Le symbole de l’Anarchie interdit pour incitation à la « haine »

Anarchy by Christin(CC BY-NC-ND 2.0)

Quand on donne à l’État le pouvoir de censurer, il faut s’attendre à ce qu’il l’utilise pour réprimer l’opposition. Exemple d’une ville canadienne.

Par Scott Shackford.
Un article de Reason

Un petit groupe d’anarchistes radicaux vandalisant vitrines et voitures pose des problèmes à la ville d’Hamilton au Canada, en Ontario. Lors d’une manifestation en mars, certains d’entre eux ont causé près de 100 000 $ de dégâts.

En plus de la condamnation de ces violences et des tentatives pour traquer les auteurs, les efforts de lutte contre la violence ont pris une étrange et inquiétante tournure. La municipalité a ordonné à un groupe local d’anarchistes de retirer de leur siège le célèbre symbole anarchiste, considérant qu’il incitait à la haine (hate material).

Sur les contreplaqués recouvrant les fenêtres brisées de The Tower, un lieu de rencontre pour anarchistes à Hamilton, était affiché le symbole anarchiste (un A majuscule dans un cercle) accompagné d’une paraphrase d’une citation de l’anarchiste espagnol Buenaventura Durruti : « Nous n’avons pas peur des ruines car nous portons un monde nouveau dans nos cœurs ».

C’est le symbole et non la citation qui a suscité la colère de la municipalité, ce qui est déjà surprenant en soi étant donné que c’est plutôt la citation qui semble encourager les actes de vandalisme. La Ville a demandé à The Tower de retirer le symbole dérangeant parce qu’il incite à la haine. Contrairement aux États-Unis, le Canada dispose de lois destinées à censurer les discours de haine. Ces lois précisent spécifiquement que le discours offensant prône le génocide ou incite à la haine d’un « groupe identifiable ». Les groupes reconnus par ces lois sont définis par « la couleur de peau, la religion, l’origine ethnique, le sexe, le genre ou le handicap mental ou physique ».

Vous vous demandez lequel de ces groupes identifiables est visé par le symbole anarchiste ? La police aussi. Les responsables municipaux invoquent la police pour justifier leur demande de censure, affirmant qu’elle dispose d’une liste de symboles haineux parmi lesquels se trouve le symbole anarchiste. Mais d’après le média canadien CBC, si la police fournit bien à la Ville une liste de symboles et d’images haineux, le symbole de l’Anarchie n’en fait pas partie.

Il y a pourtant bien un « groupe identifiable » que les anarchistes ont dans le viseur et qui pourrait expliquer l’attitude de la municipalité. On peut lire dans l’article de CBC :

Le chef du nouveau centre anti-racisme d’Hamilton, Princewill Ogban, à déclaré à CBC News qu’il n’a jamais vraiment entendu dire que le symbole anarchiste était haineux. Il a mentionné le cas en Californie d’un groupe d’anarchistes liés au nationalisme blanc, mais a précisé que ce groupe était fondamentalement un cas particulier.

« Jusqu’à aujourd’hui, la plupart des groupes anarchistes sont considérés comme anti-racistes et anti-haine », dit-il. « Ils sont pro-individus et anti-État. »

Tiens, ils sont anti-État ! D’où la volonté du maire d’Hamilton, Fred Eisenberg, cité par le Hamilton Spectator, de classer le symbole anarchiste comme discours de haine en dépit de ce que dit la loi canadienne :

« Les anarchistes qui étaient présents ont à l’évidence fait des choses inappropriées, donc si on fait le lien, je dirais que le symbole anarchiste est un symbole de destruction et de désordre et qu’il cause une crise dans un lieu précis », dit Eisenberg. « Est-ce haineux ? Je pense que oui. »

Et cette citation est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles les lois contre les discours de haine sont si dangereuses. La tendance naturelle de nombreux responsables politiques, lorsqu’on leur donne le pouvoir de décider quel type de discours et de communication est illégal, est de tourner le système à leur avantage pour se protéger des critiques et de leurs adversaires idéologiques.

Traduction pour Contrepoints de « Canadian City Leaders Declare Anarchy Symbol to Be Hate Speech »