Fiction : l’affaire Benalla en 2022

Macron président by Lorie Shaull(CC BY-SA 2.0)

Et si l’affaire Benalla avait éclaté au moment de la présidentielle de 2022, dans une France qui pénalise les Fake News ? Petit essai de science fiction pour préserver les libertés publiques d’aujourd’hui.

Par Yannick Chatelain.

Une fake news dans le collimateur de l’exécutif !

À quelques semaines du premier tour des élections présidentielles 2022, le journal Le Monde affirme avoir identifié l’homme – dont une vidéo circulait sur YouTube – filmé en train de s’en prendre violemment à un jeune homme, avant qu’une seconde vidéo, prise sous un autre angle, ne soit postée sur Twitter, le montrant en train de molester quelques instants auparavant une jeune femme sur la place de la Contrescarpe à Paris. Il s’agirait, selon le quotidien, d’Alexandre Benalla « Un proche conseiller du Président de la République ».

Selon des sources proches de l’Élysée, la première vidéo, rapidement relayée sur les réseaux sociaux, et qui est à l’origine de l’article du Monde, vise intentionnellement à déstabiliser le bon déroulement du scrutin national.

De nombreux députés de la majorité se sont par ailleurs insurgés du caractère odieux des allégations faites par les journalistes, ces derniers fondant leur article sur le fait qu’ils ont pu clairement identifier Alexandre Benalla déguisé en policier – portant casque, brassard et disposant d’une radio de police – alors que ce chargé de mission auprès du président de la République n’est en aucun cas un représentant de l’autorité publique. Les proches du candidat ont, de plus, exprimé leur étonnement sur la temporalité opportune de la mise en ligne de cette vidéo et de celle qui suivra.

 

 

Pour rappel, en France, selon l’article Article 433-17 modifié par la LOI n°2009-1437 du 24 novembre 2009 – art. 50  l’usage, sans droit, d’un titre attaché à une profession réglementée par l’autorité publique ou d’un diplôme officiel ou d’une qualité dont les conditions d’attribution sont fixées par l’autorité publique est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. À cela viennent s’ajouter les sanctions encourues pour des violences volontaires en réunion.

 

 

L’exécutif dénonce une tentative de déstabilisation ignominieuse !

Devant la gravité des faits, visant à altérer le bon déroulement du scrutin en mettant en cause directement la probité du Président-candidat, selon son entourage, et à semer le doute dans l’opinion publique dans une période sensible, l’exécutif considère que la loi relative aux fake news – qui a été déclarée conforme à la Constitution en 2018 par le Conseil constitutionnel – s’applique. Elle permet, entre autres, à un candidat ou à un parti, de saisir le Juge des Référés pour faire cesser la diffusion de «fausses informations» durant les trois mois précédant un scrutin national. La justice a donc été saisie.

Le Président-candidat saisit le Juge des Référés

Le Président-candidat s’estimant victime a saisi, comme la Loi le lui autorise, le Juge des Référés pour faire cesser la diffusion de ces « fausses informations » ! Comme le stipule la Loi : « Toute allégation ou imputation d’un fait inexacte ou trompeuse constitue une fausse information ». Pour le candidat et son entourage, le relais massif par les réseaux de ces deux vidéos sur la simple base d’une identification visuelle d’un homme casqué par des journalistes et, qui plus est, de façon décontextualisée et avant toute enquête approfondie, ne peut permettre les interprétations qui en ont été faites.

Prolongation de la garde à vue des journalistes du Monde. Sonia B-C placée en garde à vue.

Dans le même temps,  nous apprenons de sources proches de l’enquête que la garde à vue des auteurs de l’article a été prolongée. Quant à la personne ayant mis une première vidéo en ligne sur la plateforme YouTube, elle est toujours activement recherchée. Pour ce qui concerne la seconde video postée sur Twitter par Sonia B-C, donnant à voir des maltraitances de ce « faux policier » à l’encontre d’une jeune femme, cette dernière a été interpellée et placée en garde à vue pour répondre de ses motivations.

 

Il va de soi qu’à ce jour, une procédure étant engagée, toute personne qui relaierait l’une ou l’autre des vidéos incriminées qualifiées par le porte-parole du parti du Président-candidat « d’intentionnellement nuisibles » pourrait tomber, à très court terme, sous le coup de la loi.

 

 

Une loi efficace… s’enthousiasme le porteur de projet

Le porteur de la proposition de loi originelle relative à la lutte contre les fausses informations, tout en faisant part de son indignation devant l’usage de telles méthodes, s’est félicité du bien-fondé de la loi fake news, pourtant tant décriée avant son adoption – la diffusion de fausses informations étant déjà très largement encadrée par la loi depuis… 1881 –  et qui, selon ses propres mots, s’avère dans les faits un moyen de lutte efficace contre des pratiques nauséabondes, des « boules puantes » d’un autre temps, d’une époque définitivement révolue.

Le Juge des Référés statuera dans les 48 heures, pour  prononcer le retrait ou le blocage du contenu illicite à l’encontre des hébergeurs de contenus et fournisseurs d’accès à Internet.

Retour en 2018 ! Il n’est pas encore trop tard

Pour conclure cette contre-utopie, ne nous méprenons pas. Si de telles vidéos sont mises en ligne dans une période où s’appliquerait une telle loi fake news, comme cela pourrait être le cas lors des élections de 2022, il est vraisemblable que des actions en justice seraient immédiatement entreprises par lesdites « victimes » qui ne manqueraient pas de pointer des méthodes infâmes. Je fais confiance aux avocats mandatés par les plaignants, et dotés de cette « arme », lourde de censure potentielle, pour trouver l’angle d’attaque permettant de tuer l’information au plus tôt. À moins que les journalistes eux-mêmes ne s’autocensurent et taisent une telle découverte pour ne pas se retrouver à répondre de leur article devant la Justice.

Si cette mise en perspective peut donner à réfléchir, au moins n’aura-t-elle pas été inutile.  Il est encore temps pour nos représentants de faire machine arrière toute,  même s’il ne fait pas de doute que nos institutions sont solides et que je n’imagine pas que le Conseil constitutionnel, tel qu’il est actuellement constitué, puisse laisser passer cela.

Je vous donne rendez-vous en 2022 pour prendre toute la mesure d’un pays qui, après avoir vécu un « État d’urgence » à prolongation, ne deviendra pas, je l’espère, un « État de censure potentielle » dans des périodes déterminées de type pré-électorales.

« Les institutions passent par trois périodes : celle des services, celle des privilèges, celle des abus. »

François René de Chateaubriand

 

« Pas mieux, bonnes vacances ! »

Yannick Chatelain