La nation, fétiche politique introuvable

Comment se fait-il que beaucoup de Français croient en la Nation de la même manière qu’ils croyaient au Père Noël quant ils étaient dans leur prime enfance ? La question se pose au moment de rétablir le service national…

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La nation, fétiche politique introuvable

Publié le 21 février 2018
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Par Bertrand Lemennicier.

La question de la préservation de l’unité de la Nation grâce au service militaire n’est pas propre au Président de la République actuel. En 2015, suite aux attentats, un groupe de députés de droite a proposé de rétablir un service national obligatoire.

Xavier Bertrand, et d’autres députés avec lui, ont proposé une loi le 8 avril 2015 visant à instaurer un nouveau service national obligatoire. L’exposé des motifs, ci-dessous, est très clair quant aux objectifs poursuivis et mérite un arrêt sur image :

Le sentiment d’appartenance à la Nation française s’est délité, et avec lui, la perte des valeurs et des repères qui font la République. Les actes de terrorisme qui ont si durement touché notre pays ont montré entre autres qu’il y avait une faillite dans la manière dont se bâtit la cohésion de notre société. Les causes de cette dérive sont multiples, et les plus exposées sont les nouvelles générations.

Plusieurs réponses existent, en matière de sécurité bien sûr, en matière d’éducation, mais aussi en matière de citoyenneté. Et il apparaît qu’il n’y a plus de moment obligé, dans la vie de tout citoyen où le service de la Nation devient une réalité concrète, depuis la disparition du service militaire en 1997. Celle-ci répondait à l’époque à un enjeu simple : la professionnalisation des armées. Mais l’intérêt qu’il y avait pour les jeunes citoyens à trouver une forme d’engagement au service de leur pays et de leurs concitoyens a été sous-estimé.

Face à ce constat, il faut rétablir un temps dans la vie de chaque jeune Français où celui-ci se voit rappeler ses droits et ses devoirs vis-à-vis de son pays ; un moment de creuset national qui permette de dépasser les appartenances sociales, culturelles ou religieuses ; un moment de partage républicain.

C’est pourquoi nous proposons l’établissement d’un service national obligatoire :

  • un service d’une durée d’au moins 3 mois, pour permettre à la fois un temps d’apprentissage des droits et de devoirs du citoyens, la détection de l’illettrisme pour retrouver le sens de la vie en communauté nationale, pour accomplir des missions d’intérêt général dans la sphère publique ou associative ;
  • national, parce qu’il doit concerner chaque jeune Français, sans distinction de genre, de classe ou d’origine ;
  • obligatoire, parce que l’appartenance à la Nation n’est pas une option, et que l’intérêt national doit justement retrouver une valeur supérieure par rapport aux contraintes personnelles.

La dernière phrase est symbolique « l’appartenance à la Nation n’est pas une option ».

L’illusion de la Nation

La principale illusion qui fausse le jugement de nos députés vient du mot Nation qui est un concept sans contrepartie dans la réalité. La France, l’État, Dieu ou la Nation  sont des constructions intellectuelles, des abstractions, qui ne prennent une existence que dans notre esprit.

On rencontre des gens qui parlent au nom de la France, de l’État, de la Nation ou de Dieu, mais nous n’avons jamais rencontré Dieu, ni la France et encore moins la Nation ou l’État.

Ce ne sont pas des personnes, et les personnes qui parlent au nom de ces abstractions n’ont aucune autorité morale ou intellectuelle pour le faire et encore moins pour imposer, par « la force de la loi », aux autres leurs conceptions intellectuelles du vivre-ensemble.

Prenons l’exemple du terme « la France » pour expliquer simplement pourquoi le mot France est une représentation de quelque chose qui n’existe pas et rend opaque la vérité sous-jacente à ce concept.

La personnification de la France

[…] Mesdames et Messieurs, la France est fière de l’action de ses soldats en Afghanistan parce que les soldats français servent une cause juste, celle de la paix et de la dignité humaine.

Nous avons extrait cette phrase du discours du Président de la République le 12 juin 2008 lors d’une visite à Kaboul. Il parle de la France comme s’il s’agissait d’une personne. Il en parle comme si lui-même incarnait la France. Mais le Président n’est pas la France, au mieux il représente, via un mandat électif, une faction politique, la plupart du temps minoritaire, des Français.

Cette façon de procéder cache la vérité sur la réalité de la concentration du pouvoir dans une seule main. Elle fait oublier que le Président de la République française peut déclarer la guerre ou envoyer des troupes sans l’aval du parlement. Ce pouvoir de disposer des armées est même constitutionnel. Il peut en user ou abuser comme bon lui semble.

Le Président Jacques Chirac refuse d’engager les armées françaises dans la coalition internationale contre Saddam Hussein et le Président François Hollande engage celle-ci unilatéralement pour sauver le pouvoir de son ami, camarade de promotion à l’ENA, Président du Mali avec lequel des accords spéciaux de coopération militaire ont été passés pour dégager l’armée française de toute responsabilité sur des tiers innocents lors de ses interventions militaires.

Que ces engagements de l’armée française le soient pour une cause juste ou non n’est pas la motivation principale de la projection des forces françaises dans le monde.

La personne comme contrainte unanime

Cette pratique de la personnification est particulièrement dangereuse car elle use du concept de personne, pourtant si difficile à définir, comme un moyen de nous faire tous adhérer à des actions que pris individuellement nous refuserions ou nous désapprouverions. Déjà, en 1848, Frédéric Bastiat1, dans son pamphlet contre l’État, soulignait la dangerosité de cette pratique :

Je prétends que cette personnification de l’État a été dans le passé et sera dans l’avenir une source féconde de calamités et de révolutions.

Cette réflexion de Frédéric Bastiat sur l’État2, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, a été prémonitoire quand on pense aux massacres perpétrés par les États-nation sur leurs propres citoyens au XXe siècle3.

L’historien Parker Thomas. Moon (1936)4 de l’université de Columbia a explicité, il y a longtemps, cet argument lorsqu’il a écrit sur l’impérialisme des États au XIXe siècle.

Le langage rend souvent opaque la vérité. Plus souvent qu’on le croit, nos yeux sont aveugles aux phénomènes des relations internationales par de simples artifices de la langue. Quand quelqu’un utilise la monosyllabe France, il pense la France comme une unité, une entité. Quand il s’agit d’éviter une répétition, nous utilisons un pronom personnel en nous référant au pays : quand par exemple nous disons « la France a envoyé ses troupes pour conquérir la Tunisie », nous imputons non seulement l’unité mais aussi la personnalité au pays. Les mots mêmes cachent les phénomènes et font des relations internationales un drame glorieux dans lequel des nations personnalisées sont des acteurs, et on oublie trop facilement la chair et le sang des hommes et des femmes qui sont les véritables acteurs. Combien cela serait différent si l’on n’avait pas de mot tel que la « France », et si on devait dire au lieu « 38 millions d’hommes, de femmes et d’enfants aux intérêts et aux croyances les plus divers, habitant un territoire de 218 000 miles au carré » ! Alors on devrait décrire plus précisément l’expédition de Tunis de la façon suivante : « un petit nombre des 38 millions de personnes ont envoyé 30 000 autres personnes pour conquérir Tunis ». Cette façon d’écrire suggère une question, ou plutôt une série de questions. Qui est le petit nombre ? Pourquoi envoie-t-il 30 000 personnes à Tunis ? Et pourquoi obéissent-ils ?

