Législatives partielles : retour au clivage droite-gauche ?

Législatives partielles : les votes de dimanche dernier renvoient une image complètement nouvelle de la majorité et de son opposition.

Par Nathalie MP.

Ce matin, trois ans de billets ou presque ! Mon premier billet, daté du 3 février 2015, traitait d’une élection législative partielle – dans le Doubs, pour remplacer Moscovici. Vous reconnaîtrez que le sujet était d’importance ! Trois ans plus tard, pour fêter cet anniversaire, je me fais comme un petit clin d’oeil à moi-même en tournant mon regard vers les deux élections législatives partielles qui ont eu lieu dimanche 28 janvier dernier et dont le second tour se déroulera dimanche 4 février prochain. Malgré l’abstention écrasante qui les caractérise, que nous disent-elles de notre vie politique ? 

Je raille la trivialité des scrutins en question mais du temps de Hollande Président, le Parti socialiste ne jouissait pas d’une majorité législative très large à l’Assemblée. De plus, son alliance avec les écologistes fut houleuse, transformant chaque élection partielle en un risque supplémentaire de voir sa majorité fondre jusqu’à lui échapper.

L’affaire européenne de Pierre Moscovici

La nomination du député et ancien ministre de l’Économie Pierre Moscovici à la Commission européenne fut un excellente affaire pour Pierre Moscovici lui-même, mais un échec du PS dans l’élection partielle du Doubs évoquée ci-dessus aurait fait perdre au groupe PS la majorité absolue, le mettant à la merci de ses partenaires politiques. Il n’en fut rien d’un cheveu, mais on voit que l’enjeu politique était de taille.

D’autant plus de taille que le candidat du PS avait contre lui au second tour la candidate FN Sophie Montel arrivée en tête au premier. C’était l’époque où l’on voyait bien Marine Le Pen gagner la présidentielle de 2017 et où chaque élection partielle ou intermédiaire semblait lui ouvrir un peu plus la voie.

Comme toujours en ces circonstances, un Front républicain (dont l’opportunité fut âprement débattue au sein de la droite) s’était donc formé afin de faire barrage au FN. L’abstention, qui était de 60 % au premier tour, est tombée à 50 % au second, signe de l’importance politique de cette élection.

La majorité présidentielle en position de force

Rien de tel aujourd’hui. Le parti du Président La République en Marche (LREM) dispose de 308 députés à lui tout seul pour une majorité absolue située à 289. Il peut de plus compter sur le soutien du Modem fort de 42 députés.

Quoi qu’il arrive dans les deux premières circonscriptions du Val d’Oise ou du Territoire de Belfort dimanche prochain, non seulement la majorité présidentielle est très loin d’être en péril, mais le FN, perdant de la Présidentielle, incertain sur sa ligne politique et divisé en conséquence, n’est plus en mesure de bousculer quoi que ce soit.

La colossale abstention qui a dominé les deux votes de dimanche dernier – 70 % à Belfort et 80 % dans le Val d’Oise – trouve certainement là une part d’explication : la certitude, peut-être même la résignation que rien ne va changer.

Le progrès de l’abstention

Le tableau ci-dessous donne les résultats1 du premier tour comparés aux scores obtenus lors des législatives de 2017 en France entière et dans les deux circonscriptions qui revotent actuellement suite à l’invalidation des scrutins de juin 2017 :

Législatives 1er Tour France  1ère Circo  Belfort 1ère Circo  Val d’Oise
2017 2017 2018 2017 2018
Abstention   51,3 % 50,3 % 70,5 % 60,4 % 79,7 %
LREM / Modem 32,3 % 31,8 % 26,7 % 35,9 % 29,3 %
Les Républicains 15,8 % 23,7 % 39,0 % 17,7 % 23,7 %
Front national 13,2 % 17,5 % 7,5 % 15,3 % 10,1 %
France insoumise 11,0 % 12,2 % 11,6 % 10,1 % 11,5 %
Parti socialiste 7,4 % 9,1 % 2,6 % 5,5 % 6,9 %
EELV 4,3 % 4,5 % 3,9 % 6,2 %
Debout la France 1,2 % 3,8 % 4,3 %
Patriotes (Philippot) 2,0 % 1,2 %

Si les électeurs se sont peu déplacés, on observe cependant que les partis politiques arrivés en tête, c’est-à-dire Les Républicains pour l’opposition et LREM/Modem pour la majorité présidentielle, sont loin de prendre ces deux élections ponctuelles et peu mobilisatrices à la légère. Quatre législatives partielles doivent suivre ce printemps avant le test grandeur nature des Européennes de 2019. Il importe de s’imposer.

Les ténors s’investissent dans la campagne

Ce sont donc les ténors, pas moins, qui s’investissent dans la campagne : le Premier ministre Édouard Philippe et le secrétaire générale de LREM Christophe Castaner d’un côté, le nouveau patron des Républicains Laurent Wauquiez et la présidente LR de la région Ile-de-France Valérie Pécresse (réconciliés pour l’occasion) de l’autre.

On les comprend. Emmanuel Macron vient d’être élu, tout fonctionnait à peu près bien pour lui jusqu’à présent, les ordonnances Travail sont passées sans trop de contestation dans la rue, la presse mainstream est acquise au Président.

