Nigeria : l’élection d’un ancien dictateur est-elle une bonne nouvelle ?

Muhammad Buhari, ancien dictateur de 72 ans, récidiviste candidat à la présidentielle, prendra ses fonctions le 29 mai. Qu’en attendre ?

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Nigeria : l’élection d’un ancien dictateur est-elle une bonne nouvelle ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 29 avril 2015
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Par Doug Bandow.

Village food seller in Nigeria credits ILRI  (CC BY-NC-SA 2.0)
Village food seller in Nigeria credits ILRI (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Les Nigérians ont élu un nouveau président. Pour la première fois depuis la restauration de la démocratie en 1999 un candidat de l’opposition défait un président sortant. Malgré son nom, le sort politique du président Goodluck Jonathan a mal tourné. Muhammad Buhari, ancien dictateur de 72 ans, récidiviste candidat à la présidentielle, prendra ses fonctions le 29 mai.

Pays le plus peuplé d’Afrique et ayant la plus grande économie du continent, le Nigeria est confronté à une kyrielle de problèmes : insurrection islamiste virulente, armée inefficace et brutale, corruption généralisée, perte de débouchés économiques, et pauvreté créée par le gouvernement. Malgré les bonnes intentions et les promesses fréquentes, apparemment sincères, l’ex-président Jonathan n’a pas réussi à résoudre ces problèmes et bien d’autres. Après l’échec à trois courses présidentielles en une douzaine d’années, Buhari a gagné avec un écart de deux millions de voix. Ses partisans ont célébré dans l’espoir de beaux jours à venir.

La réussite ne sera pas facile. Le Nigeria affronte la plupart des grands défis de l’Afrique. L’instabilité et les conflits étaient presque inévitables après l’indépendance de l’ancienne colonie britannique avec des frontières arbitraires qui encerclaient des tribus et des groupes ethniques antagonistes. Le Nigeria fait face à ce qu’on a appelé la malédiction des ressources, notamment la manne pétrolière qui a alimenté un système de prédation politique et de corruption généralisée. Le pays a connu une guerre civile amère et a souffert sous plusieurs dictatures militaires, dont une dirigée par Buhari.

Naturellement, les Nigérians attendent désespérément le changement. Beaucoup voient ce qu’ils veulent dans Buhari : il va relancer l’économie, créer des emplois, mettre fin à la corruption, et éliminer Boko Haram. Buhari a répondu dans le même sens : « Votre vote affirme que vous croyez que l’avenir du Nigeria peut être amélioré». Et d’ajouter : « Vous avez voté pour le changement, et maintenant le changement est arrivé ». Oui, mais dans quel sens ?

Buhari s’est fait quelques amis lorsqu’il était au pouvoir, il a gouverné 20 mois avant d’être détrôné par un autre Général. Le journal The Economist avait noté : « Il a emprisonné des milliers d’opposants, fait taire la presse, interdit les réunions politiques et a exécuté des personnes pour des crimes qui n’étaient pas des crimes capitaux quand ils ont été commis». Ses soldats fouettaient même les gens quand ces derniers arrivaient en retard au travail.

Buhari reconnaît désormais la démocratie comme étant la meilleure option. Et en tant que président, elle peut lui procurer des avantages importants. Étant lui-même musulman, il pense être le mieux placé pour combattre Boko Haram, même s’il a opté pour une gouvernance laïque et a choisi un chrétien comme colistier. Buhari a cultivé une image austère et une réputation de probité pour lutter contre la corruption. L’ancien Général peut également être en mesure à la fois de réformer et dynamiser l’armée.

Cependant, la dynamisation de l’économie peut s’avérer plus difficile. Il y a une longue transition jusqu’au retour de Buhari au pouvoir le 29 mai, période durant laquelle les élites du PDP (Parti Démocratique Populaire) pourraient tenter de tirer un dernier avantage de leur influence. Pire, Yvonne Mhango de Renaissance Capital expliquait que : « Le décrochage de l’activité économique en raison de la première moitié du mandat du président tend à se prolonger, car elle implique nécessairement la constitution de nouveaux cabinets et éventuellement la restructuration des ministères et des départements ». En fait, Buhari n’a pas été en fonction pendant plus de trois décennies et son parti n’a jamais détenu le pouvoir, ce qui rendra plus difficile de mettre sur pied une administration compétente.