On peut, par analogie, reprendre l’argument de Moon à propos de l’intervention française au Mali. Si nous n’avions pas de mot tel que « la France », alors on pourrait décrire plus correctement l’intervention militaire française comme suit : une petite poignée d’hommes, les membres du gouvernement, a envoyé un corps expéditionnaire composé de milliers d’hommes dans ce pays. Cette manière de poser les faits suggère des questions différentes.

L’exemple du Mali

Qui est la poignée d’hommes ? Des militaires, des hommes politiques, une coalition d’hommes politiques de différents pays ? Eux-mêmes agissent-ils comme des mandataires ? Et qui sont les mandants, des citoyens, des factions politiques ou des groupes de pression ? Pourquoi a-t-on envoyé un corps expéditionnaire composé de milliers d’hommes ? Pourquoi ces derniers obéissent-ils à cette poignée d’hommes ?

Ce sont, en fait, ces milliers d’hommes qui sont les acteurs et qui vont agir sur le terrain. Les autres n’ont fait que commanditer ces actions. Par quel mystère obéissent-ils ? Pour la solde et les primes ou l’avancement de leur carrière, par goût d’aventure, parce qu’ils ont pris l’habitude d’obéir au supérieur hiérarchique ?

Par fraternité de combat, comme l’ont fait leurs aînés qui, à la chute de Dien Bien Phu, se portent volontaires pour sauter sur le camp retranché sachant qu’ils vont mourir avec leur frère d’armes ? Est-ce que faire la guerre pour une cause juste est juste5 ? Pourquoi « faire la paix » serait une cause juste ? D’ailleurs quelle paix ? Qu’est-ce que la dignité humaine ? Paix, Cause juste, dignité humaine sont des mots, des abstractions, qui prennent corps dans la réalité sociale, politique et économique par le fait même de nos actions guidées par ces croyances intériorisées dans nos esprits.

Le concept de nation

Il en va de même avec le concept de nation. Ernest Renan (1882)6 est fameux pour avoir donné une définition de la nation que nous reprenons ici pour l’analyser :

Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. (p.33 Renan op.cit.)

Ou encore :

Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L’existence d’une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de la vie. (p.34 Renan op.cit.)

Renan est on ne peut plus clair quant à l’usage d’une métaphore tirée d’un organicisme affiché. Il traite le concept de nation comme si celle-ci était une personne. Les mots solidarité, sentiment de sacrifice, de consentement, de désir de continuer la vie commune s’appliquent à des êtres humains, mais la nation n’est pas un être humain.

Un agrégat d’êtres humains

Elle est simplement un agrégat d’êtres humains. Comment un groupe en tant que groupe peut-il agir ? Quel peut être le comportement propre d’un groupe, si ce n’est le comportement des membres qui composent ce groupe ? Comment une société peut-elle avoir des valeurs ou des préférences indépendamment des membres qui la constituent ? Elle n’en a pas.

Ce dont on parle sont nécessairement les valeurs et préférences de certains de ses membres. Pourquoi devrait-on adopter leurs valeurs et préférences ? Elles ne sont pas supérieures à d’autres préférences ou valeurs morales. En quoi devraient-elles être imposées à tous ? Pour cela il faut démontrer que ces valeurs sont « objectivement » supérieures aux autres.

Or on ne le peut pas. La seule chose que l’on puisse faire c’est de trouver un moyen  pour que chacun puisse conduire sa vie avec ses valeurs et préférences sans empêcher les autres de faire de même grâce à un État de droit. Comment des députés, surdiplômés, sont-ils amenés à croire au concept de Nation et à imposer par la force ce concept comme eux le pensent ?

L’origine de l’illusion

Comment se fait-il qu’ils croient en la Nation et avec eux une grande partie de la population de la même manière qu’ils croyaient au Père Noël quant ils étaient dans leur prime enfance ? Ce n’est pas par hasard qu’ils y croient. Le mécanisme est bien connu à la fois des sociologues, des politologues et des économistes. Le raisonnement est le suivant.

Tous les faits sociaux, économiques ou politiques résultent, par définition, des actions humaines. C’est ce qui différencie les sciences sociales des sciences de la nature. Or, le caractère subjectif des données en sciences sociales est essentiel à la compréhension des phénomènes économiques et sociaux. Le Prix Nobel d’économie Friedrich Von Hayek (1953)7 écrit :

La plupart des objets de l’action humaine ou sociale ne sont pas des « faits objectifs » au sens spécial et étroit où ce terme est utilisé par les sciences et opposé aux « opinions » ; ils ne peuvent en aucune manière se définir en termes physiques. Pour ce qui est des actions humaines, les choses sont ce que les gens qui agissent pensent qu’elles sont.

Si les gens croient à l’existence d’une Nation ou de l’État, alors qu’il s’agit d’abstractions et donc de non existants, comment ces concepts prennent-ils corps dans la réalité sociale ? Le sujet humain croît à ces non existants « simplement parce que c’est ce qu’on croit autour de lui ; ce qu’on lui a appris. Il est, ici, effectivement sujet à l’illusion : il croit, à tort, que ce qu’il croit est objectivement fondé8 » ?

Or, la nation est ce que les gens qui agissent pensent qu’elle est. C’est de cette fausse conscience dont les individus sont victimes et qui offre aux hommes politiques une occasion d’exploiter cette croyance pour mettre en avant le sentiment national et exiger des sacrifices dont ils toucheront les bénéfices électoraux conjointement avec les factions qui les soutiennent.

La mystique de la Nation

Quand John Kennedy se présente à la Présidence en 1960, il affirme :

Vous qui, comme moi, êtes Américains, ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays.

Il utilise alors cette mystique de la Nation (ou du pays), un non existant, pour que l’on sacrifie nos vies à ses ambitions politiques, car on ne peut sacrifier nos vies à une abstraction qui n’a pas d’existence en soi. En conséquence, la seule réalité qu’il y a derrière cette phrase est que l’on sacrifie sa vie ou ses ressources au profit de celui qui parle au nom de la Nation (ou du pays).

C’est ce qu’ont toujours fait les « croyants » contrairement aux mécréants. Ils sacrifient leur vie à des gens qui parlent au nom de leur Dieu, entité dont ils ne peuvent prouver « l’existence », mais qui leur font miroiter un paradis dans l’au-delà.

Les hommes politiques ne sont pas différents des curés, rabbins, imams et autres cadres des diverses religions qui se sont développées de par le monde depuis des siècles à une exception, au lieu du Paradis dans l’au-delà, ils promettent le paradis sur terre à certains individus au détriment d’autres individus. Ce qui peut expliquer la forte résilience des religions encore aujourd’hui dans notre monde contemporain.

Le mot solidarité est aussi une abstraction vide de sens si on ne précise avec qui on est solidaire. On ne peut être solidaire de quelqu’un que l’on ne connaît pas ou qui peut être un criminel.

Le sentiment de sacrifice nécessite de dire quels sont ces sacrifices dont on parle et pour qui on les fait : la mort, le sacrifice suprême, ce dont se targuent les militaires, l’impôt, ce dont les contribuables se plaignent devant l’usage que les hommes politiques en font ? Qui les supportent et qui ne les supportent pas, à qui profitent-ils ?

Le mythe du consentement

Le consentement, là encore, n’est pas un fait tangible et ne peut être confondu avec l’obéissance civile induite par la peur ou sa menace, ni avec l’abstention lors d’un vote. Un désir clairement exprimé ne peut être déduit de l’abstention d’agir, mais d’une action affirmant le non consentement.