Mais quelques nuages arrivés à l’improviste dans un ciel décrété serein et printanier (prisons, Ehpad, Corse, révocation du patron de Radio France…) commencent à faire désordre. Or les deux résultats électoraux dont on dispose depuis la série électorale de 2017 montre que l’étoile scintillante du Président perd de son lustre. À Belfort comme dans le Val d’Oise, ce sont environ 6 points qui manquent à la majorité présidentielle par rapport à juin 2017.

Une recomposition politique notable

En face, Laurent Wauquiez aussi vient d’être élu. À la tête des Républicains seulement, mais l’idée est bien de placer la tête des Républicains à la tête de la France en 2022. Jusqu’à présent, Jean-Luc Mélenchon occupait à peu près tout le terrain sonore de l’opposition à Macron.

Mais les votes de dimanche dernier renvoient une image complètement nouvelle de la majorité et de son opposition. La France insoumise (FI) reste aux 11 % obtenus lors des législatives de 2017 mais se trouve néanmoins largement éclipsée par LR qui fait des bonds de géant dans les deux circonscriptions.

Quant à l’opposition d’extrême-droite, celle qui aurait pu s’installer naturellement dans le paysage compte-tenu de la présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle avec un score largement au-delà de son score de premier tour, elle a été rabotée d’importance.

La sécession menée par Florian Philippot avec son nouveau parti Les Patriotes2 a joué de 1 à 2 points, mais plus globalement, après son débat calamiteux avec Macron dans l’entre-deux tours de la Présidentielle, Marine Le Pen inspire moins confiance à son électorat qui s’est réfugié soit dans l’abstention soit chez Laurent Wauquiez, ce dernier ayant parfaitement perçu et récupéré le désarroi frontiste.

Le Parti socialiste mal en point

Reste le cas pitoyable du Parti socialiste. Très mal en point (6,4 % à la Présidentielle, et encore, avec les écologistes), très morcelé (pas moins de 4 candidats en lice pour prendre la tête du parti après la défection de NVB), pratiquement voué à l’éclatement final si l’aile gauche d’Emmanuel Maurel l’emportait, il est devenu un petit parti « divers gauche » tellement anecdotique et déboussolé qu’il n’a même plus la force d’appeler à faire barrage à la droite. La collusion d’antan connue sous le nom d’UMPS chère à Marine Le Pen est devenue en quelque sorte la collusion LR/EM, dénoncée aussi bien par le PS que par le FN.

On verra si tout ceci se confirme dans les urnes des prochaines échéances électorales. De nombreuses circonstances conjoncturelles peuvent changer les choses dans des proportions importantes en faveur de LREM ; notamment le fait qu’une reprise de la croissance mondiale se profile à l’horizon et qu’elle ne manquera pas, si elle se confirme, d’entraîner aussi la France, aussi « obèse » et mal dégrossie soit-elle dans son secteur public, vers une amélioration mécanique de tous ses indicateurs économiques.

Un nouveau système bipartite

Mais aujourd’hui, malgré le poids de l’abstention, je vois se dessiner une France revenue à un système politique bipartite entre la gauche et la droite (LREM/Modem et LR), complété de chaque côté par des partis secondaires mais significatifs (FI et FN) et assorti à la marge de nuances amusantes ou décoratives telles que PS, EELV, PC, Patriotes, Debout la France,  et autres extrêmes et divers.

Dans ce système, la gauche LREM est clairement social-démocrate à tendance sociétale, ce qui explique l’espace important retrouvé par l’extrême-gauche (contrairement à l’époque où le PS avait complètement phagocyté le PC) et la droite LR est conforme à la droite française telle qu’on la connaît depuis De Gaulle – un mélange de souci de gestion et d’efficacité combiné à l’interventionnisme étatique et à la préservation de notre modèle social sans tendance sociétale.

Comme d’habitude, la dimension libérale est absente des deux côtés, et je me retrouve à dire aujourd’hui ce que je disais dès mon second article du 4 février 2015. Il suffit de changer PS en LREM, tout le reste est invraisemblablement d’actualité :

Face aux politiques de dépenses publiques menées depuis 40 ans sans aucun succès, il devient urgent :
1) de s’opposer pour de vrai à la politique désastreuse du PS (chômage : 3,5 millions en cat. A, effacement de la responsabilité individuelle, interdictions toujours plus nombreuses).
2) de proposer une politique alternative d’essence profondément libérale (signifie entre autre recul de l’État dans la vie des citoyens).

La triste conclusion du jour, c’est que d’une élection partielle à l’autre, du début de mes contributions sur internet à aujourd’hui, trois ans ont passé et rien n’a vraiment changé.

Sur le web

  1.  Le total des voix exprimées ne fait pas 100 % car je me suis cantonnée aux candidats avec enjeu. Il resterait à rajouter le PC, l’UDI, plusieurs divers et des partis écologistes hors EELV.
  2.  Pour ajouter aux coïncidences, l’un des protagonistes de l’élection partielle du Doubs, la député européenne Sophie Montel, ex-FN ralliée maintenant aux Patriotes de Florian Philippot, était encore dans le coup cette année. Était, car elle a été sèchement éliminée dès le premier tour à Belfort.