Afrique du Sud : le nouveau visage de l’apartheid

Les Sud-Africains pauvres, pour la plupart noirs, sont toujours soumis au caprice discrétionnaire du gouvernement et se voient toujours refuser des droits de propriété.

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Afrique du Sud : le nouveau visage de l’apartheid

Publié le 4 janvier 2017
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Par Martin van Staden.
Un article de Libre Afrique

Afrique du Sud : le nouveau visage de l’apartheid
By: thierry ehrmannCC BY 2.0

Sans aucun doute, la discrimination raciale était l’une des caractéristiques de l’apartheid. Cependant, diluées dans une rhétorique politique confuse, on a du mal à comprendre les raisons de l’oppression de la majorité des Noirs Sud-Africains encore aujourd’hui. Comment le gouvernement de l’apartheid a-t-il réussi à créer plusieurs générations de noirs sud-africains pauvres ? La réponse est simple : en restreignant leurs droits de propriété.

Comme Leon Louw l’a dit récemment dans The Renegade Report sur CliffCentral, « La pire chose dans le régime de l’apartheid était son système économique ». Selon le parlementaire du Parti libéral, Edgar Brookes, co-écrivant avec JB MacAulay en 1958, «[la vie économique de] l’Africain est presque entièrement entre les mains des fonctionnaires … qui possèdent un large pouvoir discrétionnaire ». L’incapacité des personnes noires à participer librement aux activités du marché a joué un rôle majeur dans leur exclusion économique et sociale.

Depuis 1994, le gouvernement démocratique a mis en place divers programmes pour «résoudre» le problème de la pauvreté, mais aucun d’entre eux ne s’est vraiment attaqué à la source de la question : l’incertitude et l’insécurité qui touchent les droits de propriété. L’un d’eux était le projet de logement du Programme de reconstruction et de développement (PDR). À la base, les propriétés du PDR ont été attribuées à des individus précédemment défavorisés, ce qui était un net progrès par rapport aux cabanes non hygiéniques dans lesquelles ils croupissaient. Toutefois, les bénéficiaires ne devenaient pas immédiatement les propriétaires à part entière de ces biens. Dans les accords du PDR, il existe des «clauses préventives» qui interdisent souvent aux bénéficiaires de vendre ou de louer le bien pendant plusieurs années, ou qui limitent l’utilisation du bien à un seul résident.

Contre le paternalisme étatique

Certains affirment que ces conditions étaient mises en place pour de bonnes raisons. Par exemple, pour s’assurer que les bénéficiaires ne vendent pas immédiatement la maison pour des raisons financières. Mais un raisonnement comme celui-ci est révélateur de la mentalité condescendante au cœur de l’étatisme paternel. Les autres propriétaires sont en mesure de vendre, de louer ou de sous-louer leur propriété ; alors pourquoi pas les pauvres ?

Ce qui compte ici, c’est que nous ne pouvons pas qualifier le bénéficiaire de propriétaire, la véritable propriété donnant le pouvoir de vendre ou de louer son bien. La conséquence de ce manque de pleine propriété est qu’elle n’incitait pas les usagers à investir dans l’entretien et le développement du bien. Cela signifie également que si la propriété fournit un toit sur la tête du bénéficiaire, elle ne contribue pas pour autant à atténuer sa pauvreté réelle.

C’est la raison pour laquelle plusieurs bénéficiaires des maisons de PDR ont décidé, en violation de la loi, d’utiliser leurs propriétés comme des ressources génératrices de revenus. Ils les ont cédées, sans le déclarer, à d’autres familles encore plus désespérées et sont partis ailleurs, où, par exemple, ils pouvaient trouver un emploi. L’incapacité de vendre légalement leur propriété pour chercher des opportunités d’emploi dans d’autres villes les a poussé dans l’illégalité. Or, comme il s’agit d’une pratique illégale, le prix de vente est faible, en dessous de sa réelle valeur et entretient ainsi le cercle de la pauvreté.

En 2012, Bubu Xuba, fonctionnaire du métro de Johannesburg, s’est confié à l’ONG Corruption Watch. Il a expliqué que les bénéficiaires des logement concernés par le programme devaient rester dans leur maison pendant au moins huit ans, et s’ils voulaient vendre ensuite, devaient accorder la préférence à l’État. Ainsi, s’ils tentent de vendre avant la fin de la période ou donnent la préférence à quelqu’un d’autre, ils peuvent être considérés comme des fraudeurs et accusés d’un acte criminel ; et ceci pour avoir simplement voulu vendre une maison. Notons de plus que le processus d’allocation lui-même n’est pas transparent et a conduit à des abus de corruption. Certains fonctionnaires municipaux ont en effet accepté des pots-de-vin de la part de candidats, fatigués d’attendre leur tour depuis plus de 15 ans sur une longue liste d’attente.

De toute évidence, ce n’est pas de cette manière que la «transformation sociale» se produira. Les Sud-Africains pauvres, pour la plupart noirs, sont toujours soumis au caprice discrétionnaire du gouvernement et se voient toujours refuser des droits de propriété. Pour permettre aux pauvres de devenir autonomes, il faut avant tout leur permettre l’accès à une vraie propriété dans un processus transparent et libre.

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