Rentrée scolaire : c’est horrible, les prix baissent !

Ecole-Musée national de l'Education(CC BY-NC-ND 2.0)

Et voilà que le mois d’août s’achève mollement avec, entre deux attaques de couteaux déséquilibrés sans amalgames, la rentrée scolaire qui pointe à l’horizon. Avec elle et comme à chaque année ressortent les marronniers journalistiques.

Entre le poids des cartables et les nouvelles tendances des fournitures à la mode (cette année, agenda Reine des Neiges, stylos aux effigies Marvel ou taille-crayon Croc-croc ?), difficile de passer entre les palpitants sujets d’une presse qui sort difficilement de la léthargie estivale pour se glisser douillettement dans la monotonie automnale. Et tout comme les précédents sujets, celui de l’allocation de rentrée scolaire nourrit lui aussi quelques vibrants papiers tentant de montrer comment on peut arriver à équiper un écolier moderne avec la si misérable aumône que nous accorde l’État français.

Et grâce à cette profusion d’articles, on découvre qu’il existe moult solutions pour réduire la facture et utiliser à bon escient cet argent tombé du ciel en droite provenance de la poche des autres. Pour ne pas gâcher une belle occasion de faire un peu de prosélytisme écologique gluant, on pourra même en profiter pour caser l’une ou l’autre remarque sur le recyclage des fournitures de l’année dernière (comme si les parents réellement organisés n’y avaient pas déjà pensé) et les « bons plans » ou autres « astuces » afin de faire des achats écolos, bios ou respectueux de la nature (youpi).

Bref, toutes les rédactions sont mobilisées pour que cette rentrée se passe bien et soit la moins coûteuse possible pour les parents d’élèves. Pensez-donc ! Même le gouvernement s’est fendu d’une liste officielle de cahiers et de gommes pour que les établissements de France et de Navarre puissent orienter leurs professeurs et leurs élèves vers les bonnes fournitures ! L’État-maman à la rescousse des parents perdus, voilà qui serait très croquignolet si ce n’était pas devenu une habitude parfaitement standard, depuis les messages dégoulinants de niaiserie agressive sur les autoroutes (en été, il faut « boire régulièrement » et en hiver, il faut « rouler prudemment ») jusqu’aux recommandations alimentaires idiotes (voire néfastes) qu’on découvre à chaque encart publicitaire ou par le truchement d’applications téléphoniques navrantes.

Mais à force, des résultats sont palpables puisque les chiffres sont formels. Alors qu’il y a dix ans, la sueur perlait sur le front de Darcos, alors ministre de l’Éducation nationale, devant les prix des fournitures qui n’arrêtaient pas d’augmenter (au point que j’en faisais un petit billet lisible ici), la situation est à présent complètement différente : les prix baissent ! Pour la première fois depuis 2013 et selon une étude annuelle publiée il y a quelques jours par la Confédération Syndicale des Familles (CSF), le coût de la scolarité recule de 2,91% en 2018.

Ce qui, à en lire certains papiers du quotidien Le Monde, véritable phare de la pensée actuelle en France, n’a pas l’heur de plaire à tout le monde. En effet, cette baisse du coût pour les familles s’explique de deux façons.

D’une part, par une attention plus grande des parents aux dépenses familiales, en focalisant celles-ci sur les fournitures réellement indispensables et en diminuant donc la part superflue (comme, par exemple, l’achat de vêtements de marques au profit d’habillements plus fonctionnels et moins chers). On comprend que cette méthode ne peut pas déclencher le moindre commentaire négatif tant elle recouvre une réalité qu’on sent diffuse mais réelle dans le pays : les gens s’appauvrissent et font donc plus attention.

D’autre part et en revanche, l’autre méthode pour diminuer les coûts des familles consiste à diminuer les prix. Or, à en lire l’article du Monde, aucun doute n’est permis : cette diminution des prix ne peut s’obtenir que grâce à une concurrence exacerbée entre les différents fabricants et distributeurs. Le règne d’un capitalisme féroce, débridé même, semble consacré avec la baisse des prix des fournitures scolaires.

On apprend ainsi que certaines grandes enseignes de distribution n’hésitent pas à demander des promotions énormes (« à moins 70%, comme celle du Nutella« ). Bien évidemment, on retiendra que ce genre de tactiques commerciales est « malsain. Il faut que le consommateur connaisse la valeur des choses. »

Selon la fine analyse du Monde, tout se passe comme si la pression qui ne pouvait plus être exercée sur les rayons alimentaires se reportait sauvagement sur les rayons gommes & stylos : là où les pouvoirs publics ont décidé de restreindre les promotions sur les produits alimentaires à la suite des états généraux de l’alimentation (EGA), pour les autres rayons, il n’en est rien et c’est donc la loi de la jungle, avec les distributeurs qui « cherchent le prix le plus bas pour augmenter le trafic dans les magasins ».

Quelle bande de salauds ! Vouloir des prix toujours plus bas pour les consommateurs, vouloir avoir du trafic dans les magasins, alors que tout le monde sait qu’il y a, derrière ces articles en vente, des hommes et des femmes qui reviennent de la mine ou des enfants qui travaillent dans des caves humides pour obtenir ces résultats (au minimum) !

On lit même de l’inquiétude chez les fournisseurs qui doivent trouver des moyens de produire moins cher, alors que tout le monde sait qu’en réalité, il faudrait que les prix augmentent ! Tout le monde préfère à l’évidence payer sa baguette 8 € plutôt que 0.85, rembourser un prêt à 25 % plutôt qu’à 2.5 % et avoir un salaire avec un, deux ou quatre zéros de plus, comme au Venezuela par exemple.

Décidément, pas de doute : l’acharnement de certains à vouloir ainsi faire baisser les prix ne peut mener qu’à une catastrophe. Peut-être faudra-t-il en passer par une nationalisation complète de la liste de fournitures scolaires, avec des Ateliers Nationaux de Gommes, Cahiers et Crayons Citoyens ? Rien n’est pour le moment décidé, mais à l’évidence, de même qu’il fallait, il y a dix ans, mettre un terme à la hausse des prix qui embarrassait les familles les plus modestes, il faut maintenant en finir avec la baisse des prix qui embarrasse les fournisseurs les plus modestes !
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