Remaniement ministériel : et pourquoi pas Aurore Bergé ?

Aurore Bergé by Jean-Luc Hauser Wikipedia CC BY-SA 4.0 — Jean-Luc Hauser, CC-BY

Aurore Bergé pourrait-elle être la nouvelle Ségolène Royal de ce gouvernement ?

Par Nathalie MP.

Le printemps d’Emmanuel Macron s’est fracassé sur un été meurtrier et winter is coming à vive allure. Hagard et déboussolé par de multiples cafouillages et des défections en série, le Président affirme qu’il garde le « cap » et que rien ne le distraira de sa détermination à réformer le pays. Mais rien n’y fait, les Français se dérobent. À croire même que chaque nouvelle tentative d’Emmanuel Macron pour remonter la pente l’enfonce un peu plus.

Déjà l’automne et les difficultés persistent. La colère gronde chez les retraités, les étudiants, les travailleurs. Résumons : chez tout le monde, ou pas loin, et jusque dans les rangs des ministres encore en poste. Il se murmure qu’ils cogitent maintenant sur la meilleure façon de se refaire une virginité épurée de tout macronisme ostensible en vue des municipales de 2020.

Quant aux députés LREM, ces citoyens de tous horizons tombés sous le charme télévangélique du printemps macronien et impatients de faire de la politique « autrement », certains quittent bruyamment le navire et font savoir par voie de presse tout le mal qu’ils pensent du parti présidentiel tandis que d’autres exposent publiquement et hargneusement leurs différends idéologiques sur Twitter.

Pour couronner le tout, les syndicats d’extrême-gauche ont trouvé une excellente occasion de se refaire une santé dans les remous de l’affaire Benalla. Les grèves du printemps contre la réforme de la SNCF n’ont rien donné, mais la sacro-sainte « convergence des luttes » est à nouveau d’actualité, alimentée par les couacs de Parcoursup, la grogne des retraités et les sombres perspectives de la réforme de la fonction publique et de l’indemnisation du chômage.

Alors qu’une journée d’action syndicale presque parfaitement unitaire est prévue pour mardi 9 octobre prochain, on s’attend également à tout moment à un remaniement ministériel rendu inéluctable par l’invraisemblable psychodrame du vrai-faux-vrai départ de Gérard Collomb du ministère de l’Intérieur. Inéluctable, mais moche : un mini remaniement a déjà eu lieu il y a un mois, après la démission aussi spectaculaire qu’inattendue de Nicolas Hulot de son poste de ministre de l’Écologie, et il faut déjà s’y remettre.

L’erreur n’est plus permise. Il est donc question de repenser l’intégralité du casting. Au-delà du remplacement de Collomb, certains ministres “fatigués” ou trop “fragiles” pour suivre le rythme macronien pourraient quitter le gouvernement. De ce fait, tous les subtils dosages entre gauche et droite, hommes et femmes, monde politique vs société civile, personnalité médiatique vs profil d’expert sont à revoir.

C’est là que j’aimerais faire une suggestion à MM. Macron et Philippe : et pourquoi pas Aurore Bergé ? À regarder son CV de près, elle a tout ce qu’on attend d’un ministre du nouveau monde.

Il faut lui reconnaître un premier talent très appréciable en ces périodes de parité méticuleuse. En plus d’être jeune (32 ans), Aurore Bergé est une femme. À lire la presse, on nous parle beaucoup de Darmanin, Castaner, Le Drian, François Mollins ou Frédéric Péchenard pour remplacer Collomb ; on nous parle de Bruno Julliard à la culture ou dans un secrétariat d’État à la jeunesse ; on nous parle de Marc Fesneau à l’agriculture, histoire de se rabibocher avec le Modem. Tous ces noms manquent cruellement et inexplicablement de féminité.

Ensuite, alors que Macron a perdu un fidèle de la première heure en la personne de Gérard Collomb, il pourrait compter sur une adoratrice d’autant plus dévouée qu’elle n’est pas arrivée au macronisme sur un coup de tête ou une inspiration soudaine. Non, son ralliement au futur Président a été longuement mûri et réfléchi.

Venue de l’UMP, engagée d’abord auprès de NKM pour la primaire de droite, elle se retrouve dans l’organigramme d’Alain Juppé puis rejoint finalement DroiteLib, le mouvement fondé par Virginie Calmels en soutien au vainqueur de la primaire, François Fillon. Les ennuis de ce dernier à propos des emplois de sa femme agissent sur elle comme une révélation : Macron est tout ce qu’elle a toujours cherché en politique sans jamais le trouver auparavant.

