Afrique du Sud : une tradition de violation de la propriété

Les partisans actuels de l’expropriation des terres sans compensation devraient lire l’analyse de Solomon Plaatje, pour reconsidérer fortement ce qu’ils sont en train de faire actuellement.

Par Eustace Davie.
Un article de Libre Afrique

Les tragédies, telles que le racisme légalisé et le manque de respect des droits individuels et de propriété, sont généralement fabriquées par des individus ayant des intentions politiques malveillantes.

L’adoption de la Loi de 1913 sur les terres autochtones (Natives Land Act) est un exemple historique de ce genre de manipulation politique et ces conséquences tragiques se poursuivent aujourd’hui. Malheureusement, les Sud-Africains semblent être sur le point de redevenir victimes du même genre de manipulation politique.

L’histoire de la marginalisation des Noirs

L’idée selon laquelle les Blancs d’Afrique du Sud auraient été favorisés par la loi de 1913 à l’encontre des citoyens noirs est contestable. Solomon Plaatje nous le rappelle, dans son livre Native Life in South Africa. La loi foncière de 1913 a forcé les fermiers blancs ayant conclu des partenariats mutuellement bénéfiques avec des familles noires à mettre fin à ces arrangements.

Il a écrit, en s’adressant au gouvernement de l’époque :

Gardez à l’esprit que de nombreux propriétaires fonciers sont désireux de vivre en paix et de garder votre peuple en tant que métayers, mais ils en sont empêchés par votre gouvernement qui les menace d’une amende de 100 livres ou six mois d’emprisonnement ».

Aucun fermier blanc, même ceux qui étaient opposés à l’adoption de cette loi, ne pouvait soutenir la menace des pénalités sévères contenues dans ladite loi ; qu’il s’agisse des 100 livres qui, en 1913, équivalaient à 25 onces d’or (plus de 400 000 rands d’aujourd’hui), ou les six mois de prison. Cette lourde menace excluait toute tentative de poursuite de partenariat, de vente ou de location de terres à des Noirs totalement privés de leurs droits fonciers.

Il faut dire que certains fermiers blancs ont cherché à profiter de la perte de droits infligée par la loi aux fermiers noirs. Ils ont fait des demandes scandaleuses et cruelles à leurs anciens partenaires et ont contribué à l’expulsion des familles, avec leur bétail, des fermes sur lesquelles ils avaient vécu toute leur vie. Les conséquences pour les familles d’agriculteurs noirs étaient désastreuses. La loi de 1913 a également privé les Sud-Africains noirs de la propriété et du droit de posséder des terres dans leur propre pays. Les répercussions de cet acte politique abominable se font encore sentir 105 ans plus tard.

Le vote de la loi excluant les Noirs de leur terre

Tout le monde devrait lire ou relire le livre de Plaatje pour ne pas oublier. Tout en étant désespérément préoccupé par les conséquences, il a tenté de rester aussi objectif que possible. Il rappelle que des personnalités politiques influentes telles que Patrick Duncan, Percy Fitzpatrick et Theophilus Schreiner « avaient contesté le projet de loi au Parlement » mais ont perdu le vote 57 voix contre 32 (64% à 36%). Plaatje évoque « la lutte sinistre entre le bien et le mal, et le dernier l’a emporté ».

L’auteur souligne que l’adoption de la Loi de 1913 a été conduite par des politiciens racistes ; les citoyens les plus touchés n’ont pas été informés de la nouvelle loi. Ils ne l’ont découverte que lorsque leurs partenariats ont été déclarés illégaux et qu’il leur a été interdit de contracter librement les uns avec les autres.

Les parlementaires ayant soutenu l’adoption de cette loi inique ont voté sur la base de fausses informations. En effet, il leur a été dit qu’au cours des trois dernières années, les Sud-Africains noirs avaient acheté 50 000 hectares de terres par an, ce qui selon Plaatje « a effrayé tous les Blancs du pays ». Il s’est avéré par la suite que ce rapport était mensonger. En effet, l’occupation britannique avait légalisé la propriété foncière des Sud-Africains noirs, et il s’agissait tout simplement des terres qu’ils possédaient déjà et dont ils avaient reçu des titres de propriété. L’histoire alarmiste selon laquelle « les Noirs achetaient toute la terre » était donc un mensonge délibéré pour inciter les parlementaires à voter la loi inique de 1913.

Solomon Plaatje, qui fut le premier secrétaire général de ce qui deviendra plus tard l’ANC, s’est rendu à Londres, accompagné du président de l’organisation, John Dube, et de trois autres membres, pour implorer le gouvernement britannique d’annuler cette loi foncière. Malheureusement, la Première Guerre mondiale a éclaté en 1914 ; les Britanniques ont sollicité le soutien du gouvernement sud-africain, et les espoirs d’aide du gouvernement britannique dans le projet d’abrogation de la loi ont été détruits par la guerre et l’indifférence, et le manque d’empathie pour les indigènes, comme ils étaient nommés à l’époque.

Les fermiers blancs soumis au diktat raciste

Sans cette loi de 1913, l’Afrique du Sud ne serait pas confrontée à la question foncière que nous connaissons aujourd’hui. Sur le plan économique, les propriétaires blancs trouvaient plus rentable de travailler avec des partenaires noirs sur la base d’un accord de partage des récoltes que de compter sur le travail salarié. Plaatje a également expliqué que les politiciens blancs racistes et radicaux n’acceptaient pas ces arrangements qu’ils considéraient comme trop amicaux entre les familles d’agriculteurs blancs et leurs partenaires noirs.

Ainsi, les fermiers blancs sud-africains ont souffert de la perte de bonnes relations avec leurs partenaires noirs. Ajoutons qu’ils perdaient aussi le droit de disposer librement de leurs biens, du droit de les vendre aux acheteurs noirs s’ils le souhaitaient. Cela signifiait aussi une réduction de la rentabilité de leurs exploitations agricoles en l’absence de partenaires noirs fiables.

Les fermiers noirs anéantis

Pour les partenaires noirs la perte était extrême. Ils ont été obligés de renoncer à leur statut et de travailler comme de simples ouvriers, brader leur bétail ou essayer de trouver d’autres terres pour le faire paître. Plaatje explique leur douloureuse aventure quand ils ont dû arpenter les routes à la recherche de meilleures opportunités, leur bétail mourant souvent sur le long chemin. Ils ont finalement été obligés de vendre leurs bêtes et occuper des emplois dans les mines et dans les villes pour subvenir aux besoins de leurs familles.

Les partisans actuels de l’expropriation des terres sans compensation devraient lire l’analyse de Solomon Plaatje, pour reconsidérer fortement ce qu’ils sont en train de faire actuellement.

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