Gare TGV Sud de France : un désert à 135 millions d’euros

TGV by 8Uhr (CC BY 2.0) — 8Uhr,

La nouvelle gare TGV à Montpellier est un fiasco. Mais ce n’est pas grave, c’est le contribuable qui paie…

Par Jonathan Frickert.

Ouverte le 7 juillet mais jamais inaugurée, la gare TGV Sud de France est un nouveau fiasco. Qui attend les discussions prévues dimanche prochain lors de la réunion de crise entre le maire de Montpellier, la SNCF et l’État. L’occasion de chercher une solution pour sortir la toute nouvelle gare TGV de Montpellier d’une impasse qui dure pourtant depuis une vingtaine d’années.

Un aberrant caprice

Construite en pleine campagne, la station TGV Sud de France est implantée à 6 kilomètres du centre de Montpellier. Une distance qui semble courte lorsqu’on sait que la gare TGV de Belfort-Montbéliard est deux fois plus éloignée de la principale ville desservie.

Cependant, la gare cumule les erreurs de conception. Construite en zone inondable, la gare ne comporte que 3 quais et 6 voies pour un trafic ne dépassant pas les 4 trains quotidiens sans correspondance pour Saint-Roch, la gare centrale de Montpellier. Un désert ferroviaire qui suit naturellement le désert intérieur : aucun kiosque, aucune brasserie, aucun commerce. La station semble mort-née.

Le parking ne comporte qu’une seule entrée et ne permet la circulation qu’à sens unique. Il n’existe aucun accès piéton. Le cumul des deux provoque quotidiennement d’importantes difficultés de circulation. Ajoutons à cela l’absence d’une quelconque information des voyageurs, et nous avons tous les éléments d’une déconfiture financière à 135 M€.

Une somme qui devrait passer à 182 millions en cas de prolongement des lignes de tramway. Un coût supporté aux deux tiers par l’État et par RFF, qui gère le réseau ferroviaire. Un quart du budget relève de la Région. Le dixième restant est supporté par les agglomérations montpelliéraines et nîmoises.

Néanmoins, ce drame aurait pu être évité il y a déjà 20 ans.

Un fiasco évitable

La clef de l’attrait économique d’un territoire réside dans deux choses : la qualité des infrastructures et la pression fiscale. Ainsi il est naturel que tout édile se retrouve à souhaiter sa part du gâteau. Or, les choses se compliquent lorsque l’idée n’a, manifestement, aucun intérêt, comme dans le cas d’espèce.

Cela n’a toutefois pas arrêté l’initiateur du projet, feu Georges Frêche, qui, dès 1998, a souhaité disposer d’un arrêt TGV proche de l’aéroport Montpellier-Méditerranée, situé en bord de mer. Une lubie, puisque la gare Saint-Roch accueillait déjà des trains à grande vitesse et que l’aéroport dispose depuis 2003 d’une liaison avec le centre-ville qui ne prend pas plus de 15 minutes.

Seulement, la communauté d’agglomérations montpelliéraines relance le projet avec pour objectif de créer une liaison vers Perpignan contournant les autres stations à proximité et de désencombrer Saint-Roch du fret. Une idée que refuse dès lors la SNCF, laissant à RFF le soin de manifester son intérêt.

En 2008, la Cour des comptes dénonce dans le même rapport la gare TGV de Nancy, basée à 30 kilomètres du centre-ville, et la future gare TGV montpelliéraine.

Cinq ans plus tard, le même organisme recommande d’éviter toute implantation en rase campagne.

Le plan immobilier du quartier Odysseum, initié en 1998 et toujours en construction au moment où nous écrivons ces lignes, tiendra à bout de bras le projet.

Sentant venir le raté, la toute récente région Occitanie se désengage en 2016, mais il est déjà trop tard. La gare est terminée début juillet 2018, avec les contrariétés que nous venons d’évoquer.

Ce n’est pas cher, c’est le contribuable qui paie

Si la subsidiarité est souvent citée en matière de compétences administratives, force est de constater qu’elle s’applique également en matière de transports.

Installer une nouvelle gare TGV à un coût aussi exorbitant pour un volume de passagers aussi infime revient à demander au président de la République de régler un problème de voisinage.

Rénover le réseau ferroviaire existant et améliorer la desserte urbaine entre le quartier Odysseum et Saint-Roch auraient sans doute été plus pertinent et moins cher, car compte tenu de la structure de financement du projet, cette mascarade aura coûté la somme de 1,60 € à chaque lecteur du présent article, le prix d’un café ou d’un ticket de transports en commun pour chaque Français ; une somme qui passe à 4,50 € pour nos amis d’Occitanie.

On ne remerciera jamais assez le contribuable …