Hausse du salaire minimum : toujours pas une bonne idée… #Seattle #Amazon

Pour certains commentateurs, sortir de la crise des Gilets jaunes passe par l’augmentation du SMIC. C’est une erreur monumentale qui pénalisera les plus faibles, comme l’a montré ce qui s’est passé aux États-Unis. Explications.

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Fast food workers on strike for higher minimum wage and better benefits By: Fibonacci Blue - CC BY 2.0

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Hausse du salaire minimum : toujours pas une bonne idée… #Seattle #Amazon

Publié le 3 décembre 2018
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Par Nathalie MP.

Le 1er novembre dernier, le salaire horaire minimum en vigueur chez Amazon est passé à 15 dollars pour tous ses salariés aux États-Unis. La nouvelle a immédiatement déclenché une vague de liesse dans les rangs du mouvement Fight for 15 car ses partisans, dont le célèbre sénateur de l’aile gauche du parti démocrate Bernie Sanders, y voient non seulement une formidable avancée pour les travailleurs américains, mais également la confirmation que leur combat pour obtenir un salaire minimum de 15 dollars est pertinent. Dès lors, pour eux, pas question de s’arrêter en si bon chemin !

Ajoutez à cela que l’expérience de hausse du salaire minimum à Seattle (État de Washington) est maintenant considérée – un peu vite – comme un grand succès, et vous comprenez pourquoi la nouvelle majorité démocrate du Congrès américain pourrait bien être tentée de faire passer une législation sur la hausse du salaire minimum fédéral de 7,25 dollars aujourd’hui à 15 dollars pour tous dorénavant.

Il se trouve en effet que fin octobre, des chercheurs de l’Université de Washington (UW) ont publié une nouvelle étude sur le cas particulier de la ville de Seattle, étude dans laquelle la presse mainstream, CNN en tête, a voulu voir une nouvelle preuve de l’intérêt d’augmenter fortement le salaire minimum afin d’accroître le pouvoir d’achat :

Une nouvelle étude montre que la hausse rapide du salaire minimum à Seattle a boosté les revenus des travailleurs à bas salaire, avec très peu d’effets négatifs sur le niveau général d’emploi. (Tweet CNN)

À écouter Bernie Sanders, à lire CNN, tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possible. Malheureusement, à y regarder de plus près, la décision d’Amazon n’apparaît pas forcément comme le résultat unique d’une pression politique forte qui aurait soudain illuminé son PDG Jeff Bezos. Quant à l’étude de l’UW, elle est loin de conclure de façon aussi optimiste.

Ainsi que je l’expliquais il y a un peu plus d’un an dans l’article « Hausse du salaire minimum : mauvaise idée… #Seattle », le Fight for 15 a débuté en 2011 dans la foulée du mouvement contestataire Occupy Wall Street sous l’impulsion des mouvements anti-mondialistes d’extrême gauche. D’abord revendication des salariés à bas salaires des fast-foods type McDonald’s, la lutte pour une hausse du salaire minimum jusqu’à 15 dollars par heure a débouché sur la mise en place de politiques concrètes dans de nombreuses régions des États-Unis.

Le cas le plus emblématique est celui de Seattle qui a décidé en 2014 de porter par ordonnance le salaire minimum applicable dans les frontières de la ville de 9,47 dollars à 11 dollars à partir du 1er avril 2015, puis à 13 dollars à partir du 1er janvier 2016, pour atteindre 15 dollars pour toutes les entreprises entre 2017 et 2021.

La mise en place de la mesure s’est accompagnée de la promesse d’en faire un suivi méticuleux afin d’évaluer si l’objectif recherché – fournir un revenu plus élevé à tous ceux qui se battent pour boucler leurs fins de mois – était convenablement atteint. Le maire de Seattle a donc chargé une équipe de chercheurs de l’UW d’effectuer toutes les analyses nécessaires.

La première étude, consacrée à la hausse de 9,47 dollars à 11 dollars, avait conclu à une faible influence de la mesure. Ce n’était guère étonnant puisque la plupart des gens gagnaient déjà au moins 11 dollars par heure avant même la hausse du salaire minimum.

En revanche, la seconde étude publiée en juin 2017 et portant sur la hausse de 11 dollars à 13 dollars soit + 18,2 %, mettait au jour des résultats inquiétants : le salaire horaire des salariés à bas salaires (< 19 dollars) avait augmenté de 3 %, mais le total des heures travaillées avait été réduit de 9 % (heures perdues par licenciement et baisse des heures effectuées par un salarié donné). En conséquence, le total des bas salaires payés avait diminué de l’équivalent de 125 dollars par mois et par personne.

