Et si on s’inspirait de la « solidarité exigeante » allemande ?

Drapeau Allemagne CC fdecomite

L’adoption de l’idée de solidarité exigeante a fait chuter le chômage. Elle a permis d’améliorer les comptes publics, car la différence entre un chômage à 5 % et un chômage à 10 % est une somme largement supérieure à 50 milliards d’euros.

Par Xavier Fontanet.

Au début des années 2000, la situation économique en Allemagne était aussi difficile que la nôtre aujourd’hui, à cause des dépenses et de l’endettement publics entraînés par le rapprochement avec l’Est. Les employeurs et les syndicats allemands, conscients de la difficulté, se sont mis d’accord sur un double changement de paradigme.

D’abord, ils ont appuyé l’idée que le déficit budgétaire était insupportable et l’endettement dangereux (il était à environ 70 % du PIB, c’est-à-dire bien moins élevé que le nôtre !). On ne peut dépenser durablement plus que l’on gagne ! Ils ont annoncé que le modèle social allemand était en danger, car financièrement insoutenable.

La solidarité comme fondement de la société

Fut alors inventé le concept de solidarité exigeante : la solidarité est le fondement de la société, il n’est pas question de l’abandonner, mais, dans les moments difficiles, chaque droit crée un devoir en retour. Ceux qui avaient la chance d’avoir un travail ont accepté plus de flexibilité quand cela était demandé ; ceux qui étaient en situation d’assistance ont accepté de modifier leur comportement en faisant le maximum pour éviter de peser sur les finances publiques.

Cela voulait dire, en termes pratiques, accepter pour leur nouvel emploi des positions éventuellement inférieures à ce qu’ils pouvaient normalement espérer. Cela voulait aussi dire accepter des emplois à temps partiel. C’est la raison de l’extraordinaire succès de ce que l’on a appelé les « minijobs » : rappelons qu’il y en a aujourd’hui 9 millions et que 3 millions de personnes ont deux emplois.

L’adoption de l’idée de solidarité exigeante a fait chuter le chômage. Elle a permis d’améliorer les comptes publics, car la différence entre un chômage à 5 % et un chômage à 10 % (auquel viennent s’ajouter 2,5 millions de personnes au RSA) est une somme largement supérieure à 50 milliards d’euros. La crise n’est-elle pas une occasion unique de remettre en cause certaines dispositions de notre marché du travail, qui freine l’économie et met, à terme, toute notre collectivité en danger ?

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