01 Dec 2018 By: Thomas Bresson - CC BY 2.0

Petit mémo de ce qu’il faudrait demander à Emmanuel Macron pour retrouver la liberté et la prospérité économique.

Par Nathalie MP.

Plus les manifestations des Gilets jaunes se succèdent – et nous avons assisté samedi 1er décembre dernier à un Acte III particulièrement déchaîné – plus ne surnagent dans nos esprits que les violences auxquelles ils donnent lieu et les listes éparses mais déjà vues des revendications essentiellement « vénézuéliennes » qui les accompagnent.

Vénézuéliennes, c’est-à-dire boursouflées de ces recettes prétendument miracles – SMIC à 1 300 € nets, salaire maximum à 15 000 €, ISF, interdiction des délocalisations, collectivisation de tous les services possibles, etc. – qui plaisent beaucoup aux extrêmes, qui ne révulsent pas totalement les socio-démocrates et qui font qu’au Venezuela, cela fait longtemps qu’on ne manifeste plus, mais qu’on préfère s’exiler plutôt que de mourir faute de soins ou de nourriture.

Le mouvement des Gilets jaunes a beau être qualifié d’inédit, il a beau laisser la classe politique « abasourdie » ainsi que titrait Le Monde hier, n’est-on pas reparti finalement dans une de ces convulsions paroxystiques qui saisissent la France avec la force des grandes révolutions tous les 50 ans et avec la force du folklore national tous les ans ou presque – pour revenir ensuite non pas à une situation sociale améliorée, ni même au point de départ, mais toujours plus haut dans la folie dépensière, toujours moins loin dans la volonté de réformer le pays en profondeur et toujours à la traîne de tous les autres dès lors qu’il est question de chômage, d’éducation ou de croissance ?

Il y a bel et bien de l’inédit dans la naissance de ce mouvement. Contrairement à ce qu’on observe habituellement, point de syndicats d’extrême-gauche pour appeler à refuser toute évolution de statut, toute réforme de l’Éducation nationale, toute modification, même minime, du Code du travail. Mais un mouvement spontané venu du cœur de la société pour s’élever contre des taxes devenues de plus en plus insupportables. Un sentiment pas complètement absurde dans un pays champion d’Europe des prélèvements.

Et l’on ne peut totalement réduire les Gilets jaunes à un unique pack de revendications mélenchoniennes et à un mouvement uniformément composé de casseurs. Nombreux sont les manifestants qui souhaitent juste travailler en paix et jouir un peu plus du produit de leur travail ; nombreux aussi ceux qui réprouvent avec amertume les violences de samedi dernier, au Puy-en-Velay, par exemple, où la préfecture a été incendiée.

Flottement dans les certitudes

On ne peut le nier, la France est passablement bousculée dans ses habitudes de contestation. Un flottement dans les certitudes qui entourent habituellement le modèle social dont nous sommes si fiers s’est fait jour. Tout le monde se demande comment Emmanuel Macron va pouvoir s’en tirer, car dans un contexte budgétaire tendu, chacun sent confusément qu’il se passe quelque chose de grave et différent dont le pays n’a ni l’expérience ni les codes pour se sortir.

Et pourtant, personne ne va jusqu’à additionner deux et deux. Alors qu’il faudrait parler responsabilité, initiative individuelle, baisse drastique des dépenses publiques et liberté de choix retrouvée, personne ou presque n’aborde ces questions, ni au gouvernement, ni chez les manifestants, ni chez les commentateurs politiques habituels.

Personne n’ose ou ne veut envisager la prospérité économique et la « justice sociale » en dehors de la sacro-sainte redistribution des richesses des plus riches vers les plus pauvres. Personne ne veut admettre que c’est la production qui tire tout le monde vers le haut quitte à ce que certains montent plus haut que d’autres, car le roman français a toujours privilégié un idéal d’égalité qui ne s’obtient in fine que dans le nivellement par le bas.

C’est vrai sur le plan économique, mais c’est vrai aussi pour le Bac que tout le monde exige d’obtenir, pour les études supérieures dont l’accès ne doit pas dépendre des résultats scolaires, pour l’égalité homme/femme qui voudrait imposer aux hommes des congés paternité obligatoires, etc. etc. La passion française de l’égalité tourne à l’obsession destructrice.

Aussi, depuis leur petit camp, pas retranché mais largement négligé ou dédaigné par le public et les politiciens, quelques libéraux tentent de se faire entendre :

Pour rappeler d’abord que le respect des personnes et des biens est un principe intangible. Sans la sécurité, sans le respect de propriété, rien de durable ne peut se développer. Se plaindre de la spoliation de l’État, atteinte caractérisée aux biens, et se livrer ensuite à des blocages, des dégradations et des violences est une incohérence intellectuelle, morale et économique. Saccager une Porsche sous le coup de la haine du « riche », c’est ne pas comprendre que les riches, en consommant des produits chers et souvent sophistiqués, contribuent aussi à l’innovation, au développement économique, à l’emploi et au pouvoir d’achat global.