Ces résultats venaient clairement contredire des études antérieures beaucoup plus enthousiastes mais dont la méthodologie avait été fortement critiquée. Or contrairement à ce qui était fait auparavant, les auteur de l’UW ont pu disposer d’une base de salaires très détaillée et ils ne se sont pas limités au secteur de la restauration, lequel ne donne qu’une approximation imparfaite des bas salaires.

Le maire de Seattle n’avait guère apprécié cette étude, mais en réalité, elle ne faisait que confirmer ce que la théorie économique nous dit, à savoir que toute fixation d’un prix plancher obligatoire aura pour effet de créer un déséquilibre par diminution de la demande et augmentation de l’offre, y compris sur le marché du travail.

Comme le disait l’un des chercheurs de l’UW à l’époque :

Puisque vous devez payer plus cher, vous cherchez des gens qui ont de l’expérience et qui seront efficaces au travail dès le premier jour. (Seattle Times, 26 juin 2017)

Avec pour effet automatique d’évincer du marché du travail les personnes les moins expérimentées et les moins qualifiées.

C’est précisément ce que la nouvelle étude livrée le 22 octobre dernier est venue confirmer, en dépit de l’interprétation particulièrement simpliste de CNN.

Cette fois-ci, les chercheurs ont réalisé une analyse sur 14 000 travailleurs à bas salaires qui disposaient déjà d’un emploi avant la hausse du salaire minimum à 11 dollars et 25 000 qui en disposaient avant l’augmentation à 13 dollars. Ils les ont partagés en deux groupes suivant que le salarié était expérimenté ou non et ils ont observé ensuite comment les salaires et les heures travaillées ont évolué après la hausse du salaire minimum.

Il en résulte que toute la hausse salariale constatée est revenue entre les mains des salariés les plus expérimentés (de l’ordre de 10 dollars par semaine en moyenne pour chacun) tandis que les salariés les moins expérimentés n’enregistrèrent pas d’augmentation significative de salaire, seulement une baisse de leurs heures travaillées.

De plus, un quart de la hausse de salaire des salariés expérimentés est venu d’heures de travail trouvées hors de Seattle (donc sans la contrainte du salaire minimum élevé) pour compenser la perte d’heures dans la ville même.

Par comparaison avec le reste de l’État de Washington, l’étude met aussi en évidence le fait que le taux d’entrants sur le marché du travail a notablement diminué à Seattle depuis que le salaire minimum y a été augmenté.

Ces deux derniers points expliquent qu’on puisse observer une hausse du salaire perçu par les travailleurs expérimentés qui étaient déjà dans l’emploi avant la première hausse du salaire minimum tout en constatant parallèlement une baisse du total des bas salaires payés comme indiqué dans l’étude précédente.

Finalement, on constate bien que l’élévation importante du salaire minimum a pour effet de favoriser les salariés les plus expérimentés au détriment des moins expérimentés et de rehausser la barrière à l’entrée du marché du travail pour les personnes les moins qualifiées.

Comme le disent à nouveau les auteurs de l’étude :

Overall, evidence suggests that employers responded to higher minimum wages by shifting their workforce toward more experienced workers. (Étude page 5)
Dans l’ensemble, les résultats suggèrent que les employeurs ont répondu à la hausse du salaire minimum par déplacement de leur main d’œuvre vers les travailleurs les plus expérimentés.

Ils ajoutent de plus que le boom économique exceptionnel que la ville a connu pendant la période étudiée peut avoir eu une influence notable sur les gains obtenus par les salariés à bas salaires expérimentés comparativement à leurs homologues du reste de l’État de Washington (page 26).

On voit donc qu’il n’y a aucune raison de sauter de joie comme l’a fait CNN. La hausse du salaire minimum reste une mauvaise idée puisqu’elle aboutit, exactement comme la théorie économique classique le prédit, à écarter du marché de l’emploi les salariés les plus fragiles, ceux que la gauche auto-proclamée progressiste et enrubannée de son douteux monopole du cœur prétend contre toute logique économique vouloir protéger.

Sachant tout cela, il y a lieu de s’interroger sur la décision prise par Amazon. On peut remarquer tout d’abord que l’image d’Amazon en tant qu’employeur n’est pas excellente, notamment depuis qu’un journaliste du quotidien britannique The Guardian a raconté qu’il avait vu une bouteille de Coca-cola remplie d’urine dans un entrepôt, indice évident pour lui que certains employés n’osaient pas perdre du temps pour aller aux toilettes.