Les hommes d’État reconnaissent eux-mêmes ce principe puisqu’ils exigent une preuve de non consentement quand il s’agit de prélever un organe à la transplantation en niant les droits de propriété de chaque individu sur lui-même.

L’évasion fiscale exprime un désaccord avec le poids de la spoliation légale et l’usage qui peut être fait par les bénéficiaires de ce transfert. Les individus qui prennent les armes et entrent en rébellion contre la faction politique au pouvoir, ou contre la pression sociale exercée par leurs contemporains, révèlent le désir de cesser la vie commune par la partition ou sécession du territoire dans lequel ils résident.

On retrouve des a priori subjectifs dans la vision de Renan et de tous ceux qui adhèrent à sa conception de la Nation. Que veut dire, par exemple, la phrase : « la possession en commun d’un riche legs de souvenirs » ?

Renan présuppose, par le mot « riche », que ces souvenirs sont de bons souvenirs partagés par tous. Mais ces souvenirs peuvent être particulièrement désagréables pour beaucoup de membres composant la société. En particulier, on ne peut pas déduire de la conscription militaire, du service universel obligatoire (futur camp de rééducation à l’idéologie républicaine qui nous rappelle la même motivation des camps de rééducation dans les États ex communistes ou celle de la rééducation des conducteurs ayant perdu leurs points sur leur permis de conduire) ou du service de travail obligatoire (peine réservée aux petits délinquants ou bien à une classe d’âge sous le gouvernement de Vichy pour travailler dans les usines allemandes) que ces activités amènent de bons souvenirs du fait même de l’aspect non volontaire de l’engagement de l’individu qui le subit. En effet, les coûts d’opportunité de cette conscription sont supportés par le conscrit et les bénéfices sont saisis par des tiers n’en supportant pas les coûts.

Conflits et exploitations

Cette dissociation entre coûts et bénéfices est une source fondamentale de conflits et d’exploitation d’un groupe par un autre. Évoquer l’unité nationale ne change rien à la réalité de cette externalité négative imposée par le pouvoir politique. Ce cynisme tranquille de la part des hommes politiques qui considèrent comme naturelle une conduite contraire à la morale la plus élémentaire laisse pantois l’observateur.

Par ailleurs, cette définition de la Nation par Renan est aussi applicable à tout groupe humain y compris à la cellule la plus petite : celle de la famille. Ce qui nuit à sa généralisation. Elle peut s’élargir à la commune où l’on vit. Mais au-delà qu’en est-il ?

Pourquoi un Parisien aurait-il en commun avec un Marseillais un riche legs de souvenirs s’il vit à Paris et non à Marseille ? Quel désir avons-nous de vivre ensemble avec des amish, des musulmans, des protestants, des catholiques ou des bouddhistes sans parler des socialistes et autres partageux ?

Comment les individus expriment-ils leur consentement à vivre avec les autres sinon en choisissant librement de vivre avec des gens qui leur ressemblent ?

La ségrégation spatiale, ethnique et religieuse en résulte, au grand désespoir des tenants de la mixité sociale. De la ségrégation spatiale à la sécession il n’y a qu’un pas.

Or, les hommes de l’État abhorrent la sécession car leur base fiscale se réduit drastiquement et donc leur pouvoir d’oppression avec elle. C’est sans doute de cette perte de pouvoir dont ont peur nos élus car l’émiettement des nations et leur fragmentation est la menace essentielle à l’unité de la nation, cette fiction qui leur permet, croient-ils, de compter sur l’obéissance civile du plus grand nombre au pouvoir.

Le besoin de groupe

On ne peut nier le besoin qu’ont les individus d’appartenir à un groupe (celui des homosexuels), à un clan (celui des Siciliens), à un club de football (celui de Marseille), à une société de pensée secrète (celle de la Franc-maçonnerie), ou au contraire transparente (celle du Mont Pèlerin), à des communautés (juive, musulmane, corse, bretonne) ou encore à des corps professionnels (les militaires, les enseignants, les compagnons de Lyon ou de Paris, les confréries vinicoles) ou une association d’usagers (les contribuables associés) ou charitable (Le Rotary Club).

Les services rendus par ces groupes sont éminents : réputation, entraide en cas de difficulté, information privilégiée, recrutement pour un emploi, avancement dans la carrière professionnelle, réseau d’influence sur l’opinion, groupe de pression auprès des pouvoirs publics etc. Tous ces groupes répondent à la définition de notre auteur.

Il ne faut pas non plus se méprendre sur le sentiment d’appartenance. On n’appartient pas à une nation ni à un territoire, ni à un État, qui sont des non existants sans aliéner son libre arbitre et sa condition d’être humain en tant qu’être humain.

Un territoire nous appartient au sens où des droits de propriété sont parfaitement définis sur les terres qui le constituent et dont on peut exclure autrui. On est propriétaire de son territoire et copropriétaire des parties communes à un ensemble de territoires adjacents parce qu’ils sont tangibles même si les services qu’ils rendent sont subjectifs.

Mais que veut dire être propriétaire d’une Nation c’est-à-dire d’un agrégat d’individus, s’il n’est pas incorporé dans un territoire et si l’esclavage privé ou publique est exclu ? Cela ne veut rien dire.

Toute cette discussion autour de ces concepts n’intéresse pas normalement les hommes au pouvoir tant que l’on obéit servilement aux ordres et lois qu’ils passent et que l’on accepte de sacrifier pour eux nos vies (conscription) et nos revenus (impôts).

En revanche, dès qu’ils sentent une montée de la désobéissance civile, un scepticisme sur leur capacité à offrir le paradis sur Terre à quelques élus de l’ascenseur social, ils s’inquiètent et commencent leur propagande autour du concept de Nation.

Ce qui prouve a contrario que l’émiettement du sentiment national et la fragmentation des États Nations a pris corps dans la réalité sociale par nos actions « d’incroyants » en la Nation et qu’ils essaient d’endiguer un mouvement qu’ils ne maîtrisent plus, ce qui en soi n’est pas une mauvaise nouvelle pour tous ceux qui aspirent à une alternative aux États-nations d’aujourd’hui.

N’oublions pas que ces États-nations utilisent toujours le sentiment national comme levier émotif pour nous faire accepter l’inacceptable : la violation de nos droits « naturels et imprescriptibles que sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression » (Article 2 de la déclaration des droits de l’homme de 1789 au préambule de la Constitution de la Cinquième République).

Sur le web

  1. Frédéric Bastiat, 1848, « L’État » Journal des Débats, numéro du 25 septembre.
  2. Une erreur semblable est souvent commise à propos du marché. Taxer le marché d’impersonnel ou parler de la moralité du marché ou traiter le capitalisme de sauvage n’a pas de sens. Le marché n’étant pas une personne consciente, il ne peut donc qu’être impersonnel.

    Les capitalistes sont peut-être des sauvages, mais le capitalisme ne peut pas l’être. Les ouvriers se plaignent souvent que le marché ne leur accorde pas les salaires qu’ils méritent. Si le marché ne paie pas assez les ouvriers, la réalité concrète dont se plaignent ces ouvriers, c’est que les employeurs Jean ou Sophie ne sont pas prêts à payer la somme qu’ils demandent. Ainsi Le prix Nobel d’économie J.Stiglitz écrit :

    Les économies de marché ne sont pas capables de s’autoréguler. Elles sont soumises à des chocs qui échappent à leur contrôle. Il leur arrive de perdre la tête et de paniquer, de passer de l’exubérance au pessimisme irrationnel, de virer à l’escroquerie, de prendre des risques tels qu’ils relèvent presque du pari, et les coûts des erreurs et des méfaits sont très souvent supportés par l’ensemble de la société.