Puis pour interroger : si les impôts qui sont censés couvrir les dépenses publiques – et ils n’y suffisent même pas, la dette caracole à 100 % du PIB – finissent pas sembler trop lourds aux riches qui quittent le pays, aux classes moyennes qui manifestent aujourd’hui et aux Français les moins bien lotis qui paient au minimum la TVA sur leur consommation, ne serait-ce pas en raison des dépenses incontrôlées et incontrôlables de l’État ? 

Avec pour conséquence que les subventions déversées, les aides nouvelles et les réglementations pour protéger a contre les entreprises de b et b contre les entreprises de c ne seront jamais qu’un baume de court terme étalé sur des plaies mal analysées.

Un milliard d’euros d’argent de poche

Rappelons-nous la « garantie jeunes » de Manuel Valls au moment de la loi El Khomri en 2016 : 450 millions d’euros. Rappelons-nous l’appli financée par l’État pour aider les taxis à « concurrencer » les VTC. Plus récemment, songeons aux 500 millions d’euros d’aides à la transition écologique annoncés en plus par Édouard Philippe pour amadouer les Gilets jaunes avant leur Acte I. On est déjà à un milliard d’euros d’argent de poche !

L’État dépense, réglemente et interdit dans des proportions compulsives, et pourtant, curieusement, la « justice sociale » réclamée à cor et à cri par tout le monde semble s’éloigner un peu plus tous les jours. Quand on a les dépenses et les prélèvements obligatoires les plus élevés d’Europe, constater aussi un chômage au double ou au triple de celui de nos voisins est en effet un vrai échec social.

Mais comment en irait-il autrement puisque tout est fait pour déverser toujours plus d’argent dans les fosses abyssales de la machine étatique, laquelle, souvent monopolistique et bien à l’abri de toute concurrence, n’a aucune, mais absolument aucune obligation de résultat ou d’efficacité ?

Dans le même temps, le secteur marchand, celui qui doit performer pour mieux servir ses clients car il est confronté à la concurrence, celui qui est ponctionné pour alimenter la machine étatique – ce secteur dispose de moins en moins de moyens pour produire et investir, donc créer des emplois, donc contribuer à la hausse du pouvoir d’achat et à la prospérité économique de chacun.

Le résultat étant que lorsqu’un État en arrive à dépenser pour une valeur qui dépasse largement la moitié de la production annuelle de richesse réalisée dans le pays (57 %), il n’est plus seulement l’entité qui assure la liberté et la sécurité des citoyens, mais un acteur incontournable et surpuissant de la vie culturelle, sociale et économique du pays.

Qu’on le veuille ou non, il imprime sa marque, oriente les décisions selon ses propres critères de ce qui est bien et ce qui est mal et finit par étouffer toute velléité d’autonomie. L’ensemble de la société dépend de lui et se positionne par rapport à lui. Peu à peu, tous les contre-pouvoirs possibles,  y compris une presse indépendante et la société civile, sont affaiblis.

Liberté et prospérité

Les libéraux parlent de baisse des dépenses publiques, une formule qui fait tout de suite penser à ces horribles concepts de rigueur ou d’austérité…, mais en réalité, c’est bien de liberté et de prospérité qu’il s’agit. 

Alors, si vous aimez la liberté et si vous voulez retrouver la prospérité économique :

· Ne demandez pas un minimum de 1 200 € pour les pensions de retraite ; exigez de pouvoir préparer votre retraite vous-même, en dehors du système étatique imposé qui vous met à sa merci, comme on l’a bien vu dans le budget 2019 qui a prévu une revalorisation (0,9 %) inférieure à l’inflation (1,4 %) pour une simple question d’équilibre budgétaire.

· Ne demandez pas un salaire minimum de 1 300 € nets ; exigez plutôt qu’il soit baissé pour permettre aux personnes les plus fragiles, les moins bien formées et les moins expérimentées d’entrer sur le marché du travail, donc de gagner en expérience, donc de pouvoir peut-être évoluer vers de nouvelles fonctions.

· Ne demandez pas le rétablissement de l’ISF et ne faites pas la guerre aux riches ; demandez plutôt que la pression fiscale baisse pour tout le monde, riches compris, afin que plus de capitaux soient disponibles pour être investis dans des activités productives concurrentielles, gage ultérieur de croissance et d’emplois.

· Soyez fermes sur le gel des taxes sur les carburants, mais ne demandez pas leur remplacement par un nouvel impôt ; exigez plutôt que le gouvernement trouve des économies à faire, exigez que les fonctionnaires travaillent leur 35 h, exigez le non remplacement des fonctionnaires partant en retraite selon une analyse précise des missions de l’État. Les montants récupérés viendront irriguer directement notre économie.

. Et si vous y tenez, exigez d’Emmanuel Macron qu’il demande la démission en bloc de son gouvernement pour nommer une nouvelle équipe sur de vrais critères de compétence, afin qu’elle mène, enfin, une  vraie politique de liberté et de prospérité. « Garder le cap » qui nous engloutit lentement mais sûrement depuis plus de 45 ans n’est plus possible !

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