Ni Mad Max, ni Walking Dead : ce que défendent vraiment les libéraux

Le libéralisme est avant tout une revendication : celle d’imposer au pouvoir de faire primer la liberté et la responsabilité individuelle avant toute autre solution.

Par Olivier Maurice.

Il est évident pour un libéral que le mot libéralisme est un terme employé en France totalement à tort et à travers. Synonyme de dérégulation, de laisser-faire, d’ouverture sans contrôle ni limite pour la grande majorité des gens, le sens commun du terme libéralisme est un épouvantail mâtiné d’anarchisme, d’arbitraire, de chaos et de violence mais aussi assez bizarrement fortement empreint de conservatisme et d’autoritarisme.

Il suffit cependant de se déplacer ne serait-ce qu’une journée dans un pays un peu plus libéral que la France (ce qui n’est somme toute pas très difficile) pour se rendre compte que nos congénères Suisses ou Britanniques ne vivent absolument pas dans l’univers à la Mad Max ou à la Walking Dead que l’on nous dépeint comme étant la concrétisation du libéralisme.

Il faut dire à décharge (pour passer par la parenthèse d’autocritique obligatoire au besoin d’être nécessaire) que les libéraux ne font pas grand-chose pour simplifier les choses : entre les diverses visions et versions, le manque de représentation politique plus ou moins assumée et la manie qu’ont certains à compliquer les choses simples en tentant de les expliquer du plus grand nombre de façons possibles, le libéralisme est le plus souvent décrit de façon abstraite, juridique, formelle, voire intellectuelle, alors que bien souvent les gens n’attendent qu’une explication simple et concise qui leur permettra d’engager une conversation sur le sujet sans trop avoir l’air de dire des bêtises.

Une spécificité française

S’ajoute à cela une spécificité bien française, dont l’explication et la critique la plus pertinente vient de l’Irlandais Edmund Burke : réduire la liberté à un concept universel, sans tenir compte ni des traditions, ni de l’histoire, ni du contexte politique, économique, social et culturel, ni des interactions avec lesquelles vivent les individus est non seulement faire preuve d’un idéalisme béat, mais aussi laisser la porte ouverte à toutes les dérives, à tous les excès, fantasmes et fanatismes.

Le slogan républicain Liberté, Égalité, Fraternité a sans doute fait plus de mal au libéralisme que bon nombre de ses détracteurs en faisant croire que la liberté serait un objectif politique ou une récompense accordée au Peuple par un pouvoir magnanime. Beaucoup en retiennent que la liberté est dangereuse et qu’elle a besoin de lois et de gardiens pour surveiller étroitement qu’elle ne cause pas de nuisance à autrui.

La Liberté est naturelle à l’homme

La liberté se vit bien plus qu’elle ne s’explique. Transporter un individu au fond d’un fjord scandinave, sur une île déserte, au milieu d’un désert, d’un océan ou d’une forêt primaire lui fera comprendre bien plus rapidement et facilement ce que libre veut dire que n’importe quel livre, cours ou même discussion ne le pourront jamais.

Cette expérience fera aussi rapidement surgir une caractéristique que bon nombre de libéraux font mine d’oublier ou de minimiser : la liberté fait peur, extrêmement peur. Il n’est pas donné à tout le monde de vivre sereinement dans la solitude d’une ile déserte ou d’un voilier perdu au milieu de l’océan et de savoir maîtriser cette sensation à la fois enivrante et terrifiante d’être effectivement le seul maître de soi-même, le seul responsable des choses qui peuvent alors nous arriver.

Mais côtoyer la peur et le vide sans frontière est grisant et on peut vite ne plus s’en passer. Un libéral préférera le plus souvent vivre concrètement la liberté que passer son temps à débattre avec des gens qui n’ont souvent comme autre objectif que celui d’avoir raison. Moi-même, je ne me serais probablement jamais mis à écrire sur le sujet si l’accident que j’ai eu il y 4 ans ne m’empêchait désormais de poursuivre une grande partie des activités que j’avais auparavant.

La liberté fait partie de l’être humain et du monde. Nous naissons avec, même si cela ne nous est pas du tout évident. Il faut dire que la société protectrice, la famille, l’entreprise… tout notre environnement œuvre à nous cacher cette vérité anxiogène : tout ce qui nous arrive dans la vie dépend toujours de près ou de loin des choix que nous faisons. Rien n’arrive jamais par hasard, nous sommes la somme de nos choix.

Autonomie, échange et liberté

Est-ce que cela veut dire que le libéralisme est une affaire d’entrepreneurs, de cow-boys ou de rebelles ? Absolument pas, même si il ne faut pas se cacher que ceux qui vivent quotidiennement la liberté seront plus prompts à embrasser les idées libérales.

En fait, le libéralisme est un choix de vie personnel : est-ce que je vois mon rôle de citoyen comme un contributeur à la collectivité, ou est-ce que j’estime que la collectivité me doit quelque chose, à moi et aux autres ?

Il semble clair qu’une société où tout le monde reçoit et personne ne donne ne peut pas fonctionner. C’est pourtant la fiction que promet le socialisme qui veut distribuer la richesse équitablement et qui prétend donner à chacun selon ses besoins.

