Coupe du Monde de football : du pain et des jeux ?

Comment interpréter l’emballement populaire autour de la coupe du monde de football 2018 en Russie, à quelques jours de la finale France – Croatie ?

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Coupe du Monde de football : du pain et des jeux ?

Publié le 12 juillet 2018
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Par Marc Suivre.

Le temps passe, les empires et les civilisations s’écroulent, mais les fondamentaux restent. Des Empereurs romains qui n’avaient pas Internet à notre Président jupitérien qui confond décision et communication : en Occident, pour gouverner comme il l’entend, l’autocrate doit surtout savoir bien divertir. La folie qui s’empare du pays autour de ce qui n’est qu’un jeu de balle se pratiquant avec les pieds, ne laisse de rendre perplexe l’observateur, peu au fait des constantes historiques. Le parallèle est pourtant saisissant entre les deux époques.

Dans la Rome Antique, pour conquérir le pouvoir, il ne suffisait pas d’être un brillant général et un stratège politique hors pair, il fallait aussi (et surtout) assoir sa légitimité en flattant la plèbe dans le sens du poil (ce qui de nos jours s’apparenterait à du populisme, si toutefois les commentateurs étaient logiques avec eux-mêmes). Certes l’exaltation de la virtus romaine et le destin planétaire de l’Urbs aidaient les ambitieux à parvenir à leurs fins, tout aussi surement que les donatio consentis aux Légionnaires puis aux Prétoriens, mais rien ne remplaçait vraiment, pour durer, la magnificence du triomphe et les jeux qui l’accompagnaient.

Si les fromages consentis aux tenants du capitalisme de connivence ont remplacé les sesterces généreusement attribués aux porteurs de pilum, force est de constater que tout ceci sort, avec la même régularité, du fiscus publicus, dont le fonctionnement n’a jamais cessé de se perfectionner depuis les Julio-Claudiens, pour parvenir au niveau d’extravagante excellence que nous lui connaissons aujourd’hui. Simplement pour qu’un mouton accepte, sans trop rechigner, d’être tondu par des loups, encore faut-il, de temps à autre, lui faire oublier sa condition, ce à quoi les jeux du cirque et le football parviennent à merveille.

Qu’il s’agisse de pousser la baballe dans les filets adverses ou d’enfoncer un glaive dans le corps d’un Thrace, la foule est prise de la même passion consternante, de la même folie expiatoire et de la même frénésie identificatrice. Se précipiter dans sa voiture pour répandre sa joie à grands coups de klaxon ne rend pas le citoyen du 21e siècle plus civilisé que son homologue du début de notre ère. Il est juste motorisé. La béatitude confondante qui ressort d’une victoire de son champion ou de son équipe rend le fanatique totalement ouvert aux pires lubies de ses gouvernants. Ils ne peuvent pas être malintentionnés, puisqu’ils lui ont permis de vivre ça. Or précisément, ils n’ont rien permis du tout ! Si les Empereurs payaient pour divertir le peuple, notre Président, en bon coucou, se glisse avec contentement dans ce que l’argent (et donc la sueur) des autres a rendu possible.

Imaginer qu’un État impuissant à régler la question de la sécurité en général et du terrorisme en particulier, du chômage endémique ait une quelconque part de responsabilité dans la victoire ou la défaite d’une bande de 23 gamins surpayés, ne peut être qu’une vue d’un esprit malade. C’est pourtant ce que nous serinent, à longueur de temps, nos médias subventionnés qui n’ont pas assez de mots pour décrire la gagne que le Kennedy d’Amiens aurait su insuffler à cette équipe si « représentative de la France d’aujourd’hui »… Notre Président (Deo Gracia !) est, lui, un amateur de foot. Un expert, un vrai, qui se passionne pour la tactique et qui apprécie, en connaisseur, le beau geste, la passe décisive, l’arrêt parfait (rayez la mention inutile). Dans ce monde de courtisans, il n’est pas de louanges qui ne soient assez baveuses, pour que son auteur ne sente le ridicule qui devrait pourtant l’étreindre. Mais la flagornerie est hautement rémunératrice et il y a bien longtemps que, même au Figaro, on a oublié la devise de Beaumarchais.

