La démocratie semi-directe : un vrai métier de citoyen !

Pour faire garder l’équilibre à notre démocratie semi-directe ne disposons-nous pas avec Internet, d’un moyen citoyen d’interpellation inédit ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Poker menteur by Olivier Panza(CC BY-NC 2.0)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La démocratie semi-directe : un vrai métier de citoyen !

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 11 février 2018
- A +

Par Yannick Chatelain.

La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Ah, en voilà une belle formule d’Abraham Lincoln (16e président des États-Unis de 1860 à 1865). Elle est agréable à l’oreille pour qui serait sourd et dénué de tous sens de l’observation. Parce qu’en France, oui chez nous, pour mener année après année notre démocratie (seulement) semi-directe à bon port, nous devons (en tant que citoyens), affronter régulièrement quelques bourrasques, quelques tempêtes, quelques ouragans.

Démocratie ou parjure ?

Tout comme nous nous devons de garder bon moral et confiance alors même que l’un de nos anciens ministres est allé jusqu’à se parjurer avec aplomb au micro de notre Assemblée nationale. Un lieu hautement symbolique dont la fonction au sein de nos institutions est de voter la loi, contrôler l’action du gouvernement et évaluer les politiques publiques. C’est le lieu même du parjure, plus que les faits en eux-mêmes qui en font un exemple qui a marqué les esprits.

Et ces faits sont loin d’être les plus graves ! Je vous fais grâce de centaines d’autres types de dérapages de nos représentants et représentantes commis à titre individuel. Le comportement de l’État lui-même ne manque pas d’être parfois dérangeant : le rejet en 2005 par référendum du Traité constitutionnel européen (TCE) par près de 55% des votants fera date dans l’histoire politique française, quand trois ans plus tard l’État bafouait sans complexe l’expression du peuple français en adoptant le traité de Lisbonne, en remplacement du TCE.

On m’a toujours dit, à vous aussi probablement, que l’exemple était censé venir du haut, et quand je regarde en haut… je comprends mieux les mots de Camus :

Un exemple n’est pas forcément un exemple à suivre.

Faut-il vraiment suivre l’exemple qui vient du haut ?

La question semble stupide, tant la réponse devrait être évidente. Malheureusement, comme si les dérapages évoqués n’étaient pas suffisants, tous les cinq ans, force est de constater que pour accéder aux plus hautes fonctions et prendre le commandement du navire France, le grand spectacle de « l’exemplarité exemplaire d’exemplarité » est particulièrement étrange.

Le jeu des acteurs et des actrices est, comment le dire ? Très… atypique : petits calculs, alliances douteuses, mariages incestueux et contre nature, trahisons amicales d’amis de toujours, opportunisme criant, retournements de vestes flagrants (des retournements que de facétieux Internautes ne manquent d’ailleurs jamais de rappeler) sont inclus dans cette grande comédie politicienne.

À supposer que j’approche la réalité, faut-il s’étonner que les politiciens soient perçus par les citoyens comme des profiteurs ?

Le grand jour, c’est toujours pour demain !

Heureusement, haut les coeurs, à chaque nouvelle élection présidentielle en France, demain sera un autre jour ! Demain, on fait table rase, on oublie tout ! LE GRAND JOUR est annoncé ! D’ailleurs c’est ce qui est écrit sur l’affiche de tous les candidats et candidates ! Le grand barnum peut alors commencer.

Après une très courte période courtoise (comme promis), chassez le naturel, il revient au galop. Nos présidentiables prennent une posture bien au-dessus de la foire d’empoigne, fonction future oblige, tandis que leurs « flingueurs » attitrés s’invectivent, se « tweetclash »de façon adulte et responsable, pour montrer leur grande maîtrise des réseaux sociaux et le profond respect que leur inspirent leurs adversaires. Tout ceci devant un nombre grandissant de citoyens au mieux médusés au pire désabusés !

Dans le même temps, chaque candidat tente de défendre sa juste cause ! Les « éléments de langage » (la Novlangue politicienne du XXIe siècle) sont de sortie ! Chaque camp récite bien sagement sa leçon, répète en boucle les mêmes mots choisis, les mêmes phrases, avec les mêmes points et les mêmes virgules, supposés faire mouche sur la cible : l’électeur (tout du moins quand ils ne visent pas à atomiser l’adversaire d’une diatribe bien saignante et bien choisie).

