Le vol, c’est la propriété : l’impuissance des propriétaires face aux squatteurs

Lourmarin - sign - Propriete Privee By: Elliott Brown - CC BY 2.0

Lorsque, par une étonnante inversion des valeurs, les voleurs deviennent les ayants droit et les propriétaires ceux qui ont juste le droit de se taire.

Par Johan Rivalland.

Après la liberté d’expression, un autre sujet touchant aux libertés fondamentales m’exaspère depuis bien longtemps : l’impuissance des propriétaires face aux squatteurs. Un état d’esprit de la loi qui m’échappe complètement et que décidément je ne comprends pas. D’où mon inversion de la célèbre formule de Proudhon, dont je doute qu’il aurait approuvé une telle loi.

Misère de la philosophie

Il s’agit là aussi d’une inversion, cette fois due à Karl Marx, toujours face à Proudhon et sa Philosophie de la misère. Mais je m’écarte là du sujet. Il faut dire qu’il y a de quoi se perdre : comment en vient-on à vouloir défendre les miséreux en ôtant les droits fondamentaux de propriétaires pas forcément fortunés, les plongeant eux aussi parfois à leur tour dans la misère ? Vous avouerez que c’est sacrément tordu ! Une bien drôle de philosophie.

Et pourtant, c’est bien ce qui se produit chaque jour et qui est arrivé à cette jeune femme dont il est question dans cette séquence que je vous invite à regarder ; un reportage parmi tant d’autres, hélas, car cela fait de nombreuses années que l’on voit ce genre de séquence infernale et absolument incompréhensible, pour moi, et surtout pour les nombreuses victimes.

Philosophie de la misère

Comment un État digne de ce nom, censé à la base protéger ses citoyens — même s’il y a bien longtemps qu’il n’y a plus à se faire d’illusion sur ce sujet — peut-il accepter sans réagir ou, au mieux, en faisant part de son impuissance, devant un tel état de fait ? Si je commettais un dixième de ce que peut faire un squatteur pénétrant par effraction chez quelqu’un à l’aide d’un pied-de-biche et d’une perceuse pour s’accaparer les lieux, je ne pense pas que j’aurais droit à la moindre clémence.

Et comment en vient-on ensuite, comme on le voit dans le reportage, à ce que quelqu’un puisse vivre de ces situations en se posant comme l’intermédiaire qui monnayera leur départ auprès des squatteurs, en bradant le bien des propriétaires désespérés et en touchant sa consistante commission au passage ? On est complètement tombés sur la tête…

C’est donc bien une philosophie de la misère que s’est employé depuis longtemps à construire notre État. Au point qu’il ne contrôle plus lui même la situation.

À vouloir offrir des droits aux uns (pas à n’importe qui : à des truands bien souvent organisés en réseaux) sans bien anticiper les conséquences sur les autres, une fois de plus on constate que les dérives de l’État sont bien nombreuses et affligeantes.

En attendant, que faire ? On se borne jusque-là à constater, déplorer, dénoncer, mais rien ne bouge. Et nos gouvernants songent tout juste à légiférer pour abaisser éventuellement, nous dit-on, le délai de deux mois. Quand on sait, comme il est dit dans le reportage, que les procédures durent en moyenne une bonne année, il n’est pas certain que cela change beaucoup la donne pour les victimes de ce grand scandale.

Parfois, se faire justice serait presque tentant… si ce n’était pas si risqué pour son intégrité, et si la Justice elle-même ne risquait pas, bien évidemment, de mettre la victime en prison, celle-ci acquérant aussitôt le statut de coupable…