    Il est possible que certains capitalistes perdent la tête, mais une économie de marché n’a pas de conscience individuelle et ne peut donc perdre la tête. Stiglitz commet une faute de raisonnement en prêtant à un non-existant « une économie de marché » un comportement propre à des humains.

    Ce sont les êtres humains qui échangent et qui constituent par leurs actions une économie de marché, qui peuvent avoir de tels comportements pris individuellement mais pas le groupe lui-même qui n’agit pas en tant que tel.

    Stiglitz fait un sophisme classique de généralisation hâtive en inférant du comportement de quelques capitalistes que le groupe entier se comporte de la même manière que ces personnages exubérants et irrationnels.

    Or, c’est cela qu’il faut démontrer. D’ailleurs, à la fin de sa phrase, notre Prix Nobel contredit son propre argument puisqu’il affirme que le coût des erreurs et des méfaits (sans doute de quelques capitalistes) sont très souvent supportés par les autres membres de la société.

    La question est donc : comment se fait-il que les autres membres de la société puissent supporter le coût des erreurs ou des méfaits commis par d’autres ? Habituellement cela relève du droit de la responsabilité civile.

  3. Rudolph Rummel, 1994, Death by Government, New Brunswick, Translation Publisher. Au XXe siècle, sur l’ensemble du monde, plus de 4 milliards de personnes sont décédées. Toutes causes confondues, les hommes d’État sont responsables, par l’usage de la violence politique, de la mort de 185 millions de personnes dans le siècle, soit un taux de mortalité de 462,5/100 000, la mortalité sur les routes en France est inférieure à 5/100 000. Vous remarquerez le paradoxe des hommes politiques qui justifient très souvent la mortalité de grande ampleur (l’avortement et les guerres) et s’efforcent par tous les moyens de réduire la petite mortalité (celle sur les routes, celle dues au tabac ou l’alcool.).
  4. Parker Thomas Moon1936, Imperialism and World Politics, New York, Macmillan.
  5. Bertrand Lemennicier, 2006 « La notion de guerre juste » dans L’homme libre, Mélanges en l’honneur de Pascal Salin, Édition les Belles Lettres.
  6. Ernest Renan, 1882, Qu’est-ce qu’une Nation ? Conférence à la Sorbonne du 11 mars 1882 parue le 26 mars 1882 dans le bulletin hebdomadaire de l’Association scientifique de France.
  7. Friedrich Von Hayek (1953), Scientisme et sciences sociales, Essai sur le mauvais usage de la raison. Traduit de l’anglais par Raymond Barre, Paris Plon, Chapitre 3.
  8. Pour reprendre une interprétation du culturalisme par Raymond Boudon (2004), Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme, Odile Jacob, Paris. P. 66.
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  • Pour moi la nation serait l’âme de l’Etat : les humains finissent par se regrouper + ou – volontairement au sein d’une entité étatique, si c’est une construction abstraite elle est tout de même en relation étroite avec le monde réel ne serait-ce que par la continuité géographique. La division et la concurrence, phénomènes naturels, s’y opposent et la nation devient la justification du domaine de l’esprit pour conforter la cohésion sociale. En gros c’est le marketing du produit.

    • La constitution des état s’est toujours fait par la force.

    • Avez-vous lu l’article ? Vous ne répondez pas aux arguments qui y sont développés. Que signifie : « La division et la concurrence, phénomènes naturels, s’y opposent et la nation devient la justification du domaine de l’esprit pour conforter la cohésion sociale. En gros c’est le marketing du produit. » ? La division s’oppose-t-elle à la concurrence ? De l’esprit de qui ? De quelle cohésion sociale ? De quel marketing de quel produit ?

  • Quel article passionnant! A lire plusieurs fois et à approfondir pour en dégager toute la richesse. Merci.

  • Merci pour cet article qui manquait à Contrepoints.

  • à la longue liste des mythes constitutifs de l’état il y a également le bien commun.

  • « La France fait la guerre », « La France fait la paix »: ces formules évoquent une personnalité morale souveraine du droit international. Cette dernière repose sur une communauté politique de personnes physiques, appelée « Peuple français » et inscrite dans un territoire qui s’appelle « la France » (exemple: la France a une frontière avec la Belgique).

    Une personne morale et un territoire: voilà qui est concret. Une entreprise, c’est des capitaux et des collaborateurs. Une famille, c’est des personnes solidaires vivant sous un toit.

    Le gouvernement en est le directoire et le parlement le conseil de surveillance. L’État désigne les administrations subordonnées aux pouvoirs publics. C’est le maître d’œuvre des politiques.

    La Nation est une notion métapolitique dans laquelle s’exprime l’identité collective, unitaire mais plurielle et composite du Peuple dans ces différentes facettes politiques, sociales, culturelles, économiques, historiques &c.

    • « Une personne morale et un territoire: voilà qui est concret. »
      Ah bon ? C’est quoi une personne morale ?
      « Une entreprise, c’est des capitaux et des collaborateurs. Une famille, c’est des personnes solidaires vivant sous un toit. »
      Peut-être, mais ça ne signifie nullement que « l’entreprise » ou « la famille » prenne des décisions. Seuls les individus qui les composent peuvent le faire.

  • Magnifique réflexion ! Merci.

  • Je me suis inscrite pour vous repondre.

    Croire en la/sa nation semble etre devenu un gros mot ces derniers temps. Beaucoup semblent vouloir detruire cette nation et semblent se moquer de ceux qui y croient.

    J’ai quitte la France pour le Japon car la France ne me semble plus unie, l’amour et le respect de son pays n’y est plus enseigne a l’ecole. J’ai peut etre l’esprit retrograde mais je considere que pour vivre ensemble, il faut partager les memes valeurs, ou du moins faire des concessions pour vivre ensemble au lieu de vouloir n’en faire qu’a sa tete.

    J’enseigne au Japon. J’enseigne a mes eleves a ne pas penser qu’a leur petit nombril, mais aussi aux autres. On vit avec autrui qu’on le veuille ou non et il faut donc cooperer pour faire en sorte de construire une meilleure nation, un meilleur pays dans lequel il sera plus facile et agreable de vivre, pour tous. On ne peut faire ca que si on croit aux valeurs du pays dans lequel on vit.

  • Il convient de rejeter fermement le débat stérile qui apparaît ici. Ni l’une ni l’autre partie ne comprennent ce qu’est la Nation, extension de la Famille, sorte de tribu élargie si on veut, vivant sur un territoire (comment pourrait-il en être autrement ?), dont l’existence on ne peut plus concrète, est matériellement incarnée par chaque individu issu des mêmes géniteurs, du même héritage commun façonné par le territoire et formant le peuple, nous tous en l’occurrence.

    La Nation n’a absolument rien à voir avec l’Etat, encore moins avec l’Etat-Nation, constructions intellectuelles sans avenir et devenues meurtrières précisément pour cette raison. La perversion du sens des mots par combinaisons de sens contradictoires est toujours une construction intellectuelle inepte puisqu’elle a pour objet de trahir la réalité. C’est le même chemin intellectuel pervers qui est emprunté quand on évoque les concepts défaillants et criminogènes de « justice sociale » ou « d’économie sociale et solidaire » par exemple.

    Réalité humaine intangible, les idées de Nation et de Famille sont aussi anciennes que la Bible et ce ne sont pas de vaines élucubrations post-modernes qui y changeront quoi que ce soit. On ne choisit pas de naître, on ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas son héritage, on choisit encore moins sa Nation, c’est ainsi. Inutile de trépigner comme des gamins mal élevés pour travestir la réalité.

    On a bien compris que l’Etat obèse progressiste voudrait bien exister sans les Nations, se débarrasser de ce sparadrap gênant les ambitions particulières dévorantes, en les diluant progressivement dans sa vanité et son néant globalistes. Cet Etat sans Nations du XXIe siècle, forcément collectiviste, forcément totalitaire, parfaitement aveugle à l’humain, sera encore pire, encore plus meurtrier que l’Etat-Nation du XXe siècle, si on le laisse prospérer sans y mettre un terme.

    Rien ne justifie que l’Etat impose des contraintes absurdes du type service national ou fiscalité délirante au nom de la Nation. L’Etat n’est pas la Nation. L’Etat n’a rien à dire au nom de la Nation. L’Etat n’est rien. La Nation est tout. L’Etat est au mieux une désagréable nécessité qu’il convient de limiter fermement à sa plus simple expression. Un Etat limité au strict nécessaire est la seule expression intelligible de l’intérêt général. L’Etat doit être soumis pour que la Nation prospère.

    • L’état, la nation, et l’état-nation, ne sont pas des « constructions intellectuelles sans avenir et devenues meurtrières » mais des réalités politiques qui ont fait de notre pays ce qu’il est, une puissance mondiale (économie, armes nucléaires, siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU, etc) et ou il fait plutôt bon vivre par rapport au reste de la planète, hélas pas pour longtemps si leur processus de destruction continue.

      • @buckyhorsy
        Intéressant mais on peut aussi voir les choses d’une autre façon : grâce à son passé relativement libéral, malgré les massacres de masse commis par ceux qui ont pris le pouvoir de l’appareil d’État depuis la révolution française (pour ne parler que de la France : terreur, génocide vendéen, guerres napoléoniennes, guerres de 1914-1918…), malgré l’extension vertigineuse du socialisme depuis plus d’un siècle, notre pays reste un pays où « il fait plutôt bon vivre par rapport au reste de la planète ». Comme la liberté est créatrice alors que la violence agressive est destructrice (faut-il vous le démontrer ?), il ne fait aucun doute que nous ne devions ce restant de prospérité qu’à ce qui subsiste de liberté dans notre pays.

        • Il est inutile de me démontrer les avantages de la liberté, mais il faut voir les choses en face, sans la puissance pour la défendre, la liberté disparaît.

          Vous ne pouvez pas mettre dans le même sac des actes criminels comme les exactions commises pendant la Terreur, et des actes de guerre.

          En 14-18 par exemple, l’Allemagne, ou les individus qui composaient l’élite politique allemande si vous préférez, n’a pas été empêchée d’obtenir une suprématie en Europe et dans le monde, par des « individus » défendant librement et volontairement leurs droits avec leur propres armes, aidés par des « agences de protection » payées par eux, mais par des états, qui ont été capables de mobiliser des millions d’hommes, de les armer, de les entraîner, de les faire combattre pendant plus de quatre années, malgré un coût financier exorbitant, et des pertes humaines colossales.

          Croyez-vous que les Français auraient pu se développer librement et prospérer sous le joug d’une Allemagne autoritaire ? Croyez-vous que les Français auraient pu accepter de tels sacrifices sans une grande cohésion nationale ?

          Les nations sont des réalités, et leurs rapports sont des rapports d’intérêt et de puissance. Si on veut protéger nos libertés il est bon de ne pas l’oublier.

          • @buckyhorsy
            Merci pour votre réponse. Ça devient de plus en plus intéressant.
            Comme ci-dessous, je réponds à chacun de vos paragraphes.
            1) On est entièrement d’accord.
            2) Du point de vue des victimes, le résultat est le même. Dans le premiers cas (exactions), les victimes (souvent désarmées, pas toujours) sont exécutées directement par leurs bourreaux, dans le deuxième cas, elles sont forcées par les bourreaux « nationaux » d’aller se faire exécuter par les bourreaux « étrangers », sous peine de se faire exécuter par les bourreaux « nationaux ».
            3) Tous les empires, tous les États nation se sont constitués selon le même processus, lequel, selon vous, il était nécessaire de combattre, quand, les individus constituant l’élite politique allemande de 1914, désiraient, selon vous, étendre leur hégémonie au delà des territoires qu’ils avaient déjà conquis. Soit on approuve le principe constitutif des États nations (l’extension par la conquête violente), et il n’y a aucune raison que le processus s’arrête à un territoire donné, soit on le rejette. Le principe constitutif des États nation aboutit nécessairement à celui d’État mondial. Il est auto contradictoire.
            4) J’ignore ce qui se serait passé si les dirigeants ou la majorité du peuple français avaient refusé de faire la guerre en 1914. Cependant, il est certain que la défaite rapide de l’armée française par l’armée allemande en 1870 n’a entraîné que de très faibles dommages au peuple français par rapport aux immenses dommages qui lui ont été infligés par les élites politiques contrôlant l’État français entre 1914 et 1918. D’autre part, je doute que la volonté hégémonique des dirigeants Allemands soit à l’origine de la guerre, les responsabilités étant largement partagées entre dirigeants français, allemands et autres de l’époque. Côté Français, on peu citer l’esprit revanchard dans lequel les « élites » ont « éduqué » le peuple français entre 1871 et 1914 en vue de la « reconquête » de l’Alsace et la Lorraine, côté Allemand, il est certain que l’adoption de politiques sociales démocrates, qui mènent inévitablement à une impasse économique, a joué un rôle (voir Ludwig von Mises, « Le Gouvernement Omnipotent ») . Après 1918, la « nation française », épuisée, exsangue, n’a nullement empêché la montée du nazisme (alors que l’armée française disposait d’une incroyable supériorité au moins jusqu’en 1936 !) puis l’envahissement complet de son territoire en 1940 puis 1942. Depuis 1945, malgré sa puissance nucléaire, et selon vos propres dires, la « nation française » se délite. Jamais aucune nation n’a été complètement homogène, ni sur le plan des valeurs, ni sur celui des idées. Ne serait-ce que sur l’histoire récente, pendant 40 ans, la « nation française » a comporté pas moins de 25% de sa population, acquise au communisme, ouvertement favorable à une soumission totale à une force politique étrangère et œuvrant dans ce sens avec d’autant plus de facilité que les principes collectivistes, que vous défendez, y sont admis. Aujourd’hui, toujours grâce aux principes collectivistes, d’autres candidats au totalitarisme (islamiste), pourtant minoritaires, étendent chaque jour un peu plus leur influence avec le même type d’objectif. Votre cohésion nationale est un mythe.
            Puisque vous insistez tant sur la réalité historique, vous devez aussi tenir compte de celles-ci.
            5) Oui, les États nations sont une réalité et oui, les rapports qu’entretiennent leurs dirigeants respectifs sont des rapports d’intérêts et de puissance. Mais protégé sa liberté en commençant par l’abandonner n’a pas de sens, et, comme les quelques exemples que j’ai donné ci-dessus le montrent, ce n’est pas forcément très efficace. Aujourd’hui, et sans que nous ayons affaire à la menace d’une puissance politique étrangère avérée, c’est de l’intérieur que notre liberté nous est arrachée. Jour après jour, au nom des mêmes principes collectivistes que vous défendez.
            Vous vous moquez des idées libertariennes sur la défense alors que, par principe, ni vous, ni moi, ni personne d’autre ne pouvons anticiper ce que seront les solutions concrètes qui seront découvertes par le marché, la concurrence et l’extraordinaire inventivité des hommes libres. A condition de savoir s’organiser (dans la liberté) les sociétés libres seront toujours militairement infiniment supérieures aux sociétés d’esclaves parce qu’infiniment plus productives, motivées … et non rongées de l’intérieur par des principes destructeurs.