Plus le fameux grand jour approche, plus les esprits s’échauffent, les mots d’esprit eux se font plus discrets, et cela finit invariablement (comme doit probablement le recommander le code d’honneur des grands hommes) dans une élégante bataille rangée de (ce qu’ils nomment tous et toutes) des boules puantes !

Ceux qui s’impliquent dans un gouvernement sont encore des êtres humains. Ils ont toujours des intérêts privés à servir, ainsi que des intérêts qui sont propres à des groupes particuliers comme ceux de la famille, de la clique ou de la classe à laquelle ils appartiennent. Il est rare qu’une personne s’immerge complètement dans sa fonction politique ; au mieux la plupart des hommes parviennent-ils à faire que leur souci du bien-être public domine sur leurs autres désirs.

Et ce n’est pas moi qui l’écris, c’est John Dewey qui l’écrivait en… 1927…

En définitive, tout cela ne pourrait être que « broutilles » si notre régime politique actuel n’était pas exposé à une problématique plus grande : la récurrence de présidents de notre république élus par défaut.

De la différence entre « être élu par défaut » et « plébiscite ! »

Depuis des années, les élections présidentielles en France (sans vouloir blesser les vainqueurs successifs ni leurs supporters d’hier ou d’aujourd’hui, voire de demain) portent aux plus hautes responsabilités des personnages publics élus… par défaut.

Sans parler d’une abstention grandissante, sans ouvrir le débat sur le vote blanc je n’écrirai pas que cette situation est réjouissante, nous pouvons espérer pouvoir l’améliorer, et elle n’a pas à devenir exagérément préoccupante à plusieurs conditions, dont deux qui me semblent essentielles :

Et nous, les citoyens dans tout ça ?

Cherchons à comprendre par conjecture si nous en pouvons trouver, comment s’est ainsi enracinée si avant cette opiniâtre volonté de servir.

se demandait le jeune Étienne de la Boétie s’interrogeant sur la notion de servitude volontaire. Emmanuel Kant verra dans la servitude l’expression de la paresse et de la lâcheté :

La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, alors que la nature les a affranchis depuis longtemps de toute direction étrangère, restent cependant volontiers, leur vie durant, mineurs ; et qu’il soit si facile à d’autres de se poser comme leurs tuteurs.

Ce n’est pas très flatteur pour l’homme, mais les hommes (les sujets) disposaient-ils à l’époque de La Boetie et d’un Kant d’un outil majeur d’émancipation et de contre-pouvoir autre que la révolte, la violence ou/et la révolution ?

Dois-je rappeler que devant un écart du pouvoir avéré, un projet de loi qui inquiète, une cause à porter… une majorité de citoyens ne peut prétendre ne pouvoir rien faire. Chacun est tout à fait libre de ne vouloir rien faire, libre de se taire et libre de subir. Il n’y pas de liberté sans courage, mais en l’occurrence, il ne s’agit pas d’être un héros, encore moins de recourir à toute forme de violence !

Pour faire garder l’équilibre à notre démocratie semi-directe ne disposons-nous pas avec Internet, d’un moyen citoyen d’interpellation inédit ? Vous voulez contactez votre sénateur, vos eurodéputés, envoyer des tweets à vos représentants, rien de plus facile grâce à la quadrature du net.

Alors la vérité, chères lectrices, chers lecteurs « je vais vous la dire » ! Oh, pas les yeux dans les yeux je ne suis ni un politicien français ni Kaa. À l’ère d’une mondialisation matérialisée par l’Internet le pouvoir du citoyen ne s’arrête plus à de simples élections en attendant les prochaines. Le citoyen peut participer, contribuer, interpeller… Que son « camp » ait gagné ou perdu n’est pas l’important ! S’il y a un devoir qui nous est supérieur, c’est bien celui d’exercer pleinement notre rôle de citoyen.

« Le Nouveau Monde » s’il existe, permettez, il ne date pas d’hier matin !

