Canicule : le retour du paternalisme

En France, les autorités publiques en sont toujours au niveau 1 de la prévention : le paternalisme brut.

Par Ludovic Delory.

Nous avons tous quatre ans. Il fait chaud, le soleil donne, le thermomètre s’emballe. Et personne ne pense à s’hydrater. Personne ne songe à se mettre à l’ombre, à coiffer sa casquette. Personne n’imagine même ralentir ses activités physiques.

Heureusement, maman veille. C’est une déferlante. La préfecture, la mairie, le gouvernement, la police… Comme chaque été, les messages de prévention fleurissent, le niveau 3 est appliqué, suivi de ses conseils de prévention.

C’est l’été en Europe, les températures dépassent les 30° durant plusieurs jours. Les prophètes de malheur ressortent leurs rengaines, tandis que l’hiver rude et inattendu décime les troupeaux d’alpagas en Amérique du Sud, piégés par d’épaisses couches de neige. Bref, à chacun son nombril.

Mais, chez nous, des gens meurent encore.

En France, les autorités publiques en sont toujours au niveau 1 de la prévention : le paternalisme brut. Fais-pas-ci, fais-pas-ça. Comme si nous étions des enfants de quatre ans. La tradition jacobine préfère la coercition à l’incitation. D’innombrables pays ont pourtant adopté l’attitude du « nudge », ce « paternalisme libertarien », ce coup de pouce insignifiant qui incite les individus à effectuer les choix optimaux. À se prendre en charge.

En première ligne, les responsables de maisons de retraite et des services hospitaliers ont tiré les leçons de la canicule de 2003 et de ses 15.000 morts. Ils ont compris que les risques de surmortalité, chez les personnes vulnérables, se combattent grâce à la solidarité et l’adoption individuelle de comportements adéquats. Vaporiser, rafraîchir.

Les parents couvrent leurs enfants de quatre ans, les hydratent et les protègent des effets de la chaleur intense et répétée. Nos aînés, très vulnérables, sont pris en charge par des proches ou du personnel soignant attentionné. Face à cette solidarité qui s’exprime au plus bas niveau de l’échelle — celle de l’interaction libre et responsable entre individus — les autorités publiques adoptent des postures de paternalisme désuet. Surtout lorsqu’elles ne sont pas capables de respecter leurs consignes élémentaires.