Cameroun : les aides américaines encouragent à la torture

Même après avoir pris connaissance des crimes documentés dans un rapport d’Amnesty, les États-Unis ont continué à former et à financer l’armée camerounaise, permettant ainsi la torture et l’exécution de personnes innocentes.

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Cameroun : les aides américaines encouragent à la torture

Publié le 30 août 2018
- A +

Par Trevor Thrall.
Un article de Libre Afrique

Une récente vidéo, montrant l’armée camerounaise exécutant deux femmes et deux enfants par balle à la tête, a choqué de nombreux Américains, dont la plupart ignorent certainement que depuis 2002, les États-Unis ont entraîné près de 6 400 soldats camerounais, ont vendu 6 M$ d’armes américaines au Cameroun, et ont offert à son armée une aide à la sécurité d’un montant de 234 M$.

La torture sous les yeux des Américains

Pis, ce type d’incidents n’est pas nouveau au Cameroun. En 2017, Amnesty International a révélé que l’armée camerounaise avait torturé des prisonniers dans plus de 20 sites et enregistré 101 cas de détention au secret et de torture entre 2013 et 2017. Le rapport note également que nombre de ces actes ont eu lieu dans la même base militaire utilisée par le personnel américain pour des missions de surveillance et d’entraînement de drones. Pendant la fortification américaine de ce site – connu sous le nom de Salak -, Amnesty International a constaté que des suspects avaient été soumis à des tortures avec l’eau, battus avec des câbles électriques et suspendus avec des cordes, entre autres horreurs.

La politique antiterroriste américaine ne devrait jamais permettre de justifier de tels moyens. Bien que ce ne soit pas intentionnel, c’est exactement ce qu’elle a fait. Même après avoir pris connaissance des crimes documentés dans le rapport d’Amnesty, les États-Unis ont continué à former et à financer l’armée camerounaise, permettant ainsi la torture et l’exécution de personnes innocentes.

Quel engagement américain dans la région ?

La raison d’être de l’aide et de l’assistance américaines au Cameroun depuis 2001 n’a jamais été remise en question. Le groupe nigérian Boko Haram – un groupe affilié à l’État islamique – est en effet un groupe violent. Il est responsable non seulement du fameux enlèvement de plus de 276 collégiennes en 2014, mais aussi de dizaines de milliers de morts au Nigeria (et beaucoup au Cameroun, alors que les Nigérians ont fui la frontière).

La deuxième plus grande économie d’Afrique centrale après le Nigéria est un exemple en matière de routes bitumées et de ports maritimes, qui jouent tous deux un rôle important dans le développement. Bien que Boko Haram ne menace pas directement la sécurité nationale américaine (elle n’a jamais attaqué les États-Unis), elle reste certainement une force déstabilisatrice en Afrique aujourd’hui. Ainsi, faire des efforts pour aider les partenaires locaux à confronter et à gérer Boko Haram est une politique raisonnable.

Malheureusement, les États comme le Nigéria et le Cameroun, qui souffrent d’insurrection violente et de terrorisme, sont également des partenaires extrêmement peu fiables. Le Cameroun se classe parmi les 25 États les plus fragiles du monde, en proie à la corruption et à l’instabilité politique. Le gouvernement a fait ses preuves en matière de violation des droits de l’homme et a largement recours à l’armée et à la police pour opprimer les opposants politiques. Mettre de l’argent et des armes entre les mains de ces gouvernements est une recette sûre pour aller au désastre.

Ainsi, même si les efforts américains pour « conseiller et assister » visaient à permettre aux forces camerounaises de mieux lutter contre les groupes terroristes, n’oublions pas qu’en contrepartie les États-Unis ont renforcé une armée qui utilise désormais ses nouvelles capacités contre la population civile, engendrant d’autres violations et atteintes aux droits de l’homme et augmentant la défaillance de l’État camerounais.

L’enfer pavé de bonnes intentions

Il ne s’agit pas non plus d’un problème spécifique au Cameroun. L’intervention et l’aide américaines en Somalie, en Éthiopie et au Nigéria, pour ne nommer que ceux-ci, risquent d’avoir des résultats inattendus similaires, voire pires. Les recherches universitaires ont montré qu’au cours des quatre dernières décennies, la formation militaire étrangère a augmenté la probabilité d’un coup d’État militaire car elle renforce le pouvoir des organisations militaires au détriment des civils.

Malgré toutes les aides et tous les fonds américains, il semble que les efforts antiterroristes des États-Unis risquent d’échouer en Afrique. Un récent rapport du Carnegie Endowment for International Peace a conclu que la présence militaire américaine en Afrique avait non seulement provoqué des réactions négatives contre les gouvernements locaux, mais avait également suscité un ressentiment croissant à l’égard des États-Unis. La déclaration de la force du commandement américain en Afrique reconnaît elle-même que les « forces de sécurité abusives » peuvent faire des populations locales des « cibles de choix » pour la manipulation.

Compte tenu de la faible menace que représente le terrorisme africain pour les États-Unis, il est insensé de prendre des mesures susceptibles d’accroître la menace à l’avenir. Bien qu’il n’y ait pas de réponses faciles à la question de la lutte contre le terrorisme, en particulier dans des pays comme le Cameroun, Washington doit prendre des mesures pour empêcher la torture et l’oppression des Camerounais au nom de la sécurité nationale américaine.

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Voir les commentaires (7)

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  • RCA, Cameroun, Tchad, Libye, Egypte, RDC, Soudan, même combat.

    L’article pourrait s’appliquer à l’UE et de manière générale à tous les pays occidentaux.

  • Ca ressemble surtout à une fuite devant les responsabilités : un peu trop facile d’accuser celui qui a fourni l’eau ou le fil électrique dans la torture, le responsable est celui qui torture, point barre.

    • @ MichelO
      Oui, et comme chacun sait, l’armée ne fait pas dans la dentelle: les Droits de l’Homme ne pèsent pas lourd dans la balance contre le terrorisme.
      Les lois en vigueur sont déjà suffisantes pour interdire les pratiques d’un camp mais pas de celui d’en face!
      Quelle force armée a vocation à perdre son combat?

    • « Ca ressemble surtout à une fuite devant les responsabilités : un peu trop facile d’accuser celui qui a fourni l’eau ou le fil électrique dans la torture, le responsable est celui qui torture, point barre ».

      Vous avez un regard hélas bien éloigné des dynamiques régionales. On ne parle pas uniquement d’eau et de fil électrique mais également de programme sécuritaire et de défense. L’Appareil cybersécuritaire egyptien est largement fourni par des startups françaises avec le bon vouloir de l’Élysée.

      Les pays que je cite bénéficie de programme dans le cadre de la coopération sécuritaire et de défense, fourniture de matériel, etc etc…

      Quel naïveté dont vous faîtes preuve.

    • La fuite en avant c’est continuer à négocier des contrat d’armement, de former des militaires, de faire don de matériel de guerre.

      Le tout pour un président qui va se représenter pour la 7ème fois et qui a plus de 80 ans.

    • Celui qui torture le fait avec des équipements qui lui sont fournis, du matériel etc.

      A votre avis par qui?

    • Avez vous entendu un seul dirigeant européen remettre en cause son soutien ou partenariat avec ces régimes personnes.

      On continue comme si de rien était.

      C’est assez comiques quand même de parler de migrations après…

  • Les commentaires sont fermés.

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