Somalie : entre le marteau de l’ingérence étrangère et l’enclume de la défaillance gouvernementale

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Somalie : entre le marteau de l’ingérence étrangère et l’enclume de la défaillance gouvernementale

Publié le 15 mars 2014
- A +

Par Mohamed Elmi.
Un article de Libre Afrique.

 

Les États-Unis et de nombreux Somaliens dans le monde ont condamné l’attaque lâche sur la résidence présidentielle (Villa Somalia) par Al-Shabab, le 21 février dernier, qui représente le point culminant d’une série d’attaques meurtrières lors des deux dernières semaines.

Le Président Hassan a perdu toute crédibilité. Le fait qu’il incarne la continuité du passé est désormais une conviction chez de nombreux acteurs locaux et internationaux. Ainsi, le 30 octobre dernier, le gouverneur de la Banque centrale de Somalie, Mme Yussur Abrar a démissionné en signe de protestation suite à une affaire de scandale financier mettant en cause le président lui-même et son chef de cabinet, Kamal Dahir Gutale.

Mauvaise gouvernance

Une mauvaise administration est entretenue par l’aide internationale. Les intérêts divergents des différents acteurs ont toujours été un obstacle aux efforts sincères de reconstruire la nation. Mais ce seul fait ne dispense pas le gouvernement Hassan des accusations publiques qui lui sont adressées.

De l’argent de l’aide ou des subventions destinées à financer les déficits budgétaires sont portés disparus ou détournés souvent sur des comptes personnels dans des banques étrangères. Les donateurs occidentaux ont été secoués par la démission de deux gouverneurs de la Banque centrale. Selon l’agence Reuters, « des experts de l’ONU, l’année dernière, ont déclaré détenir des preuves de corruption sur la façon dont la Banque centrale a été gérée, incitant ainsi son gouverneur à démissionner, bien que ce dernier ait nié les accusations » (Reuters , 2014 , le 31 janvier) .

Les efforts pour rétablir la sécurité nationale ont été gravement compromis par des accusations de détournements. Une première évaluation par le Groupe de contrôle des Nations unies pour la Somalie et l’Érythrée a constaté qu’un important stock de grenades pour des armes portatives, de grenades pour lance-roquettes et d’autres armes sont détournées vers les marchés noirs locaux à travers un grand réseau clanique. Le gouvernement Hassan a également omis de se conformer « aux dispositions du paragraphe 9 de la résolution 2111 » (Chopra, 2014).

Le gouvernement Hassan n’a pas mis en place les mesures de protection administratives et de sécurité nécessaires à la gestion, l’approvisionnement, l’enregistrement et le stockage des armes et des munitions nationales, qui finissent souvent entre de mauvaises mains.

Hassan et ses cohortes ont échoué à assurer leurs lourdes responsabilités, soit en agissant seul ou de concert avec d’autres, ils poursuivent un agenda politique étroit. Le président Hassan est un membre d’un groupe à tendance islamiste (connu sous le nom New Blood) avec lequel il attire beaucoup de soutien dans la gestion quotidienne de son gouvernement. Sa tendance à concentrer le pouvoir exécutif entre les mains de quelques loyalistes témoigne d’une gestion unilatérale des affaires.

Un autre problème est la politique internationale fondée sur une approche « par le haut » (top-down) qui préfère concentrer tout son soutien à des projets de renforcement des institutions dans et autour de Mogadiscio, en négligeant les régions périphériques comme le Puntland, le Somaliland et Jubaland. Cette approche ignore complètement l’effet cumulatif de deux décennies de fragmentation sociale et politique en Somalie.

Le célèbre romancier Nuruddin Farah (2013) a déploré l’indifférence de l’Occident face à l’incompétence du président Hassan, une carence qui coûte très cher comme cela a été consigné dans le dernier rapport des Nations unies, qui a constaté de nombreux cas de malversations et de corruption.

Le phénomène-Turquie

La Turquie a essuyé plusieurs critiques en Somalie. À Mogadiscio, la Turquie maintient le statu quo de l’illégalité et de l’irresponsabilité à travers sa politique actuelle de fonds conditionnels, qu’elle appelle « aide en cash ». Tout système d’autorisations et d’archivage est absent. Les mécanismes et les procédures qui doivent contrôler la documentation et l’utilisation des finances publiques sont absents puisque l’ancien gouverneur de la Banque centrale lui-même avait l’habitude de récupérer l’argent liquide dans des malles de l’ambassade de Turquie. En Somalie, pour sortir d’une pauvreté abjecte un individu lambda, nous devons éliminer la corruption et demander des comptes à ceux qui occupent des postes d’autorité. Mais comment y parvenir alors que la Turquie encourage des pratiques dans les transactions commerciales largement utilisées et acceptées par les cartels de la drogue ?

Cette politique néocoloniale (comprenez les monopoles commerciaux d’Asie) exploite la vulnérabilité des jeunes états africains. En termes simples, elle fonctionne comme suit : entrer sur le marché africain, éviter par tous les moyens l’ingérence dans les affaires des états amis qui commettent des violations systématiques des droits de l’homme, conclure chaque accord bilatéral par l’octroi de l’aide en espèces, corrompre les autorités locales pour obtenir des accords commerciaux favorables et, en retour, aider à construire des infrastructures locales telles que les écoles et les routes principales, non pas sur la base de critères équitables, mais à la discrétion des patrons locaux, et enfin éluder les contrôles étatique et international éventuels des pratiques douteuses par une habile campagne de relations publiques.

Comme les Chinois en Afrique, les ressortissants turcs sont venus en masse à Mogadiscio  pour faire fortune en Somalie, acquérir des terres pour une fraction de leur valeur et épouser de belles femmes de la région. En tant que citoyens concernés, nous demandons instamment que les responsables somaliens soient tenus pour responsables des accusations de méfaits et malversations rapportées par l’ONU (restrictions de voyage et gel de leurs comptes bancaires sont des mesures nécessaires). De même, la communauté internationale doit exposer, examiner et censurer la pratique de puissants états émergents d’Asie agissant en toute irresponsabilité en Afrique.


Article initialement publié en anglais par The African Executive – Traduction : Libre Afrique.

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  • « Le Président Hassan »…
    Un bien grand mot pour un chef de guerre, revenu à l’époque bénie des luttes tribales, des razzias et de la taxation à outrance sous la menace des armes.
    Tant que les africains supporteront cela, la situation restera ingérable.

  • en somalie, la situation s’y améliore quotidiennement depuis l’abolition de l’État. Les gens sont maintenant plus scolarisés, mieux nourris, plus en santé, etc… Tout ceci est parfaitement documenté. http://fee.org/the_freeman/detail/somalia-failed-state-economic-success/

  • https://www.youtube.com/watch?v=qtGkTRnocZI
    En somalie, l’absence d’État a permis la hausse de l’espérance de vie de quatre ans, la baisse du taux de mortalité de 3 %, la hausse du PIB par habitant de 210 $ à 600 $, la baisse de la mortalité infantile par an de 116 à 109 ‰, la hausse du taux d’alphabétisation de 24 à 38 %, et de nombreuses améliorations dans le marché des télécommunications : l’apparition de neuf réseaux qui desservent la totalité du pays, la possibilité d’appeler comme d’envoyer des messages ou même d’accéder à Internet, etc

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