Emmanuel Macron et le monopole du pouvoir

S’il a renouvelé l’offre parlementaire, En Marche a aussi savamment œuvré à décomposer les partis d’opposition – avec leur concours enthousiaste.

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Emmanuel Macron et le monopole du pouvoir

Publié le 11 juillet 2018
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Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

Ce lundi, Emmanuel Macron s’est exprimé devant le Congrès, la République laissant les dorures de Paris pour celles de Versailles. Dans ce moment solennel, le Président a incarné toute la grandeur monarchique de sa fonction. Ses adversaires le dénonceront. C’est oublier qu’il se contente de pousser la logique de la Ve République à son terme : hyper-concentration du pouvoir, docilité du gouvernement, soumission du parlement, domination de la technocratie.

La Constitution propose une organisation monopolistique du pouvoir, qui réside dans les mains du Président. Le texte de 1958 est suffisamment flexible pour que cette structuration accepte des solutions de souplesse (selon la docilité du Parlement par exemple), mais les révisions récentes (quinquennat, présidentialisation progressive) et les configurations électorales contemporaines (Parlement soumis) et actuelle (députés sans expérience) ont affaibli cet équilibre inéquitable et accru la maîtrise du pouvoir par un seul homme.

La pratique du pouvoir d’Emmanuel Macron accélère cette concentration, en rapportant tout le processus décisionnel à lui. Le Président incarne un chef d’État fort : il a montré sa volonté d’exercer une puissance décisive et solide face aux oppositions. Il réforme, fort d’une légitimité électorale incontestable et convaincu du bien-fondé de son action. Il écoute peu les protestations. En ce sens, il répond à une demande des Français qui, en 2015, étaient près de 70 % à se dire favorables à ce que « la direction du pays soit confiée à des experts non élus qui réaliseraient ces réformes nécessaires mais impopulaires » (55 % en 2017) et 40 % à favoriser un « pouvoir politique autoritaire, quitte à alléger les mécanismes de contrôle démocratique » (38 % en 2017).

S’il a renouvelé l’offre parlementaire, En Marche a aussi savamment œuvré à décomposer les partis d’opposition – avec leur concours enthousiaste. En 2018, il n’a aucun concurrent crédible face à lui, si ce n’est les partis extrêmes

Concurrence annihilée

Cette tendance concentrative pourrait s’entendre si, en contrepartie, de puissants contre-pouvoirs existaient, de telle façon que, comme l’écrivait Montesquieu, « par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Or, le Président a annihilé toute concurrence.

En privilégiant une composition technique du gouvernement, il a vidé l’institution de force politique : les ministres ont, pour la plupart, peu d’existence médiatique et pas d’existence partisane ; leurs cabinets, réduits, ne leur permettent pas de contrebalancer ces fragilités. L’administration s’en retrouve renforcée : nommée directement par la Présidence, elle la renforce ; en réalité, elle gouverne. Les collectivités locales sont mises au pas : la colère récente de leurs associations est révélatrice d’une exaspération face à la condescendance de l’administration centrale, toujours prompte à ne leur accorder une autonomie que pour autant que celle-ci s’accompagne d’un flot de contrôles, d’une foultitude de prélèvements et d’une pluie de directives.

S’il a renouvelé l’offre parlementaire, En Marche a aussi savamment œuvré à décomposer les partis d’opposition – avec leur concours enthousiaste. En 2018, il n’a aucun concurrent crédible face à lui, si ce n’est les partis extrêmes (non susceptibles à ce stade d’arriver au pouvoir, étant donné l’organisation électorale de la Ve République).

Cette situation de monopole, maintenue par l’asphyxie de la concurrence, n’est pas saine. Elle ne l’est pas pour le pouvoir exécutif dont toute fragilité peut devenir une menace systémique ; elle ne l’est pas pour les électeurs qui, s’ils sont mécontents, n’ont aucune offre politique auprès de laquelle ils pourraient faire valoir leur demande.

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  • Mais, c’est par la grâce de votants crédules que notre président a obtenu le monopole du pouvoir. Un monopole exercé, de fait, par une organisation pyramidale d’environ 5.000 Énarques qui assure cette structure monopolistique.
    Le discours du dernier congrès en arrive pratiquement à revendiquer le rôle de directeur de conscience d’une France infantilisée…
    Presque, la célébration du « culte de l’être suprême »….

