Retour d’expat’ : quand l’administration perd vos papiers

L’administration française réserve quelques surprises aux expatriés de retour. Dans l’épisode d’aujourd’hui : la perte des permis de conduire.

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Permis de conduire by mallol(CC BY-NC-ND 2.0)

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Retour d’expat’ : quand l’administration perd vos papiers

Publié le 29 janvier 2018
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Par Sophie Auzerau.

Lors de notre dernière visite au Consulat de Houston, au mois de mai, nous avions soulevé la question concernant le retour de nos permis.

Certains États, dont le Texas, proposent d’échanger le permis français contre un permis texan, communément appelé ID. Les démarches sont rapides et efficaces : la nana du guichet te tire le portrait entre deux empreintes digitales, te dit que ton accent est adorable, et roucoule que ton nom est difficile à prononcer. Tu repars le coeur léger, le bonheur texan t’éblouit un peu à la sortie.

Tu viens de signer, sans le savoir, le contrat de l’emmerdement maximum post-expatriation.

Revenons-en à notre visite au Consulat. L’employé nous a très vite rassurés en nous expliquant que nous ne reverrions sûrement jamais nos permis, suite à un changement dans le protocole.

Voici donc sa version : les préfectures en France n’appréciaient pas que le Consulat conserve les permis que leur avait transféré le TxDPS (Texas Department of Public Safety), parce que ça leur prenait leur boulot. Donc, peu après notre arrivée, le DPS a commencé à renvoyer les permis directement en France où ils étaient remis à leur préfecture d’origine.

Ça, c’est la théorie.

Dès le mois d’août, nous avons rempli les dossiers, fournissant toutes les pièces et les formulaires requis. Le dossier complet envoyé, nous avons repris le cours de nos vacances sans plus nous soucier de tout ça. Après tout, il y a des gens dont c’est le boulot, nos permis n’allaient plus tarder.

Le 11 septembre, j’ouvre avec impatience une grosse enveloppe en papier kraft provenant de la Préfecture de Marseille. Nos deux dossiers COMPLETS s’y trouvent, accompagnés d’une lettre nous expliquant qu’une réforme a eu lieu et qu’à partir du 11 septembre, les dossiers seront traités à la préfecture de Loire Atlantique. Je suis sous le choc, car clairement une personne a attendu la date butoir pour nous renvoyer le dossier sans le traiter, préférant refiler le bébé merdeux à quelqu’un d’autre.

Comme il y a un numéro de téléphone sur le courrier, je m’empresse d’appeler et tombe sur une dame tout à fait charmante qui m’explique ne pas en savoir plus que moi et qu’effectivement nos dossiers d’impatriés seront désormais traités à Nantes.

Je renvoie donc les dossiers à Nantes. Deux semaines plus tard, l’Homme, breton, reçoit un permis temporaire en attendant qu’un nouveau lui soit fabriqué. Moi, rien. Je l’accuse donc d’être pistonné parce qu’il porte un prénom breton.

Plus de cinq mois plus tard, je n’ai toujours rien reçu. Le permis temporaire de l’Homme arrive à échéance dans quelques jours. J’ai toujours mon ID, l’Homme n’a même plus ça puisqu’il a du s’en séparer pour recevoir un permis définitif, jamais reçu.

Je conduis donc depuis six mois avec une ID texane périmée.

Après le gros stress des premières semaines, mes sorties me menant invariablement au bord des larmes, je dois dire que je prends les choses avec plus de philosophie tout en obéissant scrupuleusement aux limites de vitesse. Je me fais donc klaxonner, insulter et menacer très souvent, par des piétons et des pilotes de seconde zone.
Je pense souvent au mari de ma copine C. qui est gendarme et qui me regarderait avec des gros yeux s’il savait. Eh oui, je cache ce dysfonctionnement administratif comme une maladie honteuse. Je crierais bien sur tous les toits : « Je suis innocente, je suis une victime du système! » mais j’ai l’impression que c’est ce que clament tous ceux qui ont un truc à se reprocher.

Nous avons donc saisi toutes les solutions qui s’offraient encore à nous, restreintes malgré tout, puisqu’une réforme a supprimé la plupart des contacts physiques concernant les permis et cartes grises : tout se passe sur internet, plus d’interlocuteurs !

Comme c’est une expérience divertissante, je me permets de vous citer des extraits des emails reçus successivement par le service public et l’ANTS qui se renvoient la balle, ne sachant vraisemblablement pas quoi faire de nous !
C’est un plaisir pour les yeux :

L’Agence Nationale des Titres Sécurisés ne traite pas les demandes d’échanges et de permis étrangers. Les délais de traitement sont à prendre en considération.

Notre service est en charge du suivi de la production et de l’acheminement des titres.
Pour obtenir ces informations je vous invite à consulter le site www.service-public.fr.

Suivi de :

L’équipe de Service-Public.fr vous aide à trouver une information générale répondant à votre demande. Si nécessaire, nous vous orientons vers l’interlocuteur susceptible de compléter cette réponse.

