73 ans après le 8 mai 1945, nous sommes tous juifs

Nous sommes tous juifs, parce que l’Holocauste hante notre histoire et nous impose un devoir de mémoire à l’égard de ses victimes. C’est pourquoi il faut éviter les analogies politiques douteuses qui servent les intérêts politiques du moment.

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73 ans après le 8 mai 1945, nous sommes tous juifs

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 8 mai 2018
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Par Drieu Godefridi.

En cette période de mémoire de l’assassinat de six millions de Juifs par les criminels nazis et leurs suppôts, il est utile de réfléchir à notre rapport comme Européens à cette abomination qui fait partie intégrante de notre histoire, pour en tirer quelques leçons actuelles.

Né trente ans après la Seconde guerre mondiale, j’ai toujours éprouvé une forte réticence à l’égard d’un certain discours consistant à nous présenter, en tant qu’Européens, comme co-responsables de ce crime contre l’humanité.

Cette idée de co-responsabilité repose sur des mythes qui sont précisément ceux qui fondent l’antisémitisme, savoir la responsabilité collective et la responsabilité collective à travers les âges.

Ce sont les mêmes billevesées que soutenaient les auteurs tâchant d’imputer aux Juifs contemporains la co-responsabilité de la mort du Christ et autre fait historique. Jean-Paul Sartre a démontré tout cela dans sa Question juive, même s’il n’en a pas tiré les conséquences qui s’imposaient.

Nous sommes responsables de nos actes

Nous ne sommes responsables que de nos actes, et non des crimes de nos ancêtres. Mais nous ne sommes pas non plus des créatures abstraites, jaillies directement du sein de la Terre. Nous sommes les héritiers d’une civilisation et d’une histoire, que l’on tient à juste titre pour l’une des plus fabuleuses de mémoire d’homme.

Or, c’est précisément dans le cœur de cette civilisation qu’est née l’abomination national-socialiste : ne nous voilà pas de retour au point initial, celui d’une sorte de co-responsabilité à l’égard de crimes qui ont précédé notre naissance ?

Je ne le crois pas. Car ce n’est pas la civilisation occidentale qui est l’auteur de ce crime, pas même la culture allemande. Ce sont des idées et des idéologies précises, qui furent développées et formulées bien avant que Hitler et ses sbires n’accèdent au pouvoir. (Cette généalogie intellectuelle est retracée dans La passion de l’égalité — essai sur la civilisation socialiste).

Les nazis étaient socialistes et nationalistes

Hitler et les théoriciens nationaux-socialistes étaient, idéologiquement parlant, des socialistes au sens strict — ils ne se sont pas revendiqués du socialisme par hasard ! — dont la plupart des catégories étaient d’ailleurs marxiennes ; leur spécificité étant de marier ce socialisme au nationalisme racial.

Ce n’est pas l’individu et la liberté qu’exaltaient les nationaux-socialistes allemands, c’est la communauté, la solidarité, l’égalité réelle : la solidarité raciale que proclamait Hitler dans un discours infect de 1920 (infect parce que porteur d’une haine virulente et si manifeste qu’elle annonçait nettement tout ce qui allait suivre).

Nous avons le devoir de nous souvenir de quelle source intellectuelle les crimes nazis sont nés. Les crimes politiques ne naissent pas de la malveillance d’un esprit : ils sont la résultante de la mise en pratique d’idées fausses.

Dans le cas de l’Holocauste, ces idées sont le national-socialisme qui, en exaltant le collectif de la race, réduit l’individu au statut d’utilité, de rouage, de variable disponible ; d’ennemi mortel quand il relève d’un autre groupe ou qu’il cultive sa propre individualité (le bourgeois, qu’Hitler exécrait autant que Marx, souvent dans les mêmes termes !). Loin d’être le fruit maudit de la civilisation occidentale, le national-socialisme en est la négation absolue, en valeurs comme en théorie.

Éviter les analogies douteuses

Nous avons le devoir de respecter la singularité de ces crimes, en nous préservant d’analogies douteuses. Quand, de nos jours, une certaine gauche qualifie de rafles des opérations de police visant à contrôler des personnes en séjour illégal sur le territoire européen, elle convoque de façon perfide les fantômes du passé.

Car s’il est vrai qu’historiquement le mot rafle existait avant les Nazis et Vichy, il ne l’est pas moins que les rafles de Juifs par les Nazis ont si cruellement stigmatisé notre histoire que toute utilisation du mot “rafle”, en français, mobilise nécessairement le spectre sordide de ce régime.

Cet amalgame fait injure à nos forces de l’ordre — assimilées du fait même à des SS, à ces Einsatzgruppen avides de meurtre qui écumaient les campagnes — il est une injure aux enfants, aux hommes et aux femmes gazés par les nazis, abattus d’une balle dans la nuque, torturés, néantisés dans leur humanité parce que Juifs. Le but, l’objet même, de la rafle nazie était le meurtre.

Les justes

De même, le fait de qualifier de “justes” les personnes qui hébergent des migrants en situation illégale. Les Justes furent reconnus comme tels par Israël pour avoir caché des Juifs pendant la guerre.