Si d’aventure ces braves petits que l’on prenait, hier encore, pour de piètres pitres à l’issue de leurs phases de poule apathique, parvenaient à décrocher le Graal des temps modernes dimanche, nul doute que les poncifs que nous avons connus il y a 20 ans nous inondent de nouveau. Le déconomètre s’élancera à plein tube et tout y passera. Il faudra bientôt rendre grâce aux passeurs libyens de leur généreuse contribution à la formation de notre équipe des 20 prochaines années. Nul doute que la lutte contre le réchauffement climatique se trouvera dopée par ce résultat inattendu. Les lépreux vont guérir, les paralytiques remarcher, les poules auront des dents et les vaches seront bien gardées.

Tout ira forcément pour le mieux dans le meilleur des mondes… virtuels. Car hélas, rien ne sera réglé. Les islamistes ne vont pas pour autant se convertir au bouddhisme, la croissance ne nous tombera pas dessus par miracle, les impôts ne diminueront pas plus que les cheveux ne repousseront sur le crâne de Zidane. Rien de ce qui fait notre faiblesse ne disparaitra par le biais du foot et gagner la Coupe du Monde, ce n’est pas gagner la guerre.

Le football, pas plus que les jeux d’hier, ne règle rien. Il soulage momentanément les souffrances d’un peuple que l’on délaisse, il permet, le temps d’un été, d’oublier les réalités qui l’accablent. Mais ces illusions sont fragiles, il suffit d’un coup de tête comme en 2006, pour que le cauchemar revienne avec d’autant plus de force que nous avions cru, l’espace d’un court instant d’insouciance, qu’il avait disparu.

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  • le foot , c’est le doudou du peuple ; enlevez lui et ce sera des cris de colère à vous déboucher les oreilles d’un sourd ;

    • du peuple niais s’entend….on ne met pas tout le monde dans le même panier svp.. 😉

      • Bah oui normal. On a pas le mêmes goûts que vous donc on est niais.
        Quels sont les votres que je mette en doute votre intelligence ?

        • dans le sport? aucun…….je préfère pratiquer que de suivre ou m’extasier devant des pros dopés et surpayés, ça m’évite aussi de m’abrutir en gueulant comme un âne picolant comme un trou et klaxonnant à des heures indues juste pour faire chier le voisin.

        • dans le sport ? aucun…je préfère pratiquer que regarder la tv.

  • pour l’instant, les vacances, le foot, le rêve , mais le réveil sera dur . l’UE ne tient plus qu’a un fil. son implosion est inévitable, avec les conséquences qu’elle entraînera, et Macron aura toujours l’excuse de dire qu’il n’y est pour rien.comme son « illustre » prédécesseur .
    ils ont effectivement pour l’instant « le pain et les jeux » , qu’auront nous en suite ?

  • J’aurais préfèré que la France perde dès les 16ème de finale de foot et redevienne la 5ème puissance économique mondiale!
    « du pain et des jeux » même si « le pain » se fait de plus en plus rare. On détourne les gens des vrais problèmes de leur pays par des amusements car le foot n’est qu’un amusement, une distraction!

  • Si un dictateur supprimait les stades de foot ou la possibilité de descendre spontanément dans la rue exprimer sa joie que diriez-vous ? Ces manifestations de foule ne sont pas ma tasse de thé mais elles se produisent de la même façon dans tous les pays indépendamment du reste.

    • S’il se contentait de supprimer le ministère de la jeunesse et des sports et ses subventions à des sports qui glorifient la déloyauté et l’antijeu, et d’obliger les dégueulasseurs de voie publique à nettoyer à leurs frais, je crois que je verrais enfin un avantage à la dictature.

      • Je verrais un avantage pour vous à lever les bras aux ciel et sourire, ça ne doit pas vous arriver souvent !

        • Ca m’est arrivé, mais pour des manifestations sportives dont vous n’avez sans doute jamais entendu parler. Et de toute façon, j’ai toujours préféré être sur la piste ou la route, et je ne comprends qu’on aille dans les tribunes que quand on ne peut pas, pour une raison ou une autre, participer soi-même à l’effort.

