Non au Parti unique des Femmes !

Faudra-t-il bientôt réglementer les relations hommes-femmes ? La polémique continue autour du féminisme.

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Non au Parti unique des Femmes !

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 22 janvier 2018
- A +

Par Élisabeth Levy.

Les masques n’ont pas mis longtemps à tomber. Voilà deux mois qu’on nous rebat les oreilles avec la libération de la parole de la femme. En vertu de ce nouvel impératif catégorique, toute parole sortant de la bouche des femmes (disons de certaines femmes) est encouragée comme on encourage les babillages d’enfants ou vénérée comme si elle témoignait d’un miracle.

Sauf que, bien sûr, on avait oublié de lire les clauses additionnelles en vertu desquelles la parole libérée doit suivre strictement la partition établie par les garde-chiourmes du féminisme. Toutes les femmes sont donc priées de proclamer librement qu’elles sont des victimes, au moins potentielles, et de dénoncer librement leurs « bourreaux », ainsi que l’impayable Sandra Müller appelle l’homme qui lui a parlé de ses « gros nibards ».

Et si elles ne le sont pas, en tant que femmes, elles sont instamment priées de se montrer solidaires de la grande vague. Autant dire que cette libération ressemble fortement à un embrigadement. Vive la parole libérée à condition que tout le monde parle au pas.

Mazette, quel vacarme !

À l’exception d’une Une de Causeur (qui n’a pas fait le bruit mérité) et de quelques prises de position isolées, tout ce que la planète compte de people, de belles personnes et de grandes voix mâles et femelles avait annoncé urbi et orbi son allégeance au Parti unique des Femmes.

Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes néo-féministes quand un texte, écrit par une escouade de chipies emmenée par Catherine Millet et signée par quatre-vingt-dix-neuf autres, dont Catherine Deneuve, Ingrid Caven et votre servante, a troublé ce sympathique consensus victimaire. Mazette, quel vacarme !

Cette toute petite parole libérée dans la mauvaise direction a fait s’étrangler de rage les dames de la bonne société médiatiques et exploser le braillomètre : contre-pétitions, défilé de tweets indignés, débats innombrables, interviews dans les médias du monde entier des unes et des autres (Australie, Allemagne, Pays-Bas et Israël pour ma seule pomme), sans oublier un torrent d’injures, sans doute éprouvant pour celles qui n’ont pas l’habitude de ces batailles de chiffonnières.

Les insultes ne dégradent que ceux qui les profèrent

On me dit qu’une chroniqueuse, qui est à elle toute seule un concours très serré entre la bêtise et la méchanceté, m’insulte sur Europe 1 en me traitant d’alcoolique (cela va sans doute faire remonter les audiences d’Europe 1). Pas mal d’amis ont eu la bonté de s’en indigner.

En vérité, cette indigence argumentative me met plutôt en joie car elle signale la faiblesse intellectuelle et psychologique de nos adversaires (il faut à l’inverse saluer la Charline de France Inter qui s’est payé ma modeste personne dans une imitation assez vacharde mais plutôt marrante, car reposant sur mes véritables ridicules, travers et autres tics de langage, d’écriture et de pensée. Pas mal vu, et au dessus de la ceinture. Dont acte.).

Espérons que madame Deneuve, qui a subi quant à elle un déluge d’une eau encore plus crasse, lui accorde autant d’importance, c’est-à-dire aucune. De même qu’un violeur n’attente pas à l’honneur de sa victime, il perd le sien, les insultes ne dégradent que ceux qui les profèrent et devraient les disqualifier.

Que les insulteurs aient pignon sur rue est un signe supplémentaire du niveau consternant du débat public. Que, par la magie noire des réseaux sociaux, toute demi-gloire médiatique puisse en quelques clics lever une armée de médiocres pratiquant la chasse en meute, planqués derrière leur téléphone comme des pilotes de drones derrière leur console, voilà qui fiche carrément la trouille.

À ce sujet, il n’y a qu’une foi irrationnelle en l’espèce humaine qui puisse sauver : une civilisation qui a produit Mozart et Freud ne peut pas se soumettre durablement à un pouvoir sans visage dont la légitimité se mesure au bruit qu’il fait.

Marlène, Ségo, Caro : des femmes en bataille rangée

Il est un peu décourageant, quoiqu’habituel, que les vierges les plus bruyamment outragées n’aient pas pris la peine de lire le texte qu’elles ont couvert d’imprécations. Les saintes patronnes du féminisme gouvernemental, ex-gouvernemental et para-gouvernemental, Marlène, Ségo et Caro (Schiappa, Royal et de Haas), sans oublier l’ineffable Laurence Rossignol, ont donc, comme prévu, grimpé au rideau et expliqué que les signataires faisaient l’apologie du viol ou le légitimaient et que le texte était une permission d’agresser.

Dans la foulée une cohorte d’hommes parfaitement domestiqués revendiquait sur le mode ricanant « le droit de mettre des mains au cul » (que les pétitionnaires leur auraient accordé).