La servitude volontaire avait peut-être un bel avenir avant Internet, aujourd’hui elle agonise ! « L’Ancien Monde » (élément de langage encore) dont on nous rebat les oreilles, si l’on veut le situer dans le temps, ne date pas d’hier et des dernières élections, pas plus que le « dégagisme » (élément de langage toujours) qui était à la manœuvre ! Éventuellement, si l’on veut parler d’un Ancien Monde, c’est celui d’avant l’Internet !

Un pouvoir techniquement légitime est nécessaire, mais fragile

Quand une personnalité est élue dans un régime politique comme le nôtre, qu’elle le soit en s’appuyant sur un vote contre importe peu a priori : elle est incontestablement légitime d’un point de vue technique et constitutionnel, cependant elle est bien fragile ! « Fragile » n’est-ce pas un mot plus rassurant que « dangereuse », bien que ces mots soient, selon moi, très exceptionnellement synonymes !

Certes, tenir le gouvernail de la « démocratie » n’est pas une sinécure. Et autant vous en prévenir, les choses ne vont pas aller en se simplifiant pour les capitaines de notre démocratie semi-directe que nous sommes. Dans notre TechnoMonde, il va nous falloir désormais composer avec des méthodologies politiques de plus en plus sophistiquées qui scrutent nos comportements d’électeurs : le marketing politique technologique avancé est entré en action. Voilà un nouveau mode de pêche à l’électeur qu’il va nous falloir, nous citoyens, attentivement observer.

Soyons confiants ! Par simple principe de précaution, n’hésitons pas à aider nos élus et ceux qui nous gouvernent à ne pas dériver un peu trop loin de leur souci d’exemplarité afin que notre démocratie semi-directe (si tant est qu’elle soit encore viable en l’état) ne s’éloigne trop de la rive !

Sur le web

Voir les commentaires (3)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (3)
  • j’ai souvent entendu dire que  » pour faire de la politique il faut savoir bien mentir  » ; cela s’avère une triste réalité ; l’autre réalité c’est que les gens se laissent de moins en moins avoir ; et ça c’est une bonne chose ;

  • Avec quelques Bemol ! Internet fait la part belle aux minorités agissantes et structurées et habitue chacun à donner un avis sur des sujets qui le dépasse totalement et à véhiculer des idées toutes faites. La case « ne sait pas » devient désespérément vide (voir les sondages) alors que ……entre « avis » et savoir, il y a un gouffre.

  • La confusion est ardemment entretenue entre élire et voter comme le montre la carte ci dessus .
    Donner son Pouvoir à x ou ne pas le donner vote blanc les conséquences sont différentes logiquement donc 2 verbes différents ce qui est amusant c’ est de comparer avec le culinaire ici jamais de confusion ! frire rotir raper peler …….
    MORILLE Alain

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Johan Rivalland.

Le libéralisme est décidément une notion bien floue et très mal perçue par une grande partie des Français, nourris dès le plus jeune âge aux mamelles de l’État et qui sont persuadés, à tort puisqu’on le leur fait croire en permanence, que le libéralisme serait je ne sais quelle force occulte organisée qui les plongerait dans une sorte d’océan où ils se noieraient sans que personne leur vienne en aide. D’où la justification de l’interventionnisme et de l’État-providence, sans lesquels nous serions sans doute perdus.... Poursuivre la lecture

La démocratie est un sujet que nous avons souvent abordé, et qui a été étudié depuis fort longtemps par de très nombreux intellectuels. Loin d’être notre horizon indépassable, elle a donné lieu à un certain mysticisme.

Mise en cause dès ses origines, ayant rencontré des difficultés inhérentes à sa nature dès son apparition dans la Grèce antique, la démocratie semble une fois de plus à bout de souffle et menacée non seulement dans ses fondements, mais dans son existence-même. D’où l’intérêt du débat engagé entre deux philosophes contemp... Poursuivre la lecture

Dans une première partie, nous avions vu ce qui caractérisait une société de méfiance, à savoir :

centralisation administrative excessive, bureaucratie omnipotente, affaiblissement des initiatives, décharge de la responsabilité.

 

Dans cette seconde partie, il conviendra d’insister à la fois sur l’absence de responsabilité et sur les carences institutionnelles.

 

Une société de défiance caractérisée par une décharge de responsabilité

C’est le propre des systèmes centralisés où l’État oscille : trop faib... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles