La tragédie du libre accès illustrée par une petite histoire

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Figues by Shumpei Sano(CC BY-NC-ND 2.0)

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La tragédie du libre accès illustrée par une petite histoire

Publié le 15 avril 2018
- A +

Par Max Falque.

Le 24 janvier 2018 sur la radio locale France Vaucluse, le maire de Grambois1, commune de 1200 habitants située dans le Lubéron expliquait qu’il avait créé un jardin fruitier communal auquel tout le monde a un accès, cela étant conforme au principe du « bien commun » (désormais prêché urbi et orbi et ad nauseam).

Ce maire expliquait fièrement qu’une de ses administrées était désolée de ne pas avoir pu déguster les figues délicieuses qui faisaient son régal les autres années car elles avaient toutes été cueillies.

Poursuivant son chemin ce bon maire est abordé par une dame qui le remercie chaleureusement d’avoir pu faire d’importantes conserves de figues grâce au verger communal.

Le maire semblait ravi de son action et se proposait probablement d’agrandir le verger communal… et éventuellement sa popularité.

À échelle réduite, cela illustre parfaitement la fameuse Tragedy of the commons de Garrett Hardin et on peut sans risque conjecturer que le choix du maire à l’avenir sera de limiter l’accès par une réglementation et recruter un « agent de gestion du bien commun » pour éviter les conflits qui ne manqueront pas entre ayants-droit et préservation de la récolte.

À terme, très probablement, le verger sera abandonné et vendu à un agriculteur qui en interdira le libre accès et vendra ses fruits. Une autre solution serait une gestion en bien commun du type de celle préconisée par Elinor Ostrom.

Cette historiette sympathique, et sans conséquence sérieuse, illustre le principe selon lequel le libre accès à une ressource limitée, en l’occurrence des figues, ne peut aboutir qu’à la ruine et aux conflits.

  1. Grambois est une commune française située dans le département du Vaucluse, en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Située à l’est du Parc naturel régional du Lubéron, accrochée à un coteau escarpé dominant la vallée de l’Èze, cette commune a su conserver son caractère en se préservant des constructions modernes. Ses ruelles en « calade » et sa fontaine centrale, typiquement provençale, ont séduit le cinéaste Yves Robert qui a tourné plusieurs scènes de son film La Gloire de mon père (1990) tiré du célèbre roman éponyme de Marcel Pagnol (la partie de boules et le retour de la fameuse chasse aux bartavelles) ; le village est aussi cité dans les œuvres de Jean Giono (source Wikipedia).
Voir les commentaires (8)

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Créer un compte Tous les commentaires (8)
  • Un peut court pour un sujet très intéressant. En fait, dans le cas du verger les choses ne se passeraient pas comme ça. L’article suggère que l’on aboutit à une simple inégalité de la recette. En fait on aboutirait probablement à une recette nulle. En effet, si tout le monde sait que le verger est commun, tout le monde surveillera la. maturité des fruits. pour ne pas risquer de ne rien avoir,. Chaque individu sera incité à cueillir les fruits très tôt, avant que les autres les prélèvent. La théorie des jeux nous dit donc que personne n’aura de fruits mûrs.
    Sauf bien sûr à placer un policier municipal chargé de surveiller le verger et une administration pour faire la répartition… Tient tient, les communs aboutiraient-ils à un régime policier ? CQFD.

  • sans compter que le premier qui cueille les figues « gratuites » peut les revendre sur le marché…

    • Jean Roule Du Cable
      15 avril 2018 at 19 h 04 min

      Ce que ne dit pas l’histoire, c’est que des produits en libre accès ont tendance à faire baisser le prix de marché, voire à modifier la nature même du marché parfois jusqu’à le faire disparaître (musique en streaming/CD ; wikipedia/encyclopédie papier ; smartphone/GPS ; …).

      • Les exemples que vous citez sont biaisés : ils correspondent à des ressources illimitées.
        Ce sont des biens virtuels. Chaque « échange » se fait en fait par copie, sans que l’original n’est pas détruit dans le processus.

        Contrairement au verger de ce cher village, une fois les figues récoltées elles sont supprimées de l’arbre.

  • et j’ai planté un figuier et deux pêchers comme ça…les laissant libres..
    récoltés en effet avant maturité et en totalité par un zig qui les surveille.

  • Jean Roule Du Cable
    15 avril 2018 at 19 h 06 min

    Toute la difficulté, et cela limite considérablement la portée de cette fable, est de déterminer si la ressource est limitée, ou encore de savoir si le modèle est generalisable…

  • Les commentaires sont fermés.

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