Rappelons que la pétition commence par les mots : « Le viol est un crime ». Quant à la fameuse phrase sur les frotteurs, qui a choqué beaucoup de partisans du texte, peut-être était-elle un brin subtile – et dans le monde du premier degré, la subtilité est souvent une faute politique.

Tout en rappelant que le « frottage » est un délit, elle disait qu’on pouvait ne pas être traumatisée, ce qui signifie qu’on pouvait l’être, mais qu’on pouvait aussi s’en moquer royalement une fois le désagrément passé.

Il est tout de même curieux que cette idée fasse scandale : sous prétexte que certaines femmes sont traumatisées par des propositions indécentes ou des blagues salaces, il serait interdit à toutes les autres de s’en moquer ? Certaines femmes aiment être draguées à la hussarde, d’autres courtisées avec de grandes manières, d’autres encore détestent être draguées. Faudra-t-il nous aligner toutes sur ces dernières ?

Sexe totem et tabou

L’historienne Michelle Perrot se dit sidérée qu’on puisse manquer à la solidarité féminine. En somme, puisque des femmes sont victimes, nous sommes toutes des victimes. Nul ne nie que des femmes soient violées, battues, ou soumises au chantage d’hommes. Il est faux en revanche que cette souffrance soit la règle dans notre société.

Ajoutons qu’une femme qui subit une insulte ou une mauvaise blague d’un homme n’est pas plus en situation d’infériorité qu’un homme subissant la même chose d’une femme, sauf à considérer que les hommes sont structurellement plus forts, même en insulte, ce qu’il est difficile de soutenir.

La pétition Millet rappelle que les relations entre les sexes ne sont pas une promenade de santé et que le désir n’est pas le domaine de la règle, de la codification et du contrat, mais celui du trouble, du tourment, de l’ambiguïté et du rapport de force, bref qu’entre adultes consentants tous les jeux sont permis et que nul ne saurait s’arroger le droit d’édicter une norme.

Oui, la plupart des histoires commencent par un geste, un mot, un regard qui pourrait être considéré comme importun. La vision de la sexualité de nos dames-patronesses est confondante de naïveté, convaincues qu’elles sont de savoir comment ça marche. À les entendre, nous sommes toutes des Cécile de Volanges, l’oie blanche déniaisée par Valmont dans Les Liaisons dangereuses. Peut-être n’ont-elles jamais entendu parler de la marquise de Merteuil pour croire ainsi tout ce que disent les femmes ? Quant à l’idée qu’on peut jouer avec la domination ou y prendre du plaisir, elle ne semble pas les effleurer.

En attendant, la violence des réactions à ce qui n’est qu’un texte parmi des centaines affirmant le contraire a de quoi surprendre. Il faut croire que le nouvel archevêque de Paris, monseigneur Michel Aupetit, se trompe quand il dit : « aujourd’hui, le tabou n’est plus le sexe, mais Dieu ». En réalité, aucun autre sujet ne suscite une telle montée aux extrêmes dans le débat. Il faut croire au contraire que le sexe reste le grand tabou, voire l’ultime refuge de la subversion.

Le bazar qu’a mis notre petit poulet montre que, malgré leur infatigable activisme, les reines du contrôle, de l’interdit et de la sanction ne parviennent pas à normaliser le désir. Alors que des nuages noirs s’accumulent sur nos libertés, c’est une bonne nouvelle.

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  • Raz le bol, raz le bol que les gens se tournent systématiquement vers l’état pour réguler, réglementer, diriger nos vies !
    Je constate de plus en plus que les jeunes français sont devenus conformistes et n’ont plus de sens critique !
    Quand aux féministes, je leur souhaite d’être seules toute leur vie et rien que pour les faire ch…, je suis contre la PMA ! Ce ne seraient pas de bonnes mères !

  • Toutes le monde connaît votre franc parlez et la pertinence de vos analyses
    Ravi que des femmes courageuses montent au créneau, pour lutter contre la nouvelle dictature que l’on veut nous imposer
    Lorsque j’ai vu pleurer Brigitte Lahaie , j’ai compris que la ligne rouge avait été franchie. J’ai écouté de temps à autre son émission. J’avais noté le tact et la discrétion à laquelle elle répondait, ma femme le reconnaissait
    Elle parlait de vécu et non pas de toutes ces horreurs que l’on veut écrire un peut partout pour culpabiliser l’ensemble des hommes
    Même Madame Bardot qui en son temps revolutionna l’image de la vraie femme considère que la nature humaine a besoin de connivences et dambigu….pour aller au paradis

  • « De même qu’un violeur n’attente pas à l’honneur de sa victime »
    Si, quand même un peu…

  • Pour le reste, il faut bien reconnaître que tant que le soufflé des hystéries collectives, qui concernent autant la bande à Rossignol que la bande à Lévy, ne sera pas retombé, on ira de déconvenues en insultes et d’insultes en âneries.
    Il y a des réalités de harcèlement, qu’elles soient ostensibles dans la rue, ou feutrées dans les couloirs des entreprises, il y a bien sûr des violences criminelles (cela personne ne le nie), et il y a aussi bien sûr une guerre larvée des femmes contre les hommes, parce qu’il y a à l’origine un combat des hommes pour le pouvoir, et pas uniquement dans les religions monothéistes.
    Les femmes, qui n’ont acquis, en France, le droit de vote ou le droit d’avoir un compte bancaire à elle que vers le milieu du 20ème siècle, qui sont encore majoritairement moins payées, à travail égal, que les hommes, ont effectivement le droit de se plaindre, et le droit de le faire avec fracas, exagération et grandiloquence.
    Pour moi, le match entre ces deux bandes rivales – les féministes en peau de zob d’un côté et les bourges réactionnaires de l’autre – est nul. Nul aux deux sens du terme.
    Qu’on passe à autre chose et vite !

    • Comme à son habitude, JRdC nous sort du grand n’importe quoi!
      Je ne vois pas pourquoi on devrait payer pour les injustices faites aux femmes par les générations précédentes … On croirait à la même rengaine sur l’esclavage… Finalement, une histoire de pécher originel dont on se doit de porter le fardeau toute notre vie mais aussi de le transmettre à notre descendance.
      En ce qui concerne les différences de salaires, il me tarde de voir vos interventions sur le post de H16.

    • « il y a une guerre larvée des femmes contre les hommes, parce qu’il y a à l’origine un combat des hommes pour le pouvoir »


      @JeanRouleDuCable : Faux. Raisonnement collectiviste.

    • « Les femmes sont encore majoritairement moins payées, à travail égal, que les hommes »


      @JeanRouleDuCable : Faux. Un article de H16 publié aujourd’hui même explique que :
      « […] lorsqu’on épluche les études qui ont été réalisées dans le domaine, l’écart salarial hommes-femmes est surtout un artéfact : s’il existe bel et bien, il ne s’explique pas par une quelconque discrimination sexuelle, mais bien par des différences objectives : temps de travail plus faible pour les femmes, parcours de carrière différent, domaines choisis moins rémunérateurs, sélections privilégiées des secteurs aux contraintes sociales moins fortes ou avec moins de prises de risques qui entraînent aussi des salaires plus faibles, etc. Du reste, l’argument économique le plus simple est surtout le meilleur : si les femmes touchent systématiquement moins que les hommes à travail égal, pourquoi diable les patrons continuent-ils d’employer des hommes, plus cher de 20 à 30% ? Les employeurs seraient donc assez malins pour discriminer activement les femmes et les empêcher d’accéder aux postes mieux rémunérés, mais trop sots pour le faire avec les hommes ? »

      (PS: Je n’irai pas jusqu’à affirmer catégoriquement comme H16 que l’écart salarial hommes-femmes s’explique uniquement par des différences objectives, cependant je suis d’accord avec H16 sur le fait qu’elles expliquent grandement les raisons dudit écart salarial.)

  • Il est probable que cette vague hystérique viendra mourir sur la plage du temps qui passe. u demeurant il y avait du bon dans ces revendications, mais défendu par tant de sots personnages qu’on en reste confondu. Grâces leur soient rendues

  • merci pour cet article
    j’aprécie de voir qu’il existe en France des personnes qui savent raison garder.

    les violences sexuelles existent hélas et il faut luter contre.

    les escroquerie sur fond d’accusation fausse ou largement exagérée existent aussi et le doute profite rarement aux hommes

  • Merci à Élisabeth Levy pour ce pavé dans le marigot de celles qui se sont autoproclamées « féministes », comme si toutes celles (et elles sont nombreuses) qui n’adhèrent pas à leurs lubies n’étaient pas des femmes ! Au passage, on constate que les injures, les tentatives d’intimidation pour réduire au silence des femmes ne sont ici pas le fait « d’hommes » mais de certaines femmes, unies non par leur sexe, mais par leur idéologie. Les vrais clivages entre humains sont basés sur leurs idées et non sur leurs caractéristiques physiques et autres classements dont les adeptes sont incapables de donner une définition cohérente.
    Les idées séparent les humains en deux catégories :
    – ceux qui veulent imposer leur volonté aux autres par la violence
    – les autres, qui ont compris qu’ils n’en n’avait pas le droit.
    On peut toujours passer de l’une à l’autre.
    Les premiers sont en perpétuel conflit les uns avec les autres, car, évidemment, ce ne sont pas les mêmes volontés qui veulent s’imposer. Ces conflits portent invariablement sur les questions de savoir qui doit être exproprié, par qui, dans quelles proportions, selon quelles modalités, et sur le partage du butin. Avec leur prétention d’interdire aux autres femmes de s’exprimer, les soi-disant « féministes » affirment leur volonté de contrôler le corps de leurs victimes, à qui elles dénient le droit de l’utiliser comme elles l’entendent. Finalement, ces furies ne sont-elles pas justement ces oppresseurs qu’elles dénoncent ? Mais ce n’est pas nouveau.

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