            • 2/ La responsabilité des auteurs n’est pas la même. Autant le crime est indéfendable, autant la guerre, aussi tragique soit-elle, peut être justifiée dans le cas de la légitime défense.

              3/ La violence n’est pas exclue des rapports entre états, et plus on recule dans l’histoire, plus cette violence est importante, mais elle n’est pas systématique, ni, surtout, nécessaire. Un état nation peut très bien vivre en paix avec ses voisins, rien ne l’oblige à les agresser. On peut même dire que les états nations dotés de démocraties libérales ne se font la guerre que de façon très exceptionnelle.

              4/ Il est vain de discuter ici des causes de la guerre de 14-18. La responsabilité de l’Allemagne a été clairement démontrée par Fritz Fischer dans les années 60, et aucune thèse sérieuse n’est venue remettre en question ses conclusions.

              Fallait-il que la France se soumette à l’Allemagne pour éviter la guerre en 14 ? La soumission ne peut pas être une stratégie viable pour gérer les conflits avec ses voisins.

              La France a été battue en 40, certes, mais elle a triomphé, comme toujours 🙂 en 45…

              Une partie de sa population a été communiste, certes, mais la France a résisté, comme toujours 🙂 elle n’est pas devenue communiste…

              La France est menacée par l’islamisme, certes, mais, comme toujours 🙂 la France triomphera…

              La cohésion nationale de la France lui a permis de surmonter des épreuves terribles et de devenir une grande puissance. Elle n’a rien d’un mythe, même si elle fait l’objet d’attaques.

              5/ Les esclaves ne sont pas les citoyens d’une démocratie libérale, puissante et respectée, mais les vaincus, conquis par un état autoritaire ou totalitaire. Ce qui n’a pas de sens pour moi est de rennoncer à toute défense, à toutes les institutions qui ont fait de la France une puissance mondiale, en comptant sur le marché et le volontariat. Cela repose sur une méconnaissance totale de ce que peut être une guerre industrielle menée par un état capable de mobiliser des millions d’hommes.

              Votre conception de la liberté est dogmatique et utopique. La mienne est pragmatique et utilitariste. Je ne défends pas le collectivisme ni le statut quo.

              • @buckyhorsy
                Belle et optimiste profession de foi ! Réponse globale à tous vos commentaires dans une nouvelle discussion en bas de page.

    • @Cavaignac
      Bonsoir,
      « Rien ne justifie que l’Etat impose des contraintes absurdes du type service national ou fiscalité délirante au nom de la Nation. »
      Tout àfait. L’Etat fait partie du Pouvoir Exécutif. Les membres qui le composent n’ont rien à imposer à la Nation, ni au Peuple, qui est souverain, rappelons-le.

    • @Cavaignac
      Je ne crois pas que la conception de la nation que vous décrivez ci-dessus, association volontaire d’individus partageant par la force des choses une même proximité géographique, entre en contradiction fondamentale avec la démonstration de Bertrand Lemennicier qui vise essentiellement à dénoncer la personnalisation ou plutôt la déification du groupe. Ici, le groupe en question est la nation, mais la démonstration est tout aussi valable pour n’importe quel groupe (« État », « administrés », « bourgeois », « prolétaires », « hommes », « femmes », « riches », « pauvres », « chanceux », malchanceux »…). La personnalisation du groupe est toujours utilisée par ceux qui veulent en dominer les membres (et les autres) pour justement masquer cette volonté. Sur quasiment tout le reste, je suis entièrement d’accord avec vous.

      • Je ne décris pas la Nation comme association volontaire, bien au contraire. La Nation s’impose à vous par votre naissance, comme votre Famille, comme vos Parents (même adoptifs). Plus tard, vous pouvez choisir une autre Nation, si elle veut bien de vous, mais c’est généralement un processus difficile tant il est difficile de renier ses origines indélébiles. En outre, vous imposez votre choix à vos propres enfants qui ne choisiront rien du tout et devront assumer d’avoir été coupés de leurs origines, alors qu’ils ne demandaient pas d’avoir à affronter un tel traitement.

        La liberté absolue n’existe pas. La liberté existe dans un cadre et on n’y peut rien. La Nation est un des bords de ce cadre, les autres bords étant la liberté des autres, les contraintes physiques, le fait de naître homme ou femme, le simple fait d’exister, etc…

        • @Cavaignac
          Merci pour cette précision. Que vous le vouliez ou non (et vous insistez vous-même, à juste titre et remarquablement bien, sur ce qui s’impose à nous), la nation est une construction de l’esprit humain et c’est une construction relativement récente. Il n’y a aucune idée de nation chez les animaux. Tout au plus, certains d’entre eux (pas tous) vivent en collectivité selon des règles régies par leur instinct. Au delà de la famille et de la tribu, que vous mentionnez dans votre précédent commentaire comme étant à l’origine de la nation, toutes les nations existantes se sont constituées par la conquête agressive des faibles par les forts. Vous ne pouvez nier cette réalité. Tous les exemples historiques, qu’ils soient lointains ou récents, nous montrent que les nations constituées (état de fait) ne sont ni homogènes (que ce soit sur le plan des valeurs ou des idées), ni « naturellement » unies. Des forces centrifuges s’exercent en permanence pour les disloquer et seules la violence armée ou la menace de son emploi permettent de maintenir un semblant d’unité. Pensez aux Catalans, Basques, Corses, Flamands, Wallons, Tchèques, Slovaques… Pensez à toutes les guerres dites « civiles » qui ont été menées pour préserver « l’unité nationale » (guerre de sécession américaine, guerres d’Espagne, guerres contre les indépendantistes irlandais, écossais, tchétchènes… ). Personne n’est capable de définir de manière cohérente et conforme à la réalité :
          – où s’arrête le territoire de chaque « nation »
          – qui fait partie de la « nation » et qui n’en fait pas partie (on parle souvent d’adhésion à des « valeurs communes », ce qui suppose un volontariat)
          – qu’elles nations, parmi toutes celles qui sont revendiquées, sont légitimes et lesquelles ne le sont pas.
          Les seules associations humaines valables sont les associations volontaires. Toutes les autres doivent être maintenues dans une unité de façade par la force et seront toujours sujettes à la sécession plus ou moins violente (selon le degré de résistance de l’association englobante) de certains de leurs membres.
          Si votre idée de nation consiste en un sentiment d’appartenance, dont je ne nie absolument pas la validité, ce sentiment n’en demeure pas moins un choix subjectif lié à une démarche volontaire, c’est à dire qui peut être remis en question.

