Connaissez-vous vraiment l’anarchie ?

« Le libéral est un anarchiste qui défend la propriété. » Pascal Salin

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Connaissez-vous vraiment l’anarchie ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 14 novembre 2015
- A +

Par Nicolas Bruel.

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« Le moment est proche, où le monde comprendra enfin que les gouvernements sont des institutions inutiles, funestes et au plus haut point immorales, qu’un homme qui se respecte ne doit pas soutenir et qu’il ne doit pas exploiter à son profit. Et quand ces hommes auront compris cela, ils cesseront de collaborer à l’œuvre des gouvernements en leur fournissant des soldats et de l’argent. Alors tombera de lui-même le mensonge qui tient les hommes en esclavage. » Léon Tolstoï

Du feu, du sang, des larmes, une absence totale de règles, une violence absolue et implacable, un effondrement civilisationnel…

Vous l’aurez compris : aujourd’hui je voudrais vous parler de l’anarchie… Sauf que tout ce que je viens de vous énumérer précédemment n’est pas une description de l’anarchie, contrairement à ce que vous pouvez entendre partout et en permanence. Mais alors, qu’est-ce donc que l’anarchie ?

Je vais modestement tenter de répondre à cette question.

Tout d’abord, je me dois de définir ce mot : anarchie et de vous en présenter un autre : anomie – afin de clarifier mon propos.

L’anarchie (littéralement en grec « absence de commandement / hiérarchie« ) est le terme qui devrait être utilisé pour définir une situation sociale où il n’existe pas de hiérarchie ou d’autorité, aucun homme ne pouvant avoir un droit sur un autre, ses propres droits étant bornés aux droits naturels d’autrui.

La description alarmiste que vous avez trouvée plus haut dans mon introduction correspond en fait à l’anomie (littéralement en grec « absence de loi » ), qui est une situation sociale où les règles et normes juridiques se désintègrent, entraînant, comme vous pouvez l’imaginer, tous les désordres violents possibles et imaginables. Une société anomique est tout à fait possible avec une hiérarchie ou une autorité supérieure d’ailleurs, car cette autorité peut utiliser la coercition légale, la « loi du plus fort » pour imposer des lois iniques sans le consentement préalable des citoyens.

Maintenant que j’ai défini ces deux termes, vous comprenez donc que l’idée, sans cesse ressassée, d’une anarchie dont la résultante serait l’effondrement et la violence est non-sens. Les politiciens, les médias à leur service (les subventions ont du bon…) et surtout les « crony capitalists », véritables marionnettistes, n’ont aucun intérêt à une perte de contrôle sur les institutions et donc indirectement sur vous. Leur objectif est d’augmenter leur pouvoir et pour cela ils vous répètent inlassablement, convergence des médiocres oblige pour protéger leurs rentes, que l’anarchie sera dévastatrice, que vous y perdrez tout, que sa finalité sera le néant.

La réalité est en fait bien différente.

« L’anarchie, ce n’est pas d’avoir aucune règle, c’est de n’avoir aucun maître qui vous contraigne à obéir à des règles non consenties. » Kent McManigal

En fait, il serait temps, mes chères lectrices, mes chers lecteurs, mes chers visiteurs éphémères, de vous rendre compte que l’anarchie est tout autour de vous, à chaque instant de votre vie, sans que vous vous en rendiez compte, sans la voir ; pour faire de l’humour en cette période de pré-sortie du prochain Star Wars, je dirais que l’anarchie est comme la Force. Afin de mieux vous l’expliquer, je vais commencer ma démonstration par un exemple :

Un jeune homme (ou femme) décide un jour, sans contrainte d’une autorité quelconque, de devenir boulanger (le boulanger, cela parle à tous les français, mais vous pouvez remplacer boulanger par d’autres professions). Cette personne se forme, ouvre sa boutique (non sans barrières et régulations étatiques, mais passons…). Il vous propose un produit, du pain, à un prix libre. Vous, consommateur, allez librement sans autorité supérieure ou coercition, acheter votre pain chez ce boulanger. Entre vous, aucune hiérarchie, aucune contrainte non plus ni aucune violence : libre contrat, à savoir le prix affiché contre le pain. Seule la satisfaction de votre besoin vous incitera à retourner chez ce boulanger, sinon vous irez chez un concurrent, que ce soit du fait d’une médiocre qualité, d’un mauvais accueil ou d’un prix trop élevé. Acheter votre pain est en fait un acte anarchique.

Tout acte librement consenti, sans coercition ni autorité supérieure, est un acte anarchique.
Vous vous rendez compte à présent que la majeure partie de vos actions quotidiennes sont donc totalement anarchiques. L’anarchie est un ordre social fondé sur la liberté de contrats et la libre association entre individus.

En fait, l’objectif des hommes de l’État est de réduire au maximum cette anarchie en essayant d’obtenir votre consentement, et pour cela ils se devaient de modifier le sens de ce terme et de prélever sur toutes vos transactions une commission, comme le ferait toute mafia. S’ils ne l’obtiennent pas, cela passera par la force. En plus de nier nos droits naturels, nous voilà transportés en plein dans 1984, en plein novlangue : l’anomie a disparu de tout débat et a été remplacée par l’anarchie … (M. Orwell, je vous salue).

Mais l’anarchie n’existe pas que dans nos actions quotidiennes : l’anarchie existe au niveau des États. En effet, les États ont-ils une autorité supérieure ? Il suffit d’une analyse assez rapide pour vous rendre compte que l’ONU ne constitue pas une autorité, donc que les États sont en totale situation d’anarchie sur le plan international. Le réel problème de l’anarchie étatique internationale est le suivant : les États possèdent des moyens bien trop importants de destruction et n’envisagent donc que la guerre comme moyen légitime de résolution des conflits, là où les individus prévoient en général des médiations, ne disposant pas de la même capacité de destruction. J’y reviendrais, je pense dans un autre billet pour ne pas trop allonger celui-ci (je peux déjà vous diriger vers cet article de Gustave de Molinari sur la production de la sécurité) mais soyons clair, aucun individu ou même groupe d’individus ne peut posséder la force de frappe des USA, de la Russie ou de la Chine contemporaine.

Vous comprenez donc qu’une société anarchique ne serait a minima pas plus violente que notre société actuelle, a maxima bien moins violente de par l’organisation différente des services de sécurité.

« Le libéral est un anarchiste qui défend la propriété. » Pascal Salin

Un dernier point avant de conclure : il ne peut exister d’anarchie sans droits naturels et donc sans droit de propriété. Ici, je vais faire bondir tous les « camarades de l’internationale » mais désolé, mesdames et messieurs, vous êtes dans l’erreur la plus totale, erreur que Proudhon avait eu l’honnêteté intellectuelle de reconnaitre, permettant d’ailleurs l’émergence de l’anarcho-capitalisme. Le souci du communisme est que la propriété des biens est partagée. Il faut donc bien que le partage soit décidé par quelqu’un ou par une entité, qui est dirigée par quelqu’un in fine, ou par le groupe avec des règles établies à l’avance au détriment des droits naturels des individus. Comment alors peuvent-ils empêcher le développement de la propriété privée ou de la liberté contractuelle chez autrui sans user de violence ? Pas très respectueux des droits de l’Homme tout cela (voir le billet sur la DDH à ce sujet) et au final, ils en arriveraient à maintenir une structure correspondant à l’État :

« Les anarchistes de « gauche » sont pris dans un paradoxe, car ils désirent lutter simultanément contre le capitalisme, ce qu’ils font habituellement, et contre l’État. Mais dans un monde sans État, ils ne peuvent empêcher le développement des droits de propriété privée ni la liberté contractuelle de fonder l’ordre social. » Bertrand Lemennicier

Pour conclure ce long billet, je résumerai tout cela par la formule suivante : l’anarchie est dans tous nos actes non imposés par une autorité supérieure. Elle est l’ensemble de nos actions mutuelles et librement consenties. Empêche-t-elle la mutualisation ? Non, vous pouvez très bien volontairement consentir à mutualiser avec d’autres personnes pour acquérir des biens, accéder à des services… Est-elle idéale et sans violence ? Non, il ne faut pas être naïf.

Toutefois, une étude de l’histoire nous révèle rapidement que les plus grands fossoyeurs de l’humanité ont toujours été les États. Aucun individu isolé, aucune compagnie privée n’a possédé ou possède actuellement la capacité de nuisance d’un État. Quelle société privée possède des armes capables d’annihiler une grande partie de l’humanité (bombe atomique, armes chimiques et bactériologiques etc.) ?

Je sais que cela fait beaucoup de citations, mais je vais laisser le mot de la fin à Mises :

« Les pires maux qu’ait eu à endurer l’humanité ont été infligés par de mauvais gouvernements. L’État peut être, et a souvent été dans le cours de l’histoire, la principale source de dommages et de désastres. » Ludwig von Mises

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  • Je sens que cet article va faire débat, et les querelles de chapelles vont éclater.

    Pour ma part, je souscris vigoureusement, c’est le genre d’article que les journaux à grand tirage devraient publier pour l’information des masses! Mais faut pas rêver…

    PS auteur: n’y a t’il pas une erreur de lien sur le billet de la DDH?

    • Merci beaucoup.

      Je vous avoue que je ne suis pas dans responsable du timing de publication.

      Le lien pour le DDH, l’article étant rédigé initiallement pour mon blog, renvoie à un billet de celui-ci effectivement mais vous y trouverez tous les liens nécessaires.

  • Très plaisant cet article, un peu court pour un sujet très riche et vaste, mais plaisant 🙂
    Notamment la distinction entre l’autorité et le pouvoir est assez centrale dans la pensée anarchiste, et il y a encore beaucoup à dire. Un autre article à venir sur le sujet ?

  • Très bon.

    Je doit être un résigné? Malheureusement je n’arrive pas à me convaincre qu’un jour le libertarianisme s’impose.

    Je pense qu’il y aura toujours ( du moins sur le siècle à venir ), un état conquérant ou a minima un groupuscule radical, entraîné et armé qui saura mettre sous tutelle l’anarcapland.

    C’est pourquoi, j’envisage plus un état minarchiste au maximum. Une foit ce point atteint on en rediscute ?

    • « pour un libéral, l’État minimal est le plancher ; pour un libertarien, il est le plafond. » (Patrick Smets).

      Allons y ensemble et nous en rediscuterons ensemble après sans aucun problème. 😉

  • Excellent article, concis et bien rédigé, agréable à lire et en droite (hum) ligne de ce qu’on attend sur Contrepoint.

    J’adore les citations !

    Avec tous mes encouragements,
    Merci.

  • l’anarchiste est un adolescent à barbe à la recherche d’une cause a défendre autre que lui même ..je ne vois pas ce que vient faire le droit naturel, la propriété ou tout ces trucs d’adulte dans son monde. le seul soucis de l’anar est son poil , court ou long , frisé ou raide ..une question est ce qu’il existe des anars femelle ?

    • Désolé de ne pas donner suite à votre commentaire, je n’ai pas trouvé le début d’un argument pour se faire. Merci pour votre commentaire néanmoins.

  • Les anars de gauche disent être contre l’Etat mais lui demandent de subventionner leurs associations et sont toujours prêts à défendre le statut des fonctionnaires quand il est « menacé.

    « l’objectif des hommes de l’État est de réduire au maximum cette anarchie »

    Ca n’étonnera personne que les marins de Cronstadt et les anarchistes espagnols aient fini avec 9 grammes de plomb dans la nuque.

    • Les « anars de gauche » sont dans la posture. Ils n’ont pas compris les principes effectivement je rejoins votre commentaire.

      Les anarchistes libertariens ne sont pas révolutionnaires. J’espère qu’ils ne connaitront pas ce sort 🙂

      « Libertarian, enemy of the state » (but peacefully)

  • Bonjour Nicolas,
    comment faites-vous pour stopper un individu qui torture un animal dont il se dit propriétaire ?

    • Bonjour Bulle de ciel,

      La question que vous posez est celle du droit animal. Vaste question qui, de nos jours, tient une place centrale dans notre société.

      A titre personnel j’ai un animal de compagnie et il est traité à la maison comme un membre de notre famille, il n’a pas le statut d’une personne humaine, mais il est un membre de celle-ci.

      Les animaux ont ils des droits ? Si ils en avaient, comment pourrions nous nous en nourrir ? Premier point.

      Second point : un animal remplit il les caractéristiques lui permettant d’obtenir des droits naturels ? Malheureusement ceux-ci découlent de la raison. Les animaux sont capables d’émotion, et nous en procure aux quotidiens. Toutefois ils ne remplissent pas les conditions qui ont permis l’édiction des droits humains.

      « Si les animaux avaient vraiment des droits, alors le lion serait coupable de tuer l’antilope. »
      — Walter Block

      Revenons maintenant au cas de ce propriétaire : c’est profondément immoral, mais si il est sur sa propriété que pouvez vous faire ? Allez vous niez les droits de cet homme, détruire sa propriété pour qu’il arrête ?

      De plus, malgré tous les dispositifs actuels existants, la souffrance animale n’a pas diminué me semble t’il et vous avez régulièrement des faits divers sur le sujet.

      Maintenant, si « il se dit propriétaire » c’est qu’il ne l’est probablement pas. Dans ce cas la situation est différente.

      Pour aller plus loin : http://www.wikiberal.org/wiki/Droit_animal

      Merci pour votre commentaire 🙂

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