Nous ne sommes pas en mesure de traiter votre demande qui relève de la compétence l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) – Permis de conduire.
Nous vous suggérons de contacter ce dernier à l’aide des coordonnées accessibles dans l’annuaire de service-public.fr.

Nous avons donc sorti le plan M, plan Merdique puisque le plan B est dépassé depuis longtemps, tout en espérant secrètement devoir aller jusqu’au plan Q, réconfortant.
Nous avons écrit à tous les ministres, secrétaires d’État et sénateurs des Français de l’étranger ayant un rapport de près ou de loin avec notre problème, sans succès.

L’espoir est né hier lorsque le Défenseur des Droits nous a contactés et dit s’être saisi du dossier.

Je venais de déclarer mon permis perdu, je ne sais même pas si ça sera accepté (les voies de l’administration étant comme celle du Seigneur, impénétrables), et à la question « quelles sont les circonstances de la perte de votre permis » j’ai répondu que la Préfecture de Nantes l’avait perdu. J’ai adoré ce moment de délation et je le referai avec plaisir si je pouvais.

Suis-je bête, ce moment arrivera certainement plus vite que je ne le pense et je suis quasi-sûre que le plaisir aura disparu. Je n’ai que peu d’espoir de voir une anomalie de l’administration française se résoudre, sans être accusée d’en être à l’origine.

C’est d’ailleurs ce que m’a laissé entendre mon interlocutrice du service des permis volatilisés par téléphone. Elle a d’abord écouté patiemment mon histoire sans piper mot. Comme c’était un peu long, et que le silence au bout de la ligne m’inquiétait, j’ai demandé à plusieurs reprises : « Vous êtes toujours là ? ».

Et je l’imaginais, le visage dans les mains en train de demander aux impénétrables voies du Seigneur : « Pourquoi moi ? » Je suis d’ailleurs fermement convaincue que c’est un point que l’on a eu en commun à un moment du récit.

Bref, quand mon histoire a été terminée, je suis quasi-sûre de l’avoir entendu compulser nerveusement son cahier pour trouver la démarche à suivre en cas « de coup du sort merdique ». Elle n’a pas trouvé et m’a recommandé deux solutions, déjà testées qui avaient aussi déjà échouées, puis m’a déclaré à plusieurs reprises : « Madame, je vous assure, si j’avais la solution, je vous la donnerais ! »

En fin de course et aussi désespérée que moi, mon interlocutrice m’a donc conseillé de me déplacer. À Nantes.

Sur le web

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  • C’est où, la France ?

  • « permis perdu », c’est bien. M’étant fait voler le mien lors de l’enregistrement d’un vol (en avion) à l’étranger, au vu des pièces nécessaires pour déclarer un « permis volé » le choix a été très vite fait. Sauf si j’avais décidé de rater mon vol (en avion) pour aller déclarer le vol (du permis) à la police avant d’aller faire de même à mon consulat le plus proche…

  • C’est là qu’on réalise à quel point l’administration française ne peut être transformée ni même son activité simplifiée ! L’irresponsabilité totale des fonctionnaires est la clef de voute de la protection des fonctionnaires. Tant qu’on ne pourra pas mettre en cause et éventuellement condamner un fonctionnaire pour une action fautive comme par exemple n’avoir pas dénoncé un pédophile, nous serons condamné à l’immobilisme… Je suis d’ailleurs conscient qu’en écrivant ce commentaire, je risque tout simplement des rétorsions….

    • Le problème étant que ce système est très bien foutu sur un point : ça ne sera jamais la faute d’un seul fonctionnaire qu’on pourra désigner du doigt…
      Mais de l’enchevêtrement de plusieurs facteurs, etc. etc. etc. etc.

      Ils auront au moins pensé à ça…

  • Il y a quelques années ayant perdu de longue date ma carte d’identité dans le pays où je réside, j’ai été sauvé par l’aide efficace d’une « vieille « employée du consulat
    En général il vaut mieux ne pas leur demander d’aide

  • Cet exemple montre bien la volonté de l’Etat à s’occuper de tout et son incapacité crasse. Des préfets ont pesté parce qu’on leur prenait leur travail.

  • Question bête : pourquoi au départ le Texas récupère le permis français ? Ne peut-il pas founir l’ID sans échanger ? (mais sur présentation du permis français, quand meme) ?

    • @AxS
      Bonsoir et bonne année,
      Echanger le permis français doit être une espèce de caution, qu’on récupère quand on rend le permis texan. Je suis comme vous, j’aurais eu du mal à leur laisser mon permis original. Dont on nous dit en France qu’il ne faut jamais laisser d’original à quelque organisme que ce soit.

  • Pourquoi ne pas avoir passé un permis texan?
    Ca ne coûte rien ou presque et prend sans doute moins de temps que les démarches d’échange.

  • le truc (j’ai ete expatrie plusieurs fois) c’est de declarer la perte AVANT le depart, de se faire faire un nouveau AVANT le depart de donner le « perdu » au pays d’accueil et de revenir avec son « nouveau » asat 🙂

    • Non, il faut donner le non perdu pour echange et garder le perdu
      , comme ca en cas de probleme il reste toujours un papier rose 🙂

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