La réduction du déficit de l’État n’est pas pour 2019

La remise en ordre des comptes des administrations centrales reste une priorité non traitée.

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La réduction du déficit de l’État n’est pas pour 2019

Publié le 30 novembre 2018
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Par Nicolas Marques.
Un article de l’Institut économique Molinari

La dernière étude publiée par l’Institut économique Molinari montre que l’administration centrale française a vécu à crédit 47 jours l’an passé. Elle épuisait toutes ses ressources dès le 15 novembre, un mois avant les autres États de l’Union européenne, équilibrés jusqu’au 13 décembre. Au sein de l’Union européenne, elle figurait dans le trio des États les plus déséquilibrés avec la Pologne et la Roumanie, épuisant leurs recettes respectivement les 10 et 13 novembre. Cette contreperformance est inquiétante à de multiples titres.

Tout d’abord, elle est exceptionnellement longue. Depuis 1980, tous les budgets ont été déséquilibrés, ce qui atteste d’une incapacité structurelle à rééquilibrer les comptes, source d’une grande fragilité dans un pays extrêmement centralisé. Si, dans son histoire, la France a connu bien des vicissitudes budgétaires, il est rare, si ce n’est exceptionnel, de trouver des périodes déficitaires aussi longues sans qu’en même temps elles soient associées à des périodes de conflits. Autrement dit, c’est inédit en période de paix.

Une situation qui s’aggrave depuis 1980

D’autre part, la tendance n’est pas à l’amélioration. La date à laquelle toutes les ressources de l’État sont consommées a avancé de 1,25 jour par an en moyenne depuis 1980. L’administration centrale n’a plus la capacité d’être un « stabilisateur automatique ». Elle laisse dériver ses déficits en temps de crise et ne les résorbe jamais en période de reprise.

Depuis quarante ans, chaque phase de « consolidation » est même plus précaire que la précédente. L’embellie de la fin des années 1970 avait permis d’équilibrer les comptes. Depuis, cette configuration ne s’est jamais reproduite. Les phases d’amélioration sont systématiquement associées à des déséquilibres toujours plus importants : une vingtaine de jours de déficit à la fin des années 1980, une trentaine de jours à la fin des années 1990, une quarantaine de jours au milieu des années 2000 pour culminer à une cinquantaine de jours aujourd’hui.

Une façon de faire radicalement différente de nos voisins de l’UE ayant mis à profit les périodes de reprises, et notamment les 8 dernières années, pour résorber les déficits des administrations centrales. L’an passé, le mouvement de rééquilibrage des comptes post-crise était significatif, avec 9 États réalisant des excédents (dont l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas ou la Suède) et 13 pays épuisant leurs recettes en décembre. En France, le rééquilibrage des comptes s’est arrêté plus vite qu’ailleurs, dès 2014. Ce qui explique pourquoi l’État continue d’épuiser ses ressources dès novembre et vivait à crédit 47 jours par an, soit 29 jours de plus que la moyenne de l’Union européenne.

Pas d’amélioration en 2019

En dépit d’une conjoncture toujours favorable, le budget en préparation ne marque pas d’amélioration significative. Les projections de l’Institut économique Molinari montrent qu’il pourrait y avoir 67 jours de dépenses non financées en 2019. Même en mettant de côté les 26 milliards de dépenses exceptionnelles liées à la transformation du CICE en baisse pérenne de charges sociales, l’impasse financière est de l’ordre de 52 jours.

Certes, au-delà de l’État, les finances locales et des administrations de sécurité sociale sont désormais à l’équilibre, ce qui nous permet d’afficher des déficits des administrations publiques en deçà de 3 %. Mais la situation des finances publiques françaises reste extrêmement précaire et atypique. Selon les derniers chiffrages d’Eurostat, le déficit public représentait 2,5 % au 2e trimestre 2018 en France, contre 0,3 % dans l’Union européenne et 0,1 % dans la Zone euro. Les 20 autres pays pour lesquels les chiffres étaient disponibles faisaient mieux, à l’exception du Portugal (-2,7 %).

Certains pensent que ces déficits, loin d’être inquiétants, font sens. Une partie de l’endettement des administrations serait liée à la nécessité de préparer le futur, en finançant des « investissements d’avenir ». Mais les données à disposition ne corroborent pas cette vision.

D’une part, le patrimoine des administrations publiques françaises décline. Il a été divisé par 7 depuis 2007 et ne représente plus que 8 % du PIB. Il est même devenu négatif si l’on intègre les engagements au titre des retraites de la fonction publique. D’autre part, ces déficits ne coïncident pas avec un enrichissement collectif plus rapide qu’ailleurs. La richesse globale par habitant progresse moins vite en France que dans le reste de l’Union européenne. Sur 20 ans, nous sommes 23e sur 27 en termes de progression du PIB par habitant. Seuls le Royaume-Uni, l’Italie et la Grèce font moins bien. Les administrations publiques créent de la dette pour financer les dépenses courantes, loin de l’image d’Épinal d’une action publique préparant l’avenir.

Pas de supplément de bien-être associé aux déficits

Ajoutons que, contrairement à une idée parfois mise en avant, le manque de rigueur dans la gestion des finances publiques n’est pas associé à un supplément de bien-être immédiat. Plusieurs statistiques axées sur la qualité de vie montrent que la situation française n’est pas optimale. La dernière livraison de l’« indicateur du vivre mieux » de l’OCDE atteste même de performances françaises médiocres.

La moyenne des différents critères proposés par l’OCDE positionne la France 18e sur 38 pays étudiés. Nous sommes 11e sur les 21 États de l’Union européenne notés. Dix pays ressortent mieux, dont notamment les pays du nord conjuguant tradition sociale et rigueur financière (Danemark, Finlande, Pays-Bas, Suède…). Il est donc bien difficile d’affirmer que les déficits sont la conséquence d’une politique sociale générant un supplément de bien-être significatif ou préparant le long terme.

La remise en ordre des comptes des administrations centrales reste donc une priorité non traitée. Or, l’expérience malheureuse de nos voisins du Sud montre qu’on ne peut pas infiniment vivre avec des déséquilibres sans s’exposer à des lendemains qui déchantent associés à un coût social exorbitant. Espérons donc qu’il nous reste du temps avant la prochaine crise, et que ce message soit entendu à temps.

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  • Le problème de la Dépense Publique n’est toujours pas résolue et comme toujours si nous en sommes là , c’est la faute des autres..!!! Juste avant la prochaine élection Présidentielle , il feront un effort , de la poudre aux yeus !!! .. j’oubliai les 2 keke de la finance de L’ÉTAT , ils ont de l’avenir !!! mais pas dans le bons sens … je me répète : Avant toute reforme , c »etait de mettre à plat le Buget de la Dépense Publique , il y a un paquet de dépense inutile , voir à supprimer
    les commissions , comités qui coutent un max de fric…le conseil économique social ,
    qui ne sert à rien .. dimunition de l’assemblee nationale et sénatoriale à 2 députés et sénateurs par département …pourquoi garder 577 députés alors qu’ils votent des lois avec 42 présents !!! La 1ére action de ce gouvernement était de mettre à plat recette et finance !!! jusqu’où pourront-ils tenir ???

    • les français ont choisi Mitterrand.. pourquoi voulez vous les priver
      des bienfaits du socialisme?
      les soixante huitards ont une retraite dorée!
      hop sous les gilest la plage!

      • « Les Français », c’est un artifice de présentation indigne d’un libéral. Les Français sont des individus, dont la moitié au moins n’ont pas voté en 81, et la moitié de ceux qui l’ont fait n’ont pas voté Mitterrand. Les retraités ne sont pas un groupe homogène de riches oisifs, les séjours en EHPAD coûtent plus que leurs pensions et n’ont rien du club de vacances, les travailleurs pauvres ne sont pas des socialistes, mais des individus dont ceux qui expriment des idées socialistes se contentent de répéter ce qu’ils ont entendu, souvent faute d’avoir entendu des idées libérales qui respectent les individus qu’ils sont.
        Sous les gilets, la poche où l’état a pris, plus commission et frais, ce qu’il remet en grandes pompes aux « plus défavorisés » !