  • Macron a effectivement une vision du pouvoir populiste/ d’homme fort. Les lois sont débattus aves les lobbys puis directement avec la population, via internet, avant d’être soumis au parlement pour validation… Les médias sont soit d’Etat, soit appartiennent à des oligarques (amis ou menacés).
    Après, avec le complot contre le parti d’opposition, parler de légitimité électorale peut paraître excessif.

    • « Les lois sont débattus directement avec la population » ce qu’il ne faut pas lire……..n’importe quoi.

      • Vous avez loupé le nouveau fonctionnement participatif des lois (loi pacte ; loi énergie).
        Séquence
        1 les ministères bossent
        2 le projet est présenté aux lobbies
        3 le projet est •co construit•, expression du site de la loi pacte, via aussi une consultation en ligne,
        4 la loi est présentée au parlement.
        Allez sur la consultation en ligne pour vérifier s’il s’agit ou pas d’un débat d’après vous.
        Le problème n’est pas la consultation publique mais le fait que tout le processus soit organisé par l’exécutif, lui-même centralisé par un seul homme.

        • franchement vous croyez que votre avis compte? j’y vois plus de la mise en scène de communicant pour faire passer la pilule..un peu comme l’élection de miss France on sait déjà qui va gagner et les votes c’est pour faire croire au peuple qu’ils tiennent compte de leur avis….personne n’est dupe, enfin si …..y’en a quelques uns qui y croient..

          • Évidemment. Néanmoins, la consultation publique est faite par l’executif et avant de consulter le législateur.
            Si vous reposez mon texte, il fait aussi référence au lobby qui sont les premiers, et les plus, consultés.

  • Brillant, comme tout ce qu’écrit Le Noan. On regrette de ne pas le lire dans Le Monde, mais on comprend pourquoi. Même si Niel est actionnaire du quotidien, le libéralisme reste diabolisé chez ses employés, les journalistes.

  • le contre pouvoir , la véritable opposition , c’est dans la rue qu’elle se trouve….quand les Français se réveilleront…..s’ils se réveillent un jour….

  • La présidence Macron ne change rien par rapport à la pratique du pouvoir de ses prédécesseurs. C’est la constitution qui le veut. Je trouve même qu’on l’entend moins que Sarkozy bien sûr et même éventuellement Hollande.
    La principale différence avec le passé c’est qu’il n’y a plus d’opposition. Mais c’est un peu gros de lui mettre ça sur le dos. Entre une LFI complètement frappée et un Vauquiez au ras des pâquerettes, LaREM n’a rien à faire.

    • Encore faudrait-il qu’il y eut un jour une opposition. Quand on vote les mêmes lois, les mêmes impôts et qu’on bouffe dans la même gamelle, on n’est pas opposant mais complice.

  • Concentration du pouvoir aux dépens des parlements, concentration des institutions sociales aux dépens des corps intermédiaires … si on est optimiste, on peut y voir la condition préalable à une transition vers une démocratie plus directe, et vers la privatisation de ces institutions.
    Mais est-ce la voie recherchée, ou bien devons nous continuer à rester pessimistes en nous fiant au comportement de nos politiques depuis tant d’années ?

  • macron promet la fin de la taxe d’habitation pour les classes moyennes et modestes . Cela ne veut pas dire que vous paierez zéro . En effet , je ne sais pas pour vous mais moi ma redevance audiovisuelle est incluse dans cette taxe , dans la facture . Donc vous paierez toujours cette redevance quand même ( un comble quand on voit les programmes pour demeurés de ces chaînes ) : que des navets et des pubs !!!

  • Vous avez raison et je trouve cette dérive autoritaire, pour ne pas dire plus, très inquiétante.

    • @ Mariah
      Ce n’est pas une dérive: c’est bien l’esprit de la Vième république de renforcer le pouvoir exécutif et le président, depuis 1958!

  • «Il réforme, fort d’une légitimité électorale incontestable»
    Non, c’est la légalité de l’élection qui est, formellement, incontestable.

  • Supprimer le poste de « monarque » et concevoir une nouvelle constitution qui mettra fin à la république des néo-aristocrates.
    Tout un programme, Liberté, Egalité, Propriété…

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Ce n’est pas Macron, aujourd’hui, c’est la démocratie qui est en marche. Depuis l’heureuse surprise du deuxième tour de l’élection législative, nous retrouvons enfin un équilibre des pouvoirs tel que l’avait défendu Montesquieu dans L’Esprit des lois.

C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser, et pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.

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