Pourtant le candidat Buhari a beaucoup promis. Inquiet, Zoran Milojevic d’Auerbach Grayson, considère que Buhari « parlait de manière utopique de nouveaux emplois pour tout le monde ». Bien qu’il existe certains défenseurs du marché libre dans sa coalition, la majorité de son entourage ne l’est pas et Buhari lui-même est considéré comme un « étatiste impénitent », selon le Financial Times. Cela n’est pas un bon présage pour l’avenir économique. À titre d’exemple, notait The Economist : « Il a expulsé 700 000 immigrés avec l’illusion que cela créerait des emplois pour les Nigérians. Ses politiques économiques, qui comprenaient le contrôle des prix et d’inutiles interdictions sur les importations, ont été inefficaces ». Le Nigeria ne peut se permettre la répétition de telles erreurs.

Le succès du Nigéria suggère que le pays a développé une société civile plus consistante et un engagement plus fort pour l’État de droit que l’on pourrait le penser. De plus, cette expérience donnera de l’espoir à d’autres pays africains. Au cours des deux dernières décennies la démocratie a pris une plus grande place sur le continent, mais récemment elle reste au point mort. Deux douzaines de pays africains sont censés tenir des élections au cours des 18 prochains mois. Les observateurs craignent que plusieurs de ces votes soient peu libres. Mais puisque une société africaine aussi compliquée et fragmentée que le Nigeria a pu surmonter de nombreuses difficultés à tenir une élection pacifique et assurer un transfert démocratique du pouvoir, alors d’autres États africains peuvent aussi y arriver.

Le Nigeria vit une tragédie, pas tant à cause des malheureux événements qui se sont produits, mais pour ses nombreuses occasions ratées et son grand potentiel inexploité. Malheureusement, le gouvernement à Abuja semble ne jamais manquer de rater une occasion. Espérons que cette fois la présidence de Muhammad Buhari sera différente. L’avenir du Nigeria en dépend.

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  • son prédecesseur était profondément incompétent et il n’était pas interessé par la lutte contre Boko Haram. au moins, celui ci semble vraiment vouloir lutter contre boko haram ce qui est une bonne nouvelle. pour le reste, j’en sais rien. mais je pense qu’il ne fera pas pire que son prédecesseur

  • je ne souhaite qu’une chose à cette malheureuse population nigérienne ; qu’elle s’en sorte , qu’elle voit le bout du tunnel

  • La démocratie c’est le diable
    Vive la dictature qui respecte les droits des individus

  • Le Nigeria est un pays qui a plein de contraste, il l’est le pays le plus riche d’Afrique avec l’Afrique du sud, il est en outre le pays le plus peuplé de ce continent, mais ou, les disparités socio-économiques entre le sud chrétien riche et le nord musulman pauvre sont énormes. La société civile nigériane est l’une de meilleure d’Afrique. la plus part de cadres nigérians sont formés dans les meilleures universités Anglo-saxonnes.
    Vous avez pertinemment raison, la corruption est endémique dans ce pays, quand à l’armée, détrompez vous, elle est certes indisciplinée, mais, elle est la mieux équipée de l’Afrique subsaharienne.
    Le problème avec cette armée, ce qu’elle est apte a se battre avec brio avec d’autre nation( affaire Bakasa au Cameroun) par exemple, que d’affrontait la secte Boko haram. Le problème de Boko haman est un peu complexe, c’est à dire, beaucoup de paramètres incompréhensibles pour les occidentaux entrent en jeux ici; par exemple, l’affiliation d’une certaine partie de la population du nord aux thèses de la secte par rancoeur au sud chrétien, la traîtrise d’une partie d’officier militaire et, surtout n’oublions pas la pauvreté qui, elle est les terreaux propices pour la radicalisation d’une jeunesse désoeuvré. Pour ce qui est de l’alternative démocratique et de la réussite économique du Nigeria, eux, ils ont eu la chance d’être coloniser par la Grande Bretagne, qui, elle ne s’immicse pas dans les affaires intérieurs de ces ex colonies. Pour étayer mon argumentaire, je vous ferrai remarquer que presque tous les pays anglophones africains, ont des situations économiques et politiques bien meilleures que leurs voisins francophones. cherchons l’erreur. Pour terminer le Nigeria a le troisième cinéma du monde.

  • « Vous avez voté pour le changement, et maintenant le changement est arrivé ».
    Ca me rappelle quelqu’un mais qui ?

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