Alors que le pic d’activité des fêtes de fin d’année approche, période pendant laquelle Amazon va avoir besoin de 100 000 saisonniers en plus aux États-Unis, il ne lui est peut-être pas inutile de donner un peu de glamour à sa réputation. Et ce d’autant plus que le taux de chômage étant tombé à moins de 4 % aux États-Unis, le marché de l’emploi est extrêmement tendu, ce qui complique ses facultés de recrutement.

Ensuite, Amazon a entamé un processus d’automatisation intense de ses entrepôts (exactement comme le font aussi les fast-foods) et il a basé son développement sur les possibilités d’internet. Par rapport à ses grands concurrents comme Walmart par exemple, le groupe de Jeff Bezos se trouve donc nettement moins dépendant de la main-d’œuvre et les coûts salariaux impactent moins ses résultats.

Aussi, loin de ressembler au désir de se conformer aux exigences politiques du mouvement Fight for 15, même si c’est la raison très politiquement correcte invoquée – à la grande satisfaction de Bernie Sanders – la décision d’Amazon apparaît avant tout comme une pure décision d’entreprise : adaptation au marché du travail américain, restauration de l’image sociale de l’entreprise et mouvement stratégique à l’encontre des concurrents.

Il n’empêche que tout le camp Fight for 15 est convaincu d’avoir remporté une grande victoire. Il n’est donc guère soucieux de savoir si l’analyse de l’expérience grandeur nature menée à Seattle est concluante ou pas. Sur la base de ce malentendu, le risque n’est pas nul de voir les expériences se multiplier et les revendications pour passer à 17 dollars gagner en crédibilité dans l’opinion publique et chez de nombreux politiciens. Malheureusement, on sait déjà que ce ne sera pas pour le meilleur.

Cet article a été publié une première fois en novembre 2018.

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  • l etude est interressante. Par contre, il faudrait voir l evolution sur du long terme. Par ex, le salaire min a 15 $ favorise les gens experimente. donc ca fait un appel d air pour des gens Experimentes venant d ailleurs ou non ? Que se passe t il si vous ne trouvez pas de gens experimenté (si les gens sans experience ne trouve pas de travail, il n auront jamais d experience et donc apres un certains temps vous allez avoir une penurie de gens experiementes puisqu aucun nouveau le sera)

    Sinon le fait de dependre moins sur la main d oeuvre et d investir dans la techno (ce qui est implicitement reproche a Amazon ici) est une bonne chose. Non seulement c est comme ca que l europe a decole economiquement au XIX sciecle mais il est illusoire de vouloir concurrencer le bengladesh (100 €/mois)

    • Non cela n’attire pas les gens expérimentés. En effet, ailleurs ils seraient aussi payés 15$ ailleurs (car la valeur productive de leur travail est égale à cela). A Seattle, on embauche les gens expérimentés lorsque le besoin s’en fait sentir, mais pas les inexpérimentés. Si l’employeur a besoin d’un employé pas cher bien que peu efficace, il ne va pas reporter sa recherche sur un autre type d’employé, il n’emploie pas tout simplement. P.S Dans les fast food américains, non ce n’est pas irraisonné de penser pouvoir concurencer les benghalis: Il faudrait qu’ils viennent en amérique, et ce ne serait pas pour toucher le même salaire que chez eux…

      • @titi
        Il n y a aucune raison que l employe experiemente soit paye 15 € ou plus ailleurs. Tout est une question de marché. S il y a plethore a un endroit les salaires sont plus faibles (pour rester en France, vous etes moins paye pour le meme poste a Toulouse qu a Paris tout simplement car il ya plus de candidats)

        SI un employeur veut un employe efficace et peu cher et qu il ne trouve pas, il peut certes ne pas embaucher mais il devra alors faire une croix sur l augmentation du CA et du benefice qu il avait prevu. Il peut aussi oit payer plusavoir un employé efficace (la limite etant la rentabilité) ou prendre un employé moins efficace et le former (une forme d investissement) ou faire comme Amazon et investir dans du materiel pour rendre ses employes actuels plus productifs (et ces investissements vont generer de l activite et emplois ailleurs (IT, robotique …)

    • Bonjour cdg
      Comme tjs c’est à l’employeur de décider s’il vaut investir dans la ‘techno’ et, ex post, augmenter les salaires. Croire que une augmentation de salaire va entrainer un gain de productivité est de la pensée magique, alias le culte du cargo.
      Ps les Bengalis ont eux aussi le droit de travailler et de sortir de la misère. Nous profitons de leur travail, eux de notre argent.
      Win-win.