          • « Pensez aux Catalans, Basques, Corses, Flamands, Wallons, Tchèques, Slovaques… »

            Merci d’avoir cité autant de belles Nations humaines. Vous prouvez incidemment que vous ne doutez pas une seconde de leur existence et ceux qui naissent et héritent de telle ou telle Nation n’y peuvent rien. C’est ainsi, voilà tout. Un raisonnement qui nierait cette réalité humaine intangible est voué à brasser de l’air, indéfiniment.

            Mais je conviens que le concept est parfois difficile à cerner car il est perverti depuis l’invention des Etats-Nation, objets politiques désastreux, pures construction artificielles, purs mensonges. Pire, aujourd’hui, les Etats espèrent bien se passer des Nations, après avoir tenté de se débarrasser des Familles. Fantasme de pouvoir bureaucratique absolu sur les hommes (nouveaux), en les arrachant à leurs racines.

  • Une analyse typiquement libertarienne de la nation, pauvre conceptuellement, riche en sophismes de l’homme de paille, sans aucune profondeur historique et humaine, et donc déconnectée de la réalité.

    • Si, comme vous le dite, cette analyse est « pauvre conceptuellement, sans aucune profondeur historique et humaine, et donc déconnectée de la réalité », que dire de 2/3 de vos commentaires qui ne contiennent aucun argument (seule votre réponse à Cavaignac sort du lot, j’y reviendrai ci-dessus) ? Quand aux « sophismes de l’homme de paille », vous auriez du, au minimum, en citer quelques uns pour être crédible.

      • Mentionner la pauvreté conceptuelle qui réduit des réalités aussi riches que le peuple, la nation ou la famille à des « agglomérats d’individus », le manque de profondeur historique qui ne permet pas à l’auteur d’appréhender ce qu’est un peuple ou une nation, ou humaine, qui ne lui permet pas de comprendre par exemple que des individus puissent combattre pour leur nation en toute connaissance de causes, et non par réaction émotive, EST un argument.

        Il est facile pour démonter une thèse de citer les défenseurs de la dite thèse qui présentent des arguments qui dénaturent la thèse en question, comme par exemple des gens qui ont une conception mystique de la nation, ou des politiciens qui font feu de tout bois…

        Ce procédé est très courant chez les libertariens pour attaquer l’utilitarisme par exemple.

        L’argument qu’il n’y a que des individus qui prennent des décisions est tellement rabâché par les libertariens qu’il est devenu une véritable tarte à la crème.

        • @buckyhorsy
          1) Personne ne nie que des individus puissent combattre volontairement pour quelle que cause que ce soit. Ce qui est nié, c’est le pseudo droit qu’auraient certains individus d’envoyer les autres contre leur volonté à la boucherie.
          2) Il n’est nulle part question de tels amalgames.
          3) Les libertariens n’attaquent pas l’utilitarisme. Tout au plus certains d’entre eux pensent, à mon avis à juste titre, que les arguments de type utilitariste sont insuffisants pour assurer une défense cohérente du libéralisme. A ce sujet, vous pouvez lire mon long commentaire à cet article : https://www.contrepoints.org/2018/01/24/308132-oxfam-recuperation-ideologique-inegalites
          4) Donc vous pensez que les groupes prennent des décisions ? Faudra m’expliquer comment.

          Pour finir, la fréquence d’utilisation un argument n’est pas un argument. Soit l’argument est vrai, soit il est faux mais il faut le démontrer autrement. Le fait que la terre soit à peu près ronde est un argument fréquemment utilisé. Il n’empêche que c’est vrai.

          • 1) Ce droit existe car il est nécessaire (voir mon message plus haut à propos de la guerre de 14-18).
            2)Il est question de tels amalgames à plusieurs reprises.
            3) Les libertariens attaquent très souvent l’utilitarisme en le présentant d’une façon fallacieuse (le plus grand bonheur du plus grand nombre par exemple).
            4) Les individus qui prennent des décisions pour des groupes d’autres individus le font selon des processus spécifiques. Les processus qui permettent à Macron de prendre des décisions comme Président sont très différents de ceux qui lui permettent de choisir sa prochaine voiture.

            • @buckyhorsy
              1) Je vous ai répondu plus haut sur 14-18. Votre commentaire sur le sujet ne prouve d’ailleurs rien quant à la validité de ce pseudo droit, négation du Droit.
              2) Citez en.
              3) Ne faites pas ce que vous reprochez aux autres alors qu’ils ne le font pas : déformer ou sortir de leur contexte des arguments pour les attaquer.
              4) Oui. Et alors ?

              • 1/ Ce droit est valide parce qu’il est nécessaire pour préserver tous les autres droits. Votre remise en question de ce droit ne repose que sur des dogmes.
                2/ Je l’ai fait, le mystique de la nation, et le politicien…
                3/ Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.
                4/ L’argument des individus qui prennent les décisions est vide, il ne prouve rien.

          • Lorsque l’argument rabâché à tout bout de champ est une lapalissade il devient une tarte à la crème.

            • @buckyhorsy
              « Lapalissade », donc vous en reconnaissez la validité, tout en la contestant, donc pas si « Lapalissade » que ça !
              Si je vous dit que l’argument selon lequel les groupes prennent des décisions est « la tarte à la crème des collectivistes », ça nous avance à quoi ?

              • Je ne reconnais pas la validité d’un argument qui ne peut rien prouver.
                Comme je n’ai jamais écrit que des groupes prennent des décisions et que je ne suis pas collectiviste, ça m’est bien égal.

                • @buckyhorsy
                  Vous ne reconnaissez surtout pas la validité des arguments qui vous dérangent, que vous vous contentez de qualifier de « tarte à la crème », « Lapalissade », « dogmatique » pour ne pas avoir à en contester la validité. Comme vous affirmez n’avoir jamais écrit que « les groupes prennent des décisions » et que vous ne vous affirmez ne pas être collectiviste, laissons là ce débat stérile.
                  Traitons juste du « dogme » avant que je vous réponde globalement sur le fond en bas de tous les commentaires dans une nouvelle discussion. Un dogme est une croyance qui ne souffre aucune contestation. Il ne peut s’imposer que par la force. Dès l’instant où qui que ce soit accepte de participer à un débat contradictoire, ce que nous faisons, tous les arguments échangés peuvent être contestés. Il ne peut donc y avoir d’arguments « dogmatiques ». La qualification d’un argument comme étant « dogmatique » est alors justement une (vaine) tentative d’échapper au débat contradictoire en accusant l’autre de d’avancer des arguments qui ne souffriraient pas la contradiction, ce qui est nécessairement faux.