          • Oui le « sans doute » est important ! Chacun peut aimer le sport qu’il veut, le pratiquer ou l’encourager ou l’ignorer, qu’il soit populaire ou non. Il y a bien sûr des supporters de football lourds dingues mais ce n’est pas la majorité. C’est regrettable de mettre tous les amateurs de foot dans le même panier d’abrutis en marcel imbibé de bière assis sur un canapé. Vous êtes plus intelligent qu’un cliché !

          • tout va bien alors..

  •  » 23 gamins surpayés » non, pas sur-payés. Ils sont payés a leur prix de marché.

    • @melissa
      Le foot n est pas vraiment un marché. Quasiment aucun club n arrive a l equilibre. Ils sont tous defecitaires. Donc la tehrorie economique classique voudrait qu ils fasse faillite et que le salaire des joueurs s effondre.
      Ca ne se passe pas car le contribuable paie. Soit directement (subvention, construction de stade loué au club pour un loyer symbolique) soit indirectement (pourquoi croyez vous que le quatar subventionne le PSG ? c est un retour d ascenseur. en cas de pb au quatar (par ex avec l Iran) ils demanderont le support de l armee francaise (Sarkozy a fait contruire une base la bas, comme ca en cas d attaque, nos soldats en seront aussi victimes et nous seront engagés dans une guerre)

      • Je ne suis pas sure que l’auteur avait cette justification en tete, mais je suis bien de votre avis sur toute subvention liée au foot (toute subvention tout court d’ailleurs.)..

      • Melissa H a raison.
        Pester contre les hauts salaires des sportifs tout en défendant par exemple les hauts salaires des traders de Wall Street, c’est se rendre coupable de la même hypocrisie que les anticapitalistes qui pestent à longueur de journée contre les hauts salaires des financiers tout en défendant bec et ongles les hauts salaires de leurs sportifs favoris ou de leurs stars hollywodiennes préférées. Ce genre d’hypocrisie n’a pas sa place sur un site libéral. Plutôt que de s’attaquer aux salaires des stars du foot, un libéral préfère s’attaquer aux privilèges, monopoles et subventions qu’offre l’Etat au monde du sport et qui lui font en réalité plus de mal que de bien.

  • Bien que d accord avec le fond de l article, la critique sur l Etat francais incapable de supprimer le terrorisme tombe un peu a plat.
    1) il est quasiment impossible d empecher quelques illumines de commettre un attentat (une voiture pour foncer dans la foule suffit). Meme des pays ultra repressifs comme la chine n y arrivent pas
    2) empecher les attentats voudrait dire mettre tout le monde sur ecoute 24 h/24, creer une stasi bis, interner des gens sans jugement comme en chine justement. Est ce vraiment ce que nous voulons ?
    La France perdait des milliers d hommes chaque jour en 14-18 et nous n avons pas flanché. Devons nous trembler de peur et faire n importe quoi pour un nombre modeste de victime ?

    Autant on peut critiquer l incapacite de l Etat a mettre de l ordre a Nantes apres la mort d un criminel tentant de forcer un barrage, autant il est impossible d empecher quelques idiots de prendre un outeau et de poignarder un passant

    N aimant pas le foot et trouvant ridicule cet amour (feint ?) de nos dirigeant pour la baballe, je lui reconnait cependant 2 vertus:
    – cohesion nationale. IL n y a helas plus grand chose qui rassemble les francais. On va pas cracher sur l un des rares qui reste
    – il y a peu de nouvelles positives en France. Si ca peu aider nos compatriotes a penser plus positif
    et donc a entreprendre quelque chose sans penser que ca va systematiquement foirer

  • cela met les gens de bonne humeur …

  • enfin plus que quelques jours et ça sera fini …

  • La France est désormais la 7e puissance économique mondiale derrière l’Inde. macron ne se rendra pas sur place ! 🙂

  • Sérieusement, profitez du moment !

    De toute façon ça se passera, avec ou sans vous. Autant en profiter.

    Et concernant le foot, il y a quelque chose de particulier dans ce sport qu’on ne retrouve nulle part ailleurs : son universalité.
    Allez en amérique du sud, allez en Asie.
    Vous ne parlerez probablement pas la langue locale, mais sortez un ballon, et vous pourrez jouer.

    C’est… surprenant. Ce sport est si simple qu’il rapproche les peuples.
    Si, si.

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