La tragédie du libre accès illustrée par une petite histoire

Figues by Shumpei Sano(CC BY-NC-ND 2.0)

Une petite histoire pour illustrer le principe selon lequel le libre accès à une ressource limitée ne peut aboutir qu’aux conflits et à la ruine.

Par Max Falque.

Le 24 janvier 2018 sur la radio locale France Vaucluse, le maire de Grambois1, commune de 1200 habitants située dans le Lubéron expliquait qu’il avait créé un jardin fruitier communal auquel tout le monde a un accès, cela étant conforme au principe du « bien commun » (désormais prêché urbi et orbi et ad nauseam).

Ce maire expliquait fièrement qu’une de ses administrées était désolée de ne pas avoir pu déguster les figues délicieuses qui faisaient son régal les autres années car elles avaient toutes été cueillies.

Poursuivant son chemin ce bon maire est abordé par une dame qui le remercie chaleureusement d’avoir pu faire d’importantes conserves de figues grâce au verger communal.

Le maire semblait ravi de son action et se proposait probablement d’agrandir le verger communal… et éventuellement sa popularité.

À échelle réduite, cela illustre parfaitement la fameuse Tragedy of the commons de Garrett Hardin et on peut sans risque conjecturer que le choix du maire à l’avenir sera de limiter l’accès par une réglementation et recruter un « agent de gestion du bien commun » pour éviter les conflits qui ne manqueront pas entre ayants-droit et préservation de la récolte.

À terme, très probablement, le verger sera abandonné et vendu à un agriculteur qui en interdira le libre accès et vendra ses fruits. Une autre solution serait une gestion en bien commun du type de celle préconisée par Elinor Ostrom.

Cette historiette sympathique, et sans conséquence sérieuse, illustre le principe selon lequel le libre accès à une ressource limitée, en l’occurrence des figues, ne peut aboutir qu’à la ruine et aux conflits.

  1. Grambois est une commune française située dans le département du Vaucluse, en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Située à l’est du Parc naturel régional du Lubéron, accrochée à un coteau escarpé dominant la vallée de l’Èze, cette commune a su conserver son caractère en se préservant des constructions modernes. Ses ruelles en « calade » et sa fontaine centrale, typiquement provençale, ont séduit le cinéaste Yves Robert qui a tourné plusieurs scènes de son film La Gloire de mon père (1990) tiré du célèbre roman éponyme de Marcel Pagnol (la partie de boules et le retour de la fameuse chasse aux bartavelles) ; le village est aussi cité dans les œuvres de Jean Giono (source Wikipedia).