Aurore Bergé est d’ailleurs l’expression vivante du dépassement des clivages. Déjà en 2013, alors qu’elle faisait campagne pour décrocher la mairie de Magny-les-Hameaux dans les Yvelines, l’Obs voyait en elle « la candidate UMP qui a tout pour plaire à la gauche ». Une caractéristique qui la suivra jusque dans sa vie privée : en tant que femme de droite, n’a-t-elle pas épousé un homme de gauche, le socialiste Nicolas Bays ? Une situation dont elle a immédiatement perçu le potentiel médiatique et qu’elle n’a jamais hésité à mettre en avant pour faire la preuve de sa large disponibilité politique.

Devenue députée des Yvelines et porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée nationale en juin 2017 dans la foulée de l’élection de son idole, elle a rapidement mis toute son énergie au service des droits du Parlement. C’est ainsi que fidèle à son engagement de dépasser tous les clivages, elle milite activement pour avoir… des chats à l’Assemblée !

En tant que membre de la Commission des Affaires culturelles et de l’Éducation de l’Assemblée, elle sait faire preuve du pluralisme culturel le plus élargi. C’est ainsi que l’émotion suscitée par le décès de Johnny Halliday lui imposa irrésistiblement la comparaison avec les obsèques de Victor Hugo.

Elle est également l’auteur – que dis-je, l’auteure avec e – d’un livre de recettes rapport sur l’école dans lequel elle préconise de rehausser notre Éducation nationale au niveau des pays les plus performants au travers de « prétextes inclusifs » et de « rituels positifs » comme la « semaine du goût » qui permettrait à « chaque parent d’apporter une spécialité culinaire de son pays »

Mais surtout, et c’est sa grande force tant cela tranche sur l’aplomb prétentieux de ses collègues masculins, Aurore Bergé ne se comporte en aucun cas en madame « Je sais tout ».  Personne ne pourra l’accuser de vouloir en mettre plein la vue aux électeurs ou aux téléspectateurs.

Prenons son tout récent rapport sur l’audiovisuel public à l’ère du numérique dans lequel elle recommande d’étendre la redevance TV à tous les Français, qu’ils possèdent ou non un téléviseur. Jeudi dernier sur RTL (vidéo ci-dessous, 11′ 34″), elle n’a pas cherché à masquer qu’elle ignorait totalement combien de foyers la payaient aujourd’hui (à 04′ 45″) :

Ce qu’elle sait, en revanche, c’est que la mesure rapportera 100 millions d’euros supplémentaires et qu’il est parfaitement normal que tout le monde paye. Non seulement parce que les programmes de Radio France et France Télé sont disponibles aussi sur tablettes et smartphones, mais également parce que :

« La télévision publique, la radio publique, c’est un service public, et donc il y a une logique et une cohérence à ce que tout le monde contribue au service public. »(à 03′ 50″)

À terme, l’ambition serait que la publicité disparaisse complètement de l’audiovisuel public :

« La logique, c’est que l’audiovisuel public n’ait pas à dépendre de la publicité et donc aussi de la contrainte d’audience que cela suppose. »

Nous y voilà ! La contrainte d’audience, quel ennui ! Plutôt augmenter les impôts de tous les Français, c’est-à-dire s’assurer un financement universel obligatoire sous les dehors aimables du « service public », de l’intérêt général, de l’exception culturelle française, du soutien à la création, de la solidarité avec les intermittents du spectacle et que sais-je encore, et continuer à « informer » et « distraire » avec la bénédiction de l’État sans se préoccuper des préférences des premiers intéressés et payeurs, à savoir les contribuables.

Je crois qu’à ce stade éminemment socialiste de compréhension économique et de respect des libertés individuelles en matière d’information et de divertissement, Aurore Bergé a montré qu’elle passait haut la main le test d’entrée dans un gouvernement Macron-Philippe. Bruno Le Maire n’a qu’à bien se tenir, la concurrence s’annonce rudissime !

Alors que François Hollande se gausse ouvertement des difficultés de son ancien collaborateur et ministre, j’invite donc le président de la République à faire la preuve qu’il est tout aussi capable que son prédécesseur d’intégrer dans son gouvernement des personnalités féminines du calibre, réputé à tort indépassable, de Ségolène Royal.

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