Le point de vue libéral est inverse : une société harmonieuse est une société où chacun est d’abord capable de subvenir à ses propres besoins, parce que dans ce cas, non seulement ce qui est produit en surplus est tout naturellement distribué, mais les échanges entre individus brassent les richesses et gomment les inégalités. Pour qu’il y ait échange, il faut qu’il y ait richesses à échanger.

L’objectif politique d’une société libérale est l’autonomie de tous les citoyens.

Ce n’est pas à chacun ses besoins, c’est à chacun les moyens de subvenir à ses besoins. Et aussi, à chacun la chance de réussir, d’avoir les moyens d’accomplir au maximum le potentiel qui est en lui.

Évidemment, il est impossible que chacun produise tout ce dont il a besoin : cela requerrait que chacun développe l’ensemble des compétences nécessaires. À vouloir tout faire, on finit par être mauvais en tout. La spécialisation et l’échange sont à la base du fonctionnement de la société libérale. Un bon pêcheur et un bon jardinier ramèneront bien plus de poissons et de légumes que deux personnes qui ne savent ni vraiment bien pêcher, ni vraiment bien cultiver.

Une société libérale reposera sur la diversité et sur la réussite des individus qui la composent. Pour cela, elle tâchera de leur accorder le plus de liberté possible afin qu’ils puissent réussir individuellement et qu’ils puissent par leurs échanges fournir aux autres ce dont les autres ont besoin pour réussir.

L’aspiration au bonheur et à la réussite

Accorder le plus de liberté possible signifie que l’on fait confiance aux gens.

Cela veut dire qu’on les considère comme des individus adultes, responsables et sensés, et non comme des petits êtres fragiles qu’il faudrait prendre en charge et assister du début à l’issue de leur vie.

Le libéralisme s’oppose à l’État socialiste paternaliste (État providence ou État nation) qui ne voit dans les individus que des sujets tous identiques et définis par un cadre légal abstrait : citoyens ou ressortissants pour lesquels il dicterait les droits et les devoirs de façon magistrale et impérative.

La société libérale repose sur un seul principe juridique et éthique fondamental qui concrétise la définition du libéralisme : chaque être humain est unique et différent, et donc irremplaçable. La vie humaine est la valeur suprême, toute vie humaine.

Toutes les autres idées libérales découlent de là. Propriété, liberté, sécurité, aspiration au bonheur… sont des droits que les individus peuvent revendiquer car nécessaires pour protéger leur existence et développer leur autonomie.

Chaque existence, chaque âme, chaque individu est une richesse en soi. Chaque différence est un atout qui viendra compléter les spécificités des autres, qui pourra complémenter cette spécialisation que permet l’échange.

Le corps, mais aussi l’esprit, l’intelligence, l’instinct, la joie, l’enthousiasme … composent ce potentiel qui permet de construire la réussite.

Le pouvoir et la garantie des libertés

Tout le reste : le pouvoir, les lois, les règlements, la nature de la souveraineté, la politique…  n’intéresse pas vraiment les libéraux. Pour la simple raison qu’exercer le pouvoir, construire un empire militaire ou administratif… cet appétit de puissance n’est pas vraiment compatible avec la liberté, surtout avec le respect de la liberté des autres.

Et est-ce vraiment nécessaire ? La coercition, le pouvoir, les lois tentent de se justifier parce que certaines personnes ne jouent pas le jeu de la coopération, parce que certains dépassent clairement les limites acceptables.

Il y a de nombreuses opinions chez les libéraux sur le sujet, mais tous s’accordent pour penser qu’un pouvoir quel qu’il soit est dangereux s’il n’est pas formellement encadré. Ce pouvoir est d’ailleurs sans doute le pire poison qui puisse frapper une population quand il abuse des moyens dont il dispose pour favoriser les personnes qui le détiennent, faire le prosélytisme d’un mode de vie ou d’un autre, voire pour imposer des idéologies criminelles totalement délirantes.

Et dans le domaine d’imposer des idéologies criminelles totalement délirantes, le XXè siècle a clairement montré l’horreur que cela signifie, même si nombre de personnes semblent ne toujours pas avoir compris la leçon.

D’ailleurs, imposer par la force ou par la loi une idéologie est toujours une atteinte à la liberté des individus : il faudrait l’unanimité totale et perpétuelle à chaque règle pour que ce ne soit jamais le cas.

Le libéralisme est avant tout une revendication : celle d’imposer au pouvoir de faire primer la liberté et la responsabilité individuelle avant toute autre solution.

C’est aussi une opposition farouche à tous les totalitarismes, qu’ils soient politiques ou moraux. Mais vous avez sans doute déjà compris que pour les libéraux, fascisme, communisme, nazisme et marxisme sont strictement identiques en termes d’horreur et de malhonnêteté intellectuelle.

Longtemps les libéraux ont cru que la démocratie permettrait de créer un pouvoir qui respecterait la liberté des individus. Mais il semble clair que de plus en plus, les idéologues reviennent au-devant de la scène et insidieusement tentent d’imposer leur façon de voir le monde comme étant une vérité universelle qu’il serait criminel de contredire.

On les reconnait d’ailleurs très facilement : tous pointent du doigt les libéraux et caricaturent le libéralisme, le dépeignent comme le mal absolu tout en prétendant en toute mauvaise foi qu’ils sont les mieux placés pour savoir de quoi il s’agit.

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