    • Il n’y a aucun reproche implicite dans l’article, juste l’énoncé d’un fait : Amazon peut bien promettre d’augmenter le salaire minimum chez eux, vu que de par la robotisation en cours des entrepôts leurs besoins en main d’œuvre peu qualifiée va fortement baisser. C’est une forme de « green washing », ils s’achètent une virginité dans l’opinion publique à peu de frais.

  • Cet article qui présente l’évidence même (l’augmentation du cout de l’emploi diminue l’offre d’emploi) me rappelle que la France a fait le choix du chômage. En France, alors que tous les présidents disent que réduire le chômage est leur principal objectif, le SMIC augmente. En France, le fort taux de chômage n’est pas une fatalité, c’est un choix politique.

    • ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, tout simplement. La hausse du SMIC, tout le monde la voit – certains s’en désolent, d’autres s’en réjouissent.
      L’effet d’éviction, on ne le voit pas, ou alors très indirectement et beaucoup plus tard (« mince, le chômage a encore augmenté, mais que se passe-t-il ? »)

  • « Aussi, loin de ressembler au désir de se conformer aux exigences politiques du mouvement « Fight for 15 », même si c’est la raison très politiquement correcte invoquée – à la grande satisfaction de Bernie Sanders – la décision d’Amazon apparaît avant tout comme une pure décision d’entreprise : adaptation au marché du travail américain, restauration de l’image sociale de l’entreprise et mouvement stratégique à l’encontre des concurrents. »


    C’est, parait-il, surtout la dernière raison ( « mouvement stratégique à l’encontre des concurrents. ) qui a motivé la décision d’Amazon. Désormais Amazon profite du fait d’avoir augmenté le salaire de ses employés pour éliminer ses concurrents. Comment ? En faisant du lobbying à Washington pour instaurer des lois qui forcent ses concurrents à suivre son exemple. De tels lois aboutiront à la faillite desdits concurrents car, comme l’explique l’article, ceux-ci ne peuvent pas aussi facilement se passer de leur main-d’œuvre qu’Amazon.

  • le premier argument contre le salaire minimum reste l’arbitraire qui régit sa valeur.

    A seattle on a en plus un calendrier… c’est sérieux…et vicieux..parce qu’il admet que 15 dollars maintenant ce n’est pas bien…. mais pourquoi donc alors???

    a se demander si il ne sert pas qu’à cela…mettre dans la tête des gens que la liberté économique est « défaillante »..

  • Une question me taraude par rapport à la France (mais même problématique).
    Serait-il plus intéressant de permettre le salaire complet aux salariés ou carrément enlever ces charges sociales (patronales et salariales)?

    Car j’ai l’impression que si le salaire complet est hyper intéressant pour les salariés en terme de gains de pouvoir d’achat, la seconde avantagerait pas mal les entreprises (et donc aussi les salariés mais dans une moindre mesure).

    C’est une vraie question et j’ai encore du mal à me positionner par rapport à cela. Je me dis que si mes parents (qui sont au smic) doivent payer leurs assurances (chomage, retraite…) sans « bénéficier » de leur salaire complet, ils risquent de s’appauvrir de façon assez importante. On voit le prix de ces assurances pour les suisses et ça a l’air tendu.

    Merci pour vos réponses 😀

  • Dans la relance économique par la hausse des salaires, le risque est moins celui d’une sous-employabilité des gens sans formation, que la hausse du coût du travail pour les entreprises nationales et le transfert des richesses vers les pays émergents…
    Ce n’est évidemment pas la préoccupation d’Amazon, dont la fortune est bâtie sur le commerce. Ca peut l’être pour des Etats dont la prospérité tient à la vigueur de leurs industries.

  • Alors baisse des impôts sur le revenu , de la TVA 15 % ..quand à L’ÉTAT 2 députés et sénateurs, suppressions de toutes commissions .. du Conseil économique et social ..Voir la cour des comptes si c’est un avis consultatif ; cela ne sert a rien !!! la preuve Sapin membre de la cour des comptes ministres des finances ,qu’a t il fait ,
    comme les autres prouve bien que l’on peut supprimer la cour des comptes !!!
    impôts société 12 % maxi !!! pour relancer l’economie il faut du pouvoir d’achat !!

  • sur C8 un gilet jaune pose une question a une députée LREM à combien est le SMIG ,elle lui répond : vous me poser une colle je ne le sais pas !!! Alors que quand le parti LREM dit qu’ils sont à l’écoute des citoyens !!! je comprend qu’ils ne comprennent pas les gilets jaunes !! nous vivons sur la même planète pourtant !!! j’ai un doute !!!

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