Le bitcoin est bien plus menaçant qu’une bulle spéculative

Les cryptomonnaies sont qualifiées d’arnaque, de bulle, de spéculation. En réalité, elles sont bien plus dangereuses… pour ceux qui tiennent au monopole de la monnaie.

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Le bitcoin est bien plus menaçant qu’une bulle spéculative

Publié le 4 août 2018
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Par Damien Theillier.

Cela fait plusieurs années que des banquiers et des PDG de grandes entreprises qualifient bitcoin d’arnaque ou de bulle spéculative. S’agit-il d’une réponse logique pour des corporations inquiètes, qui tentent activement de protéger leur marché contre les menaces extérieures ? Ou bien s’agit-il d’un avertissement de bon sens ?

Jamie Dimon est l’un des banquiers les plus influents de Wall Street, c’est le PDG de la banque JP Morgan Chase. Lors d’une conférence à New York le 12 septembre 2017, il a lancé une attaque virulente contre bitcoin en qualifiant la cryptomonnaie de « fraud », en français : d’arnaque.

Qui est l’escroc ?

« Cette monnaie ne va pas marcher », a-t-il affirmé. « On ne peut pas avoir un système où des gens créent une monnaie avec du vent et penser que les gens qui l’achètent sont vraiment malins ». Il a ajouté qu’il « licencierait dans la seconde » un trader qui échangerait la cryptomonnaie. Selon lui le bitcoin « va exploser en vol » comme une nouvelle « crise de la tulipe », le premier grand krach financier de l’histoire en 1637. En novembre 2015, le même Jamie Dimon avait déjà déclaré que le bitcoin ne « survivrait pas » alors que le prix fluctuait autour de 400 $.

Commençons par rappeler un fait. Il y a quelques années, les autorités américaines ont réclamé à la banque JP Morgan Chase six milliards de dollars pour escroquerie lors de la vente de crédits immobiliers à risque (dits subprime) entraînant le krach de 2007-2008 et conduisant au renflouement massif des banques par l’Etat américain.

A l’époque, JP Morgan avait vendu entre 2005 et 2007 pour 33 milliards de dollars de crédits immobiliers pourris aux agences publiques Fannie Mae et Freddie Mac en dissimulant que ces produits financiers reposaient, in fine, sur des emprunteurs insolvables.

La crise financière de 2007 n’a-t-elle pas montré la grande fragilité d’un système bancaire mondial entièrement fondé sur l’hégémonie du dollar ? Nous y reviendrons.

John McAfee répond à Jamie Dimon

John McAfee, créateur de l’anti-virus célèbre et aujourd’hui PDG de MGT Capital à New York a riposté dès le lendemain à l’attaque de Jamie Dimon.

Dans une interview télévisée, il a expliqué que les mineurs investissent des sommes « massives » en puissance de calcul intensif et en électricité dans la création des bitcoins. Cela s’appelle « la preuve du travail ». C’est pourquoi il y a une vraie valeur dans la création d’un bitcoin.

En comparaison le dollar ne coûte que du papier à imprimer ou des zéros à ajouter dans un ordinateur de la banque centrale.

« Je suis un mineur bitcoin » a expliqué McAfee. « Nous créons des bitcoins et il en coûte plus de 1 000 $ pour créer un bitcoin. Quel est le coût pour créer un dollar américain ? Laquelle de ces deux créations monétaires est une arnaque ? » Nous pourrions ajouter qu’il en va exactement de même avec l’euro.

Il ne suffit pas de créer des monnaies, il faut aussi les faire accepter. Or le dollar comme l’euro sont des monnaies légales à cours forcé. Les gens sont obligés de les utiliser pour payer les taxes et les impôts.

Bitcoin est une monnaie libre, qui fonctionne selon la loi de l’offre et de la demande. Vu sa rareté et la difficulté d’en extraire, son cours augmentera avec l’augmentation de la demande. C’est la réalisation d’une loi économique immuable. Et contre cela, Jamie Dimon ne peut rien.

L’enjeu des cryptomonnaies : « Be Your Own Bank »

En réalité, les cryptomonnaies représentent un enjeu bien plus important que les simples spéculations sur le cours du bitcoin. Elles sont un écosystème en pleine expansion.

Il existe partout dans le monde un besoin réel pour des monnaies concurrentielles et décentralisées. Or bitcoin peut fonctionner comme une « banque suisse dans sa poche ». C’est pourquoi il a tant de succès. Il a été conçu en 2008 par son créateur pour être à l’abri de la prochaine crise de la dette souveraine.

C’est une monnaie numérique qui évolue hors système bancaire et donc hors gouvernement. Comme l’or, disponible en quantité limitée, sa valeur augmente lorsque le dollar chute. Dans des économies hyper inflationnistes comme le Venezuela et le Zimbabwe, il est un moyen d’échange irremplaçable. Enfin, bitcoin ne souffrira probablement pas lors de la prochaine crise de la dette souveraine.

C’est l’une des raisons pour lesquelles les comparaisons avec la crise de la tulipe sont fondamentalement absurdes. Les critiques qui se focalisent sur la hausse dramatique du prix du bitcoin, ou sur sa chute fatale, ratent ce qui se passe dans les coulisses : bitcoin n’est pas une bulle. C’est une révolution technologique mais aussi économique et politique : vous contrôlez désormais votre argent, sans la permission du gouvernement ! Mieux : vous devenez votre propre banquier.

Douleurs de croissance

Bien sûr, l’intégration de Bitcoin n’est pas sans inconvénients. De nombreux investisseurs particuliers ont, malheureusement, investi ou investiront un pourcentage important de leur trésorerie dans bitcoin sans une bonne compréhension de la technologie et des marchés et sans une stratégie d’investissement claire.

Beaucoup d’investisseurs actuels de cryptomonnaies – peut-être la majorité à ce stade – n’ont jamais connu un véritable cycle baissier et à l’heure actuelle ils souffrent. Ce sont des investisseurs qui achètent à des niveaux record, et qui vendent en panique au premier signe de baisse, effaçant ainsi d’un coup la valeur de leurs investissements. D’où la grande volatilité que nous observons.

Ce comportement n’est pas propre aux cryptomonnaies et ne doit pas non plus être attribué à l’actif lui-même. Le même phénomène s’est produit à chaque grande crise boursière. Les investisseurs qui ont vendu au plus haut ont presque tout perdu, tandis que ceux qui ont laissé la crise suivre son cours ont vu le marché rebondir à son niveau d’avant le krach dans un laps de temps relativement court.

Les critiques qui voient Bitcoin comme une bulle ignorent que le réseau lui-même gagne en valeur et en utilité car de plus en plus d’utilisateurs intègrent l’écosystème. A ce jour, moins de 2% de la population mondiale utilise bitcoin, mais ce nombre a augmenté en 2017 en raison de l’effet réseau et des services offrant une meilleure expérience utilisateur.

Mais souvenez-vous, en 1994, avec la naissance de l’Internet. Dans les journaux télévisés on craignait le pire : « Internet : le réseau de tous les dangers », disait-on. « Il est possible d’y apprendre à confectionner des bombes », ou bien « n’importe qui peut publier n’importe quoi ».

Au même moment, Jeff Bezos lançait Amazon. Puis le nombre de sites Web a explosé et l’adoption massive de l’Internet a commencé, malgré la bulle spéculative des premiers temps.

Pour plus d’informations, c’est ici

Voir les commentaires (9)

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  • « Les investisseurs qui ont vendu au plus haut ont presque tout perdu », il faut lire l’inverse je pense

  • C’est la ou l’on voit que Jim Dimon est un vrai politicien : soit il n’a pas compris soit il ment

  • « une stratégie d’investissement claire »

    Le bitcoin et ses milliers de concurrents ont pour l’instant démontré leur potentiel comme actifs financiers, pas encore comme monnaies.

    Ces actifs sont-ils en situation de bulle ? Ni plus ni moins que les autres actifs du fait des injections monétaires des banques centrales annihilant toute notion de risque sur les marchés.

  • « …ceux qui ont laissé la crise suivre son cours ont vu le marché rebondir à son niveau d’avant le krach dans un laps de temps relativement court. »
    Le CAC 40 est toujours resté en-dessous de son plus-haut historique à 6400 points en 2000.

    • @xc
      Votre rappel est intéressant:
      il démontre que beaucoup n’ont pu « se refaire » malgré les rebonds successifs du CAC. (une certaine presse financière prédisait le CAC à 10000 pts lorsqu’il se situait au plus haut à 6400 pts!!!).
      il est donc important de suivre régulièrement les évolutions des indices et de les interpréter avec les outils adéquats,pour éviter de se retrouver très RAPIDEMENT à contre courant des marchés…

    • Le véritable CAC 40 (CAC GR) est à un peu plus de 14000 points. Celui auquel vous vous référez n’a pas vraiment de sens, puisque les dividendes en sont soustraits : ça n’est qu’un outil de propagande pro-fiscale et anti-économique.

      • @MichelO

        Vous avez mis en exergue ce qu’il faut en effet savoir pour bien analyser FONDAMENTALEMENT le CAC le plus justement possible.

        Je faisais surtout allusion aux outils de trading qui peuvent
        être complémentaires de l’analyse fondamentale (VOLUMES,indice VIX,analyse graphique,etc…)

        Je vous accorde que les diverses informations financières doivent être considérées avec beaucoup de critique,mais il serait vain de les ignorer puisqu’elles sont souvent à l’origine d’importants mouvements de panique qui propulsent les indices aux extrêmes,tout cela avec une très grande rapidité,à la faveur d’un évènement majeur géopolitique ou économique (11 SEPT,crise des subprimes ,etc…)

        Lors de ces mouvements de panique ,beaucoup d’investisseurs font parfois l’erreur de moyenner « à la baisse »en oubliant que la »baisse »toujours relative peut-être d’autant plus forte qu’elle est parfaitement contrôlée par les grands investisseurs institutionnels, (banques et états notamment, dotés de puissants logiciels intelligents et ultra-rapides).
        En théorie ne pas oublier que le CAC 40 peut retomber sur les 1000PTS de base en raison d’une « exubérance irrationnelle et exceptionnelle des marché ».
        La règle est dans ce cas évidente:
        Les investisseurs perdants ne peuvent « se refaire »(investisseurs » programmés-conseillés » ou non!!!),puisque les indices mettent parfois plusieurs décennies pour atteindre leurs niveaux antérieurs (exemple du Nikkei resté très longtemps « au tapis »),si toutefois il reviennent à ces niveaux!
        Dans certains cas et pour certains marchés(exemple classique du règlement différé),ne pas oublier que les pertes peuvent être infiniment supérieures aux mise!
        Conclusion : Un suivi des plus sérieux est bien nécessaire.

        https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/20-ans-apres-l-exuberance-irrationnelle-greenspan-s-inquiete-d-un-krach-obligataire-622234.html

        • Il y a une autre analyse intéressante, le CAC (habituel) étant exprimé en euros courants et pouvant être considéré comme une valeur de référence, à l’instar d’une crypto : regarder l’historique de 1000/CAC, et aussi le même ratio déflaté de l’inflation officielle.

          • @MichelO

            Bonjour MicheO

            Merci pour cette remarque des plus pertinentes quant à l’historique de 1000/CAC.

            En rvanche,je suis très réservé concernant les cryptomonnaies puisqu’elles reposent essentiellement sur l’ offre et la demande qui par nature sont très aléatoires, donc difficilement maîtrisables.
            Mais après tout un investissement pour être cohérent doit comprendre une part de risques !
            Les actions,obligations,voire les options sont adossées à des acteurs économiques très concrets puisqu’il s’agit d’entreprises,d’emprunts d’états,de monnaies,etc…
            Les TRACKERS permettent de même une action RAPIDE avec plus de visibilité.

            Les cryptomonnaies peuvent à l’évidence rapporter gros, mais encore faut-il « prendre le train au bon moment », ce qui est loin d’être évident puisque rien n’est plus difficile à maîtriser que les notions d’offre et de demande.
            Mais investir n’est-il pas avant tout d’imaginer un ensemble de scénarios?

            L’importance considérable et récente prise par les GAFA, ne laissent-ils pas présager à moyen long terme quelque agitation toujours possible sur les marchés mondiaux?

            Le risque est bien INHÉRENT à tout investissement qui doit toujours respecter plusieurs postes, en fonction des options particulières de chaque investisseur.

            https://www.capital.fr/entreprises-marches/les-entreprises-technologiques-locomotives-et-boulets-de-wall-street-1301249

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