L’humanité est peut-être en passe de gagner la guerre contre le SIDA

IMG_3476 by andrew_stevens_h(CC BY 2.0) — andrew_stevens_h, CC-BY

Il y a moins de quarante ans, le SIDA était une pandémie incurable. Aujourd’hui, on commence à entrevoir vaccin et guérison.

Par Marian L. Tupy.

L’humanité est en passe de gagner la guerre contre le SIDA. Les décès dus à la maladie sont en baisse et il en va de même pour le nombre de nouveaux cas. De plus en plus de malades ont accès à une thérapie antirétrovirale bon marché et efficace, et il est probable que dans un avenir proche un traitement ou un vaccin portera le coup de grâce définitif à cette terrible maladie.

Une brève histoire du SIDA et du virus HIV

Le SIDA (ou syndrome d’immunodéficience acquise) est un ensemble de désordres médicaux en aggravation progressive causé par le virus de l’immunodéficience humaine ou VIH (HIV en anglais). Non traité, il entraîne finalement le décès de la personne infectée. En général, le HIV se transmet lors de rapports sexuels non protégés, lors de transfusions avec du sang contaminé et via l’utilisation de seringues hypodermiques infectées. La transmission peut aussi se faire de la mère à l’enfant pendant la grossesse, l’accouchement et l’allaitement.

Les scientifiques estiment que le HIV est une variante du virus d’immunodéficience simienne ou VIS (SIV en anglais) qui attaque le système de défense immunitaire des singes. Ils pensent que le virus a « sauté » des simiens aux humains dans les années 1920 lorsque des chasseurs congolais se sont retrouvés en contact avec du sang animal.

Les premiers cas documentés d’infections par le HIV se situent notamment au Congo en 1959, en Norvège en 1966 et aux États-Unis en 1969. À ses débuts, la maladie se diffusait surtout au sein de la communauté gay. En 1978, le taux d’infection atteignait 5% des homosexuels hommes à New York et San Francisco.

La maladie commença à intéresser la presse généraliste en 1981 puis fut baptisée SIDA l’année suivante. Au fil du temps, elle en vint à concerner tout le monde puisque les hommes et les femmes hétérosexuels représentent la vaste majorité des 76 millions de personnes touchées par le virus depuis 40 ans. Ils représentent également la vaste majorité des 35 millions qui en sont décédées sur la même période.

Étant donné que le virus HIV se transmet essentiellement via les rapports sexuels, son fort potentiel de destruction fut très rapidement identifié. En conséquence, les chercheurs du monde entier ont consacré la majeure partie des 40 dernières années à travailler sur des vaccins, des traitements et des médicaments anti-SIDA.

Les traitements ont évolué rapidement et radicalement

Les premiers médicaments permettant de ralentir la progression du HIV sont apparus au milieu des années 1990. Aujourd’hui, le SIDA peut être combattu avec un traitement antirétroviral hautement actif (HAART en anglais) qui non seulement freine l’évolution du virus mais diminue le risque de transmission d’une personne à une autre.

La pandémie a atteint son point culminant au milieu des années 2000, époque où 1,9 million de personnes mouraient chaque année du SIDA. En 2017, la mortalité est tombée à moins de 1 million. Vers 1995, on comptait 3,4 millions de nouvelles infections chaque année. En 2017, elles ne furent plus que 1,8 million. En 2017 toujours, 37 millions de personnes souffraient du SIDA. Parmi elles, 59% avaient accès aux soins nécessaires (voir graphique ci-dessous).

Actuellement, l’Afrique subsaharienne représente presque les deux tiers des personnes vivant avec le HIV. La prévalence du virus y culminait à 5,8% en 2000 et se situe à 4% aujourd’hui. Dans cette région, 44% des personnes infectées ont accès à un traitement HAART.

En 2000, un tel traitement coûtait plus de 10 000 $ par patient et par an. Si l’on en croit les observations de l’ONU :

En moins d’un an, le prix a fondu à 350 $ par an suite à l’arrivée de produits génériques. Depuis, le coût du traitement a continué à baisser en raison de la concurrence qui s’est instaurée entre les fabricants de produits génériques de qualité.

En 2016, ce prix est tombé à 64 $ par patient et par an. Une large part du financement provient des programmes d’aides occidentaux tel que le plan d’urgence du président des États-Unis pour la lutte contre le SIDA.

Perspectives d’avenir

Que peut-on attendre du futur ? Jusqu’à présent, le virus s’est montré diaboliquement difficile à éradiquer. Il convient donc de rester prudent vis-à-vis de toute nouvelle avancée médicale. Cela dit, on en sait beaucoup plus sur le HIV aujourd’hui et les scientifiques sont probablement plus proches que jamais de la mise au point d’un vaccin ou d’un traitement permettant une guérison définitive.

Par exemple, à la fin de l’année dernière, des médecins qui utilisaient du Nivolumab, un traitement anti-cancer développé par les laboratoires Medarex et mis sur le marché par Bristol-Myers Squibb, ont remarqué « une diminution radicale et persistante » des globules blancs infectés par le HIV.

Un vaccin contre le HIV est peut-être également en route grâce à une nouvelle molécule élaborée par des scientifiques de Harvard, du MIT et des Instituts américains de la santé. D’autres chercheurs ont montré que cette molécule a déclenché une réponse immunitaire protectrice chez les humains et a empêché deux tiers des singes de devenir infectés.

Les esprits chagrins pourront toujours se plaindre : 40 ans, c’est bien long pour venir à bout du virus HIV. Mais d’un point de vue historique, cette remarque témoigne surtout de l’ignorance de qui la profère. La variole, la polio, les oreillons, la maladie du ver de Guinée et le paludisme ont été la plaie de l’humanité pendant des millénaires. Aujourd’hui, toutes ces maladies sont éradiquées pour certaines et guérissables pour les autres. Quarante ans entre l’irrruption d’une pandémie et son traitement – et, espérons-le, son éradication prochaine – ne sont jamais qu’un clin d’œil à l’échelle de l’histoire des hommes.

Traduction par Nathalie MP pour Contrepoints de Humanity is winning the war on AIDS.