Trois idées reçues sur la limitation à 80km/h

Ralentir by 72quadrat(CC BY-NC-ND 2.0) — 72quadrat, CC-BY

Et si l’interprétation des chiffres était sujette à caution ?

Par Rémy Prud’homme.

Ces jours-ci, tous les médias clament haut et fort que la mortalité routière, en France, a baissé en juillet de plus de 5% (par rapport à juillet 2017). Ce chiffre est certainement exact.

Mais il est utilisé pour « prouver » que ce recul est causé par la baisse de la limitation de vitesse sur les routes secondaires instaurée le 1er juillet. Tantôt le lien de causalité est affirmé. Tantôt, il est suggéré, pas toujours avec subtilité, comme le montre ce titre d’un grand journal du matin qui juxtapose l’information avec un panneau de limitation de vitesse à 80 km/h.

Là est le mensonge.

L’objectif est de faire croire que la politique de réforme du gouvernement obtient des résultats, que le gouvernement avait raison de prendre cette mesure impopulaire, et que ceux qui s’y opposaient n’avaient aucun souci des vies humaines. En réalité, la baisse enregistrée en juillet ne signifie absolument rien, pour au moins trois raisons.

1. La baisse de la mortalité est calculée sur l’ensemble des routes

La première est qu’elle concerne l’ensemble des routes et même des rues de France. Pour porter un jugement sur la modification administrative intervenue, les seules données intéressantes concernent évidemment l’accidentalité des voies dont la vitesse maximale a été limitée. Moyenne biaisée. La baisse est peut-être plus élevée, ou plus faible, que l’accidentalité sur l’ensemble des routes du pays.

2. La mortalité dépend de plusieurs autres facteurs

Deuxièmement, l’évolution de la mortalité dépend de bien d’autres facteurs que la limitation de vitesse, tels que l’importance du trafic, sa structure, la météorologie, etc. Pour établir une causalité, il est bien entendu nécessaire de prendre en compte (on dit : contrôler) tous ces facteurs.

3. La mortalité était en baisse avant la limitation à 80km/h

Troisièmement, la mortalité routière a sensiblement diminué pendant les six premiers mois de l’année (par rapport à la même période de 2017), c’est-à-dire avant la mesure vantée. En mai, elle a été de -8,4% ; en juin, de 9,3%. Un esprit malveillant, considérant que 5% est bien inférieur à 9%, pourrait en conclure qu’en juillet, la mesure de limitation n’a pas accéléré la baisse de mortalité, mais l’a au contraire freinée ; sa conclusion serait mal fondée.

Il ne s’agit pas ici de discuter les gains et les coûts de la mesure de limitation. Encore moins de nier son possible ou probable effet positif sur la mortalité routière. Il s’agit de mettre en évidence un mécanisme de propagande. Il est bien naturel que les gouvernements mettent l’accent sur leurs succès plutôt que sur leurs échecs, et fassent dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas.

Par paresse ou par ignorance, les médias servent de caisse de résonance à ces manipulations. On a connu cela lors de la Première Guerre mondiale, lorsque le gouvernement transformait les défaites en victoires et les reculs en « replis stratégiques ». Il s’agissait alors d’empêcher l’invasion de la France. Il s’agit aujourd’hui de gagner deux points dans les sondages d’opinion.