  • Quand j’entend que c’était un devoir de supprimer la taxe d’habitation qui est un impôt injuste qui va coûter 20 milliards d’euros ….Il aurait été plus juste de baisser les impots sur le revenu de 20 milliards qui aurait donner du pouvoir d’achat et de faire une ordonnance que taux de prélèvement sur l’impôt foncier et impôt taxe d’habitation ne pouvaient etre plus que l’onflation et vous aurez donné du pouvoir d’achat … ensuite revoir les niches fiscales sur le revenu ( 104 milliards ) et revenir sur le budget de la dépense publique deficit à 0% ( 57 % ) … suppprimer Conseil Economique et Social qui ne sert qu’à donner une rente en remerciement ( syndicat , députés et autres battus et les copains ) supprimer toutes les commissions et autres qui ne sert a rien mais qui coûte un max !!) toutes les paroles de nos politiciens ( pipeau ) BUDGET DEPENSE pas de réduction prévue…On verra ça en 2022 non ce n’est pas en 2022 c’est maintenant !! Quand on veut faire une réforme, d’abord l’a préparé pas au gré du vent !!! le reste c’est des paroles , des actes ;
    il a dit une autre politique , laquelle ?

    • La taxe d’habitation est un impôt local, dont l’assiette est définie par des élus locaux, et utilisé localement pour gérer des problématiques locales. En conséquence il est parfaitement logique de proposer de la supprimer, vu que les fonds récoltés n’abondent pas au fond central.
      Et puis, quoi de plus efficace qu’un haut fonctionnaire de Bercy pour valider que le nouveau ralentisseur devant l’école ou l’entretien de la piscine municipale est facturé au bon prix par l’entreprise en charge !

  • « La remise en ordre des comptes des administrations centrales reste donc une priorité non traitée.  »
    Le tort c’est d’avoir cru que Macron allait s’attaquer au problème: il suffisait de lire son CV…

  • Moi, je (tiens, j’ai déjà entendu ça) trouve l’article remarquablement optimiste !

    Rien que de considérer que l’année 2019 sera une année déficitaire comme les autres est un bel exemple de confiance dans notre capacité à traverser les pieds au sec une éventuelle tempête économique dont les dépressions commencent à se creuser et à converger ça et là sur la planète…

    Mais peut être que c’est moi qui a un coup de blues, et que l’avenir est radieux…

  • Je croyais que l’obstacle à la réforme était le « deep state »…l’intertie de l’administration. En réalité, après m’être informé, en dehors de l’Éducation Nat qui possède une inertie à la réforme de « mammouth » en ce qui concerne Bercy il s’agirait bien d’un manque de volonté POLITIQUE d’équilibrer les comptes…

  • Fillon avait le projet le plus ambitieux et le plus abouti pour réduire cette dépense publique. Mais il s’est fait dégager par une cabale juridico-médiatique. Le système sait préserver ses intérêts qui sont aux antipodes de ceux du peuple.

  • Les commentaires sont fermés.

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Telle est la conclusion que l’on peut tirer de la publication par le Bureau des Statistiques de l’ONU d’une étude sur l’évolution des PIB par habitant de divers pays, examinée sur une longue période. Ce n’est d’ailleurs pas surprenant car l’on voit bien que tous les clignotants de l'économie française sont au rouge, et que la dette de la France ne cesse de croître, d’année en année. Et l’on voit les habitants  réclamer en permanence une amélioration de leur pouvoir d’achat.

 

L’observation des données sur le temps long

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C’est un sujet que j’ai déjà traité plusieurs fois et qui remonte à un audit de la dette française demandée en 2005 par Thierry Breton ministre des Finances sous le gouvernement de Jacques Chirac à l’ancien responsable de la BNP Michel Pébereau.

 

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