  • @buckyhorsy
    Si je résume votre position, n’étant pas collectiviste, partisan de la liberté (ce qui fait déjà pas mal de points communs), vous êtes convaincu que cette liberté de peut être défendue que dans le cadre de l’État nation, par des contributions obligatoires à la fois « matérielles » (financement de la défense par l’impôt) et humaines (service militaire) auxquelles aucun citoyen ne devrait pouvoir échapper. Vous justifiez cette nécessité par l’existence d’autres États nations (ce qu’on ne peut contester, la planète entière en est recouverte), menaçant cette liberté, et disposant, du fait de leur nature étatique, de moyens considérables pour menacer cette liberté.
    Le fait que ces disposition impliquent la nécessite d’un prélèvement contraint du fruit du travail et de la vie d’autrui par les représentants de l’État, ce qui est un esclavage partiel dans le premier cas et total dans le second, ne vous dérange pas, car il n’y a pas moyen de faire autrement, et vous justifiez le droit (exorbitant) qui leur est ainsi conféré par le fait qu’ils sont élus « démocratiquement ». Vous rejetez le principe constitutif des « États nation » (la conquête violente) dans « le passé » et considérez l’existence et les limites territoriales des « États nations » actuellement constitués comme un état de fait, qui ne saurait être remis en question (alors qu’il l’est en permanence : Tchèques, Slovaques, Corses, Catalans, Kurdes …). Enfin, vous ne contestez pas que la nation comporte en son sein des individus et groupes d’individus qui ne poursuivent pas les mêmes objectifs, y compris en matière de défense de la liberté.
    Vous pourrez me dire si j’ai mal interprété votre position.
    Pour justifier votre point de vue, vous prenez pour exemple historique la guerre de 14-18. Vous ne pouviez prendre de meilleur exemple pour disqualifier votre point de vue et justifier le mien.
    Toutes les guerres sont absurdes et destructrices mais celle de 14-18, en sus, est à inscrire au palmarès des guerres inutiles. Aucun des peuples, et je dis bien aucun, ayant été contraint de participer à cette folie n’en n’a tiré le moindre bénéfice. Tous n’en n’ont subi que des dommages considérables (que vous ne niez pas) et pour des décennies. En sus des dommages inhérents à la guerre totale permise par l’étatisme (possibilité de faire porter les conséquences de ses décisions sur sur d’autres) et la conscription « universelle » (« invention » des États nations), cette guerre a engendré la suivante, conséquence de la première, la prise du pouvoir par les Bolcheviks en Russie et le déclin de toutes les « nations » européennes.
    Puisque vous vous dites « utilitariste », vous devez mettre en balance ce qu’auraient pu être pour le peuple français (le raisonnement vaut pour les autres), les conséquences d’un refus de participer à la guerre, avec les conséquences réelles de celle-ci. « L’Allemagne » de 1914 n’était pas encore un pays totalitaire, comme elle l’est devenue en 1933. « Elle » n’était pas bien moins « démocratique » que la « France » et « disposait » d’un parlement élu (dominé par les sociaux-démocrates). Ses dirigeants n’étaient pas des fous sanguinaires mais des gens encore relativement civilisés. Que risquait le peuple français en refusant de participer à la guerre ? Risquait-il de devoir renoncer à ses langues, à ses croyances, à ses religions, à ses modes de vie, à ses traditions culinaires, vestimentaires et autres ? Risquait-il même de devoir renoncer à ses institutions ? Absolument pas. Le territoire français a été envahi 2 fois au XIXe siècle (1814-1815 et 1870) sans qu’il en résulte aucune de ces catastrophes. Il ne s’agit nullement de réécrire l’histoire, mais de constater que le remède (la guerre totale étatique) s’est révélé bien pire que le mal à éviter, comme un malade qui ferait une chimiothérapie pour se prémunir de la grippe.
    Ce n’est pas un hasard. L’État nation n’a jamais eu pour mission de défendre la liberté. Il est le fruit d’un processus historique relativement récent dans l’histoire humaine, processus fait de conquêtes violentes des faibles par les forts, dans un but de domination (qui est le contraire de la liberté). Confier la défense de sa liberté à ceux qui le dirigent et le manipulent équivaut à confier la clé du coffre au voleur ou la défense de sa vie à l’assassin.
    La désignation des dirigeants apparents de l’État par des élections n’a rien changé à la nature de l’État. Il reste une organisation humaine disposant du monopole de la violence légale sur le territoire qu’il contrôle (ou aspirant à ce monopole). C’est justement la raison pour laquelle vous lui confiez la défense de votre liberté, parce que ce pouvoir de contrainte ferait que lui seul serait capable de lever les fonds et les hommes nécessaires à cette défense. C’est exactement le même raisonnement qui conduit d’autres individus ou groupes d’individus ne poursuivant pas les mêmes buts que vous, à considérer que l’État est la seule solution pour assurer la charité (renommée « justice sociale »), « l’éducation », les transports « publics », l’entretien des routes, « la défense de l’environnement », « la lutte contre le « réchauffement climatique » et bien d’autres choses qui, selon eux ne peuvent être « financées » que par le pouvoir coercitif de « l’État ». En fait, c’est facile, tout ce qu’on ne veut pas produire avec son propre travail, avec son propre engagement, ou une collaboration et un engagement volontaire avec d’autres, il suffit de le demander à « l’État ».
    Le résultat est que les dirigeants apparents de l’État démocratique sont soumis à d’innombrables demandes concurrentes et contradictoires. Parmi ces demandes, ils privilégient celles qui servent leur intérêt : asseoir et étendre leur pouvoir et assurer leur réélection, selon les modes et les rapports de forces entre les innombrables groupes de pression du moment. Qui plus est, les politiques ont une fâcheuse tendance (indispensable à leur survie) à se trouver constamment de nouveaux domaines d’intervention (exemple : « l’égalité salariale hommes-femmes »), ce qui accentue encore le phénomène. Le budget consacré à « La Défense Nationale » est généralement sacrifié en priorité (la défense, voyez-vous, ce n’est pas très populaire).
    Aujourd’hui, le gouvernement et le parlement français consacrent moins de 3% de la richesse produite dans le pays (si tant est qu’on puisse la mesurer) à la défense contre les potentielles agressions extérieures. Une bonne partie de ce budget est dépensé en pure perte à cause de l’inefficacité inhérente aux monopoles d’État. L’éventualité d’augmenter ce budget ne serait-ce que quelques dixièmes de % fait l’objet d’innombrables discussions.
    Croyez-vous sérieusement que des producteurs libres, non ponctionnés de 60 à 80% de la richesse qu’ils produisent, bien plus efficaces, ne seraient pas capables de faire mieux ?
    Pendant des millénaires les hommes ont cru en des méthodes inappropriées ou carrément nocives pour préserver leur santé (exemple : la saignée), en des pratiques aussi absurdes que les sacrifices humains pour s’assurer la bienveillance des dieux. La croyance en un État protecteur des libertés fait partie des superstitions qui survivent. Il est temps d’essayer d’y mettre fin.

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Le motif de Poutine reste un mystère, car il peut s'agir d'un plan visant à créer un tampon contre l'OTAN en Ukraine, d'une ill... Poursuivre la lecture

Par Amadeus Gabriel.

Jean-Baptiste Say est certainement plus connu pour sa célèbre loi des débouchés, ou loi de Say. Bien qu'elle soit l'un des points clés de l'école classique d'économie, la manière dont cette proposition évidente a été déformée et mal interprétée dans un nombre important de manuels d'économie ainsi que lors des conférences de professeurs d'économie certifiés laisse tout simplement perplexe.

En conséquence, les réalisations de Say sont souvent réduites à une affirmation incohérente selon laquelle « l'offre crée... Poursuivre la lecture

Une transition énergétique durable et soutenable doit s’appuyer sur trois piliers en parfaite bijection avec ceux du développement durable : le climat, la sécurité énergétique et la compétitivité des entreprises.

La convergence gauche-droite sur le localisme

Par construction, le climato-gauchisme hypertrophie le pilier climat aux dépens de la compétitivité et de la sécurité énergétique. Son principal dessein est de mettre à bas la société de croissance et son « démon capitaliste » pour prôner un retour vers des « sociétés vernaculaires... Poursuivre la lecture

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