Abandon de Fessenheim : le calcul l’emporte sur la politique énergétique

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By: Christo MICHE - CC BY 2.0

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Abandon de Fessenheim : le calcul l’emporte sur la politique énergétique

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 31 octobre 2018
- A +

Par Gérard Petit.

« Je suis en pleine activité et me sens en grande forme, j’ai encore belle allure et un bon potentiel de vie et d’utilité… mais je suis déjà morte ! »

Ainsi pourrait parler la centrale de Fessenheim, condamnée à la mise à l’arrêt définitif par sa maison mère EDF, dont la négligence programmée l’a privée de perspective en n’engageant pas les aménagements qui auraient permis qu’elle puisse fonctionner au moins dix années de plus, en particulier en ne lui appliquant pas le programme dit « post-Fukushima ».

Le célèbre adage « gardez-moi de mes amis » devrait donc être complémenté par « gardez-moi aussi des miens ».

On a promis à chaque employé EDF un reclassement satisfaisant et le processus est déjà engagé, privant la centrale d’avenir plus sûrement que par tout autre moyen coercitif.

On a promis aux territoires une manne qui ferait reverdir le désert industriel et l’arrivée d’entreprises d’outre Rhin qui pourront sans crainte d’un accident nucléaire venir profiter d’une main d’œuvre qualifiée et désœuvrée, celle des sous-traitants laissés sur place.

EDF rend les armes

Mais quelle est la réalité et l’adéquation de ces promesses de relance d’une activité économique privée de son moteur ?

Ainsi donc, c’est EDF qui rend les armes, alors qu’elle les détient encore toutes, y compris une dernière fournie par l’annulation du décret de mise à l’arrêt par le Conseil d’État.

Mais il faut satisfaire une opinion façonnée et des promesses électorales que d’autres ont formulées en n’abordant surtout pas les fondements techniques d’une telle décision, justement parce qu’ils n’existent pas.

La légèreté de nos politiques est bien grande pour en arriver à mettre au rebut des outils industriels répondant pleinement au cahier des charges le plus en phase avec les exigences actuelles en ce qu’ils contribuent à la décarbonation de l’énergie, à l’indépendance et à la performance économique du pays.

Fessenheim a une capacité de 1800 MWe, soit l’équivalent de la puissance de crête de 600 éoliennes, chiffre qui passe à 2 500 machines si on considère l’énergie fournie en un an ; cette électricité est fournie au réseau, à la demande ou en continu, selon ses besoins. Que faut-il davantage ?

Légèreté électoraliste

L’arrêt de la centrale reste programmé malgré le changement de mandature, choisie non parce qu’elle est la plus ancienne, ce qui ne fait guère sens au plan technique, mais surtout par sa proximité avec une Allemagne à qui il faut complaire au nom d’intérêts dits supérieurs ; et qui s’affiche verte et vertueuse, tout l’inverse de ce qu’elle est en réalité.

Cette trajectoire dramatique est emblématique de l’insubmersibilité d’une légèreté électoraliste, laquelle peut survivre à tous les arguments logiques, sauvée à chaque fois par des arguties taillées sur pièce, mais de mieux en mieux entendues.

S’agissant de l’arrêt de Fessenheim, vendu et revendu à l’opinion comme nécessaire puis comme incontournable, la question du pourquoi n’est même plus posée, le quand seul étant ce qui importe, le comment, c’est-à-dire la casse, restant accessoire.

C’est l’État qui a fait pression sur EDF pour qu’aucun futur ne soit envisagé pour Fessenheim, ce qui a logiquement conduit l’entreprise à ne pas engager les évolutions techniques requises pour une prolongation d’activité. EDF se place ainsi délibérément dans l’obligation de devoir retirer du service des machines qui ne seront plus conformes (respectivement en 2020 et 2022 pour les réacteurs n°1 et n°2), un implacable stratagème satisfaisant une opinion qui pourra finalement penser que les risques agités par les opposants étaient bien-fondés.

EDF exsangue

Arguments qui pourront resservir quand viendra prochainement le tour d’autres centrales.

Un principe d’une compensation de l’État à EDF pour contrainte infondée avait finalement été admis avant que soit récemment tramée la machinerie décrite, même si elle ressemblait à une aumône en regard de la perte que représentera la capacité de production de la centrale.

Mais dans la nouvelle situation artificiellement créée, l’État ne devra plus rien à EDF, la contrainte s’étant muée en obligation réglementaire, un habile et fructueux tour de passe-passe, au grand détriment de l’entreprise dont les finances sont déjà exsangues.

Dans la même veine et puisqu’on semble tout oser, pourquoi ne pas imposer à EDF d’indemniser les communautés locales et régionales lésées par un retrait unilatéral de l’activité. De la boutade à la réalité, le pas à franchir n’est peut-être pas si grand.

 

Voir les commentaires (11)

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  • Ce n’est pas possible , un jour ça ferme, après
    pas question , maintenant pour des enjeux électoraux pour satisfaire les Bonobos Ecologiste qui se sont engouffrés pour le statut et les finances qui suivent… Ou veux t-il conduire ce pays ? A la ruine !! Il doit y avoir un max de fric à faire… pour certains … alors on fait quoi . ceux qui savent , rien en réalité ,
    des moulins a paroles improductif !!!

  • Dans cette veine j’aurais presque trouvée amusante d’ignorance crasse l’échange entre je crois Hollande et Sarkozy sur le sujet, où l’un disait qu’il fallait la fermer parce-que seule centrale nucléaire française située dans une zone sismique. Pardon…?

  • On aurait voulu saborder EDF qu’on aurait fait une belle loi de transition énergétique…

  • Pas grave on n’est pas a une entreprise en faillite près….et puis ,tout le monde sait qu’on aura besoin de l’atome…mais il sera….chinois ou américain., américain….si ils ne nous refourguent pas des centrales a gaz de chez eux…toujours faire plaisir au prince même si ces cheveux sont rouges.

  • La Suisse et l’Allemagne ont renoncé à l’énergie nucléaire à brève échéance et Fessenheim est proche de ces deux pays. Fessenheim doit-elle être démolie à leur demande pour cause de non respect de la bonne distance ? J’en doute car si, en son temps, les Suisses et les Allemands ont accepté la construction de Fessenheim à proximité de leurs frontières, il serait mal venu qu’ils en demandent la démolition tant que la Centrale peut être maintenue en activité, sous prétexte que, dans l’intervalle, ils ont changé d’avis sur la question.

    Or techniquement Fessenheim peut être maintenue en pleine forme pour produire de l’électricité de manière économique. En plus, c’est une énergie propre qui ne pollue pas son environnement, et elle offre une sécurité garantie par le savoir faire éprouvé d’EDF.

    Donc Fessenheim devrait être maintenue comme un phare dans la tempête, par des pouvoirs publics qui ne cèdent pas au caprice de la casser comme si c’était un jouet dont ils se seraient lassés. Surtout si c’est pour s’en faire payer un autre (genre parc d’éoliennes) par le contribuable atterré de voir ses efforts ruinés par tant de gaspillage insensé.

    La France aurait pu choisir, dans les années 1970, une autre politique énergétique que l’électronucléaire. Cependant les investissements ont été faits et l’argent placé là et pas ailleurs. Ce qui est donc économique et écologique, c’est d’en tirer le meilleur parti plutôt que de suivre des politiques versatiles qui changent de cap au gré des vents sans avoir rien d’autre à proposer que détruire, prélever et taxer. Le gigantesque gaspillage que constitue la mise au rancart de Fessenheim est un outrage aux ingénieurs qui ont mis au point ce formidable outil et aux contribuables qui l’ont financé.

    • claude henry de chasne
      1 novembre 2018 at 4 h 58 min

      ils ne semblent pourtant pas etre gênés de nous en acheter de l »énergie nuke quand il n’ a pas de vent ou que le ciel est nuageux

    • @ Virgin
      Oui, il est probable que la Suisse et l’Allemagne aient invité la France à arrêter cette centrale. (Pourquoi la France a-t-elle placé ses premières centrales nucléaires à la périphérie de la France si ce n’était pas pour partager les dommages et les frais, en cas d’accident? Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu …! Mon pays est dans le même cas et Cattenom se trouve dans le même genre de position inutilement provocante, pour les mêmes raisons!

  • Le Conseil Constitutionnel a affirmé que l’arrêt de toute centrale forcé par le pouvoir politique ouvrait droit à indemnisation.
    Si EDF n’a pas fait les travaux de mise à niveau, c’est bien sous contrainte de la LTECV qui imposait sa mise à l’arrêt dès le démarrage de Flamanville (EPR).
    La décision d’EDF n’est donc qu’une conséquence de celle de l’Etat, et EDF devra être indemnisé. Et suivant les modalités discutés entre son PDG et le précédent gouvernement : 400 M€ dès l’arrêt plus le « manque à gagner » pendant 20 ans, ce uiq représente des milliards d’€.
    Le CCE d’EDF et les actionnaires privés ne se priveront pas de saisir la justice si le gouvernement prépare une arnaque.

  • Un point important a été omis, il s’agit de la limitation de la puissance électronucléaire à 61,3 GW. Il est absolument nécessaire de supprimer ce décret idiot pour pouvoir conserver Fessenheim en service après le démarrage de Flamanville.
    Il est aussi compréhensible qu’EdF n’engage pas de travaux sur une centrale sacrifiée sur l’hôtel de la bobo écologie.

  • Les commentaires sont fermés.

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