La nouvelle querelle du féminisme

La tribune des femmes cosignée par Catherine Deneuve dans les colonnes du Monde suscite la réaction hostile d’une frange du mouvement féministe contemporain. Il devrait pourtant se réjouir de ce pluralisme.

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La nouvelle querelle du féminisme

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 17 janvier 2018
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Par Frédéric Mas.

Depuis maintenant une dizaine de jours, les passions se déchaînent autour de la tribune publiée dans les colonnes du Monde par un collectif de femmes défendant la liberté d’importuner « indispensable à la liberté sexuelle ». Ses signataires s’inquiètent de la vague de puritanisme aux accents liberticides qu’un certain féminisme médiatique a pu apporter dans son sillage avec l’affaire Harvey Weinstein.

Le féminisme devenu policier ?

En effet, certains commentateurs se sont inquiétés des propos outranciers défendus sur les réseaux sociaux par les social justice warriors, au-delà de la colère légitime suscitée par les pratiques de harcèlement moral et sexuel trop souvent tolérées en milieu professionnel.

Accuser sur twitter des individus d’agressions sexuelles jusqu’à leur faire perdre leur emploi sans passer par la case justice n’est pas digne d’un état de droit. Si derrière chaque homme il doit y avoir un violeur qui s’ignore, alors les plus sceptiques deviennent nécessairement « des allié.es des porcs » pour les nouveaux adeptes de la chasse aux sorcières. La guerre des sexes ne supporte pas le compromis.

Il y a une injonction morale collectiviste adressée à toutes les femmes qui mérite d’être soulignée ici : les signataires de la tribune publiée dans Le Monde sont des traîtresses à la cause des femmes, elles abdiquent leur identité commune de femmes pour se laisser aller à des positions critiques individuelles nécessairement « bourgeoises » ou « néoconservatrices »1.

La contestation du féminisme officiel et subventionné

L’appel à la complexité pour comprendre les relations hommes-femmes devient subterfuge patriarcal que les représentants du féminisme officiel et subventionