Bitcoin : les monnaies libres ne sont pas en odeur de sainteté chez nos politiciens

Toujours friand de régulation, le monde politique s’empresse de vouloir mater le phénomène bitcoin, prétextant un grave danger pour la stabilité financière.

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Bitcoin : les monnaies libres ne sont pas en odeur de sainteté chez nos politiciens

Publié le 22 mars 2018
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Par Nicolas Perrin.

Le 24 janvier 2018 à Davos, Emmanuel Macron a évoqué le bitcoin. Ceux qui avaient gardé en tête la photo du ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique qui arborait tout sourire un Ledger Wallet Blue en 2017 en ont été pour leurs frais.

En effet, alors qu’il représentait l’exécutif français au Forum économique mondial, Emmanuel Macron s’est exprimé dans des termes pas très crypto-friendly :

Le bitcoin, les monnaies virtuelles, le shadow banking, tous les plus agressifs sur les marchés financiers, ceux qui peuvent créer des crises financières, déréguler des systèmes.

Naturellement, pour notre président, une réglementation s’impose :

Là où je suis d’accord avec Emmanuel Macron, c’est pour dire que la question de la réglementation du système financier a bien un effet sur les crises financières. Mais cet effet est, selon moi, secondaire.

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En prétendant que les monnaies virtuelles, le shadow banking peuvent créer des crises financières, il me semble que le président rate le cœur du problème, ou plutôt se fiche de nous.

La responsabilité de l’investisseur ? Connais pas…

On notera que Cédric Villani, député LREM dans la cinquième circonscription de l’Essonne et Vice-président de l’OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, une entité qui a pour mission d’éclairer le Parlement sur les sujets à caractère scientifique et technologique), n’est guère plus enthousiasmé qu’Emmanuel Macron par les cryptomonnaies ; lors d’un débat sur l’avenir de la monnaie à la Banque de France il confiait :

qui va porter la responsabilité ? C’est le principal reproche que l’on peut faire au bitcoin : qui est responsable si Bitcoin s’écroule ? Je trouve le bitcoin plutôt effrayant qu’enthousiasmant.

Au cas où vous l’ayez oublié, que voilà une jolie piqûre de rappel du principe selon lequel, pour tout ce beau monde qui nous dirige, l’individu est incapable de prendre des décisions éclairées et il n’a par ailleurs nullement vocation à assumer les conséquences de ses actes.

Que ce soit en matière de nutrition comme en matière d’investissement, l’État doit intervenir pour vous protéger de votre plus grand ennemi : vous-même. Une position étonnante venant de quelqu’un qui ne se conçoit « ni à gauche, ni à droite, ni au centre »… mais plus explicable si on sait que Cédric Villani a présidé le comité de soutien de la socialiste Anne Hidalgo lors des élections municipales de mars 2014.

Du côté des médias, certains entretiennent le FUD ( fear, uncertainty and doubt, crainte, incertitude et doute, en français) en oubliant de rappeler que dès lors que vous n’êtes pas trop fainéant, vous pouvez transférer vos cryptos d’une plateforme d’échange à un wallet détenu en propre, ce qui évitera que vos clés privées ne soient à la merci de hackers éventuels du site où vous avez vos habitudes. Ce qui rejoint aussi la notion de responsabilité avec laquelle tant les politiques que les grands médias ont décidément un problème.

Coincheck, la plateforme en cause, a annoncé qu’elle allait rembourser les victimes en quasi-totalité. Refermons cette parenthèse.

La prochaine crise financière viendra-t-elle des cryptomonnaies ?

Pour répondre à cette question, il faut connaître deux choses : 1. qui est positionné sur le marché des cryptos et 2. quelle est la taille de cette galaxie dans l’univers financier.

Les investisseurs institutionnels sont-ils présents sur le marché des cryptomonnaies ? Non. En tout cas, pas encore.

Est-ce que ce sont les entreprises qui sont largement investies en cryptomonnaies ? Oui et non. Oui pour celles qui évoluent au coeur de ce domaine, non pour les autres.

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Alors ce serait les particuliers qui feraient le marché ? Les plateformes d’échange sont en effet débordées par les demandes d’inscription, à tel point que certaines d’entre elles se sont vues obligées de suspendre ces demandes. Il est également vrai que des particuliers américains sont allés jusqu’à mettre leur maison en hypothèque pour entrer sur le marché. Cependant, ce ne sont là que quelques arbres qui cachent une immense forêt.

Si ce ne sont pas les zinzins, ni les entreprises, ni les particuliers qui font le marché, qui fait alors le prix du bitcoin et des altcoins ?

Les principales cryptos sont détenues par une minorité de « baleines »

La réponse est que sur la plupart des cryptos, le marché reste très largement concentré aux mains d’une poignée d’adresses.

Une note de Crédit Suisse en date du 11 janvier vient confirmer ce qui n’était qu’un secret de polichinelle : pour ce qui est du bitcoin, 4% d’early adopters et de plateformes détiennent 97% du marché.

Business Insider rapporte que « la banque dit que cette concentration de la richesse indique que le bitcoin est une valeur refuge, comparable à l’or ».

On retrouve ce phénomène sur moult autres altcoins, les sociétés à l’origine d’une nouvelle crypto réservant très souvent une très large part de leurs tokens ou jetons pour leur usage propre et pour leurs fondateurs. C’est par exemple l’une des raisons pour lesquelles Ripple est très critiqué.

Quid en cas d’effondrement des cours ?

Par conséquent, que se produirait-il en cas d’effondrement définitif du bitcoin et de ses petits frères ?

Quelques milliardaires en cryptos se retrouveraient sans doute millionnaires et les sociétés de l’écosystème des cryptomonnaies déposeraient le bilan.

Restent les particuliers qui ont investi sur ce marché. Dans un pays en pointe de la technologie comme la Corée, on parlait de 30% des salariés positionnés sur les cryptos fin décembre 2017.

En France, un mois auparavant, YouGov avançait le chiffre de 3% de la population ; sans surprise, ce sont les plus jeunes qui ont mis un pied dans le monde des cryptos (14% des 18-24 ans, 16% des 25-34 ans pour seulement 2% des plus de 55 ans). Il ne s’agit donc pas vraiment des épargnants qui peuvent se permettre de mettre en jeu les sommes les plus considérables.

Dans l’hypothèse d’un effondrement décisif du cours des cryptos, les journaux télévisés feraient sans doute leurs choux gras des quelques irresponsables qui se sont endettés pour acheter du Bitcoin, mais je doute fort que cela mettrait le système financier en danger. En tout cas, pas tant que le marché sera aussi concentré et d’aussi petite taille.

Il est en revanche bien d’autres raisons de redouter une nouvelle crise financière qu’Emmanuel Macron s’est abstenu d’évoquer à Davos !

Pour plus d’informations, c’est ici

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  • Derrière des ada, néo, eth, xrp, dash etc…
    il y a des entreprises avec des gens très compétents et intelligents. Ils pensent au futur.
    De constater qu’un mathématicien n’est même pas capable d’apprécier la beauté des cryptos est flippant. Cela doit être de la jalousie.
    Pour Macron, fidèle à flanby, il continue à taxer. Tant que ça bouge. C’est presque pathologique:
    Taxer pour poser la réflexion !
    Ces gens sont des connards !

    • Les mathématiques pures, ça n’est pas penser au futur mais chercher des vérités statiques et absolues. Quant à la beauté, le mathématicien la crée, le reste du monde est juste convié à l’admirer (le mathématicien, pas la beauté).

  • normal ; les politiciens n’aiment pas ce qui leur échappe…..surtout lorsqu’il s’agit d’argent…..

    • C’est surtout que ces monnaies ne sont pas frafiquables comme l’était la monnaie romaine et que l’on ne peut pas faire de la dette pour financer le clientélisme socialiste.

  • Tout ce qui échappe à leur racket doit être banni.

  • Le bitcoin est par construction une monnaie déflationniste. On ne peut en créer au delà de la limite prévue au lancement, mais plus problématique, on peut les perdre. Ainsi le nombre total ne peut faire que baisser. Cela pousse à la thésaurisation, et ce encore plus que l’or (car on peut extraire l’or des mines). Cela incite tout possesseur de bitcoin de retarder ses dépenses en bitcoins. Et donc favorise la spéculation à la hausse. Une courbe intéressante serait de connaitre le volume de transactions en btc, que j’imagine bas contrairement au volume en valeur €. Par construction, tout incite dans cette monnaie à ne pas l’utiliser. Je n’y vois ainsi pas d’autre utilité que les transferts électroniques bons marchés, et sécurisés. Si les bitcoins minables étaient non bornés, l’inflation à long terme pousserait leur utilisation, mais c’est un aspect du système initial non modifiable maintenant. La technologie blockchain a par contre de l’avenir. Et si l’état est contre les monnaies électroniques, c’est uniquement parce qu’un système monétaire centralisé facilite le prélèvement de l’impôt…

    • C’est la loi du bimétallisme : la bonne monnaie est chassée par la (ou les) mauvaise(s) et devient une monnaie de garantie ou de réserve.

  • Les commentaires sont fermés.

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