Ces justes — ils l’étaient, infiniment, et courageux au sens vrai de ce terme ! — quand on les arrêtait, étaient torturés, déportés vers des camps d’extermination, quand ils n’étaient pas exécutés sur place, souvent avec des membres de leur famille. Là encore, la comparaison n’est pas seulement fausse, elle est impardonnable.

Nous sommes tous Juifs, parce que l’Holocauste hante notre histoire et nous impose un devoir de mémoire à l’égard de ses victimes.

 

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  • L’article martèle inlassablement le terme « illégal » (« personnes en séjour illégal », « migrants en situation illégale ») en faisant semblant de ne pas comprendre qu’être un honnête individu n’a rien à voir avec le fait d’agir légalement ou illégalement. Etre un honnête individu c’est agir légitimement (ne pas agresser autrui, ne pas voler ou frauder autrui, respecter la liberté et la propriété privée d’autrui…)

    Le libéralisme vise, d’une part, à défendre tous les honnêtes individus sans exception, que ceux-ci agissent légalement ou illégalement. Le libéralisme vise, d’autre part, à combattre tous les dangereux crimminels sans exception, que ceux-ci agissent légalement ou illégalement. Le libéralisme ne consiste absoluemment pas à combattre des honnêtes individus sous prétexte qu’ils agissent illégalement, ou à défendre des dangereux crimminels sous prétexte qu’ils agissent légalement.

    Il existe des dangereux crimminels parmi les « migrants en situation illégale », et des honnêtes individus parmi les forces de l’ordre et les citoyens français. Cependant l’inverse est tout aussi vrai : il existe des honnêtes individus parmi les « migrants en situation illégale », et des dangereux crimminels parmi les forces de l’ordre et les citoyens français.

    L’article prétend s’opposer à « une certaine gauche », cependant, du fait qu’il ne prend pas en compte toutes les petites nuances evoquées plus haut, il se révèle au final nuisible au libéralisme, or tout ce qui est nuisible au libéralisme profite à « une certaine gauche. »

    • C’est nous tous, en commun, via nos représentants démocratiquement élus, qui définissons ce qui est légal ou illégal. Ce que vous jugez légitime risque fort de ne l’être que par vous (aux yeux des Blacks blocs, la casse est certainement légitime).
      Si les mots ont un sens, un « criminel » (avec un seul « m ») agit nécessairement illégalement. Sinon, ce n’est pas un criminel.

      • Bonjour,

        Mensonges! Nous ne décidons de rien du tout, via nos représentant désigné par les média selon leur niveau de copinage et de financement. Par contre vous avez parfaitement raisons en jouant sur les mots. Commando dois se résoudre a mélanger droit et moral pour tenir son propos.

        ++

  • Très juste les nazis et Hitler n’ont rien inventé: la supériorité de la race blanche et arienne c’est Arthur Gobineau, celui qui inventa le mythe que les germains seraient les Aryens Gustaf Kossinna, l’eugénisme c’est le cousin de Charles Darwin: Francis Galton. Hitler a mélangé cela avec l’antisémitisme très largement répandu à son époque.
    En fait les Aryens vivent en Iran, très loin de l’Allemagne. Le fameux roi Perse Xerxès qui envahi la Grèce avait pour titulature: fils d’un Persan, Aryen, de souche aryenne.

  • Dans les pays de l’est, en Pologne, c’est toute la famille qui était fusillée. Ce pays est pourtant, malgré l’antisémitisme qu’on lui prête injustement, celui qui a le plus grand nombre de justes: 6532 de répertoriés, suivi des Pays Bas: 5413, et de la France 4042.

  • « Nous sommes tous Juifs, parce que l’Holocauste hante notre histoire et nous impose un devoir de mémoire à l’égard de ses victimes. »
    Et j’ajouterai, ne pas reproduire sur d’autres, même un peu, les exactions commises sur eux par le passé, être exemplaire quoiqu’il arrive en terme de droit de l’homme et de liberté.
    Quand on voit l’attitude de certains colons en Israël, soutenus par une majorité politique, j’ai quelques doutes là dessus.

  • Merci de ce texte qui est ferme sans être excessif : pas un mot à retrancher.

  • On ne peut demander de la décence à la gauche, dont la spécialité est justement la calomnie, la diffamation et l’imposture!

  • même si je condamne les horreurs de l’Allemagne sur les juifs je trouve l’article hors de propos..non nous ne sommes pas tous juifs, non nous ne sommes pas tous Charlie et non nous ne sommes tous pas attristés quand Johnny ou d’autres « stars » meurent ..chacun ses croyances,chacun sa religion et surtout chacun ses idées.

    • C’est surtout que les exhortations mémorielles ont bien peu de valeur pédagogique, voire aucune, et ne rendent pas le futur plus désirable et embaumé de roses. Le passé doit nous aider à choisir ce que nous voulons être, mais beaucoup, hélas, une fois le « devoir de mémoire » effectué, s’estiment quittes et dispensés de faire et d’assumer ce choix.

      • la repentance c’est légion en France,on nous la sert à toutes les sauces et leurs seuls buts sont de faire mousser certains politiques et les conforter dans leurs idées nauséabondes de promouvoir des lois qui vont restreindre les libertés de chacun par la suite..

  • Les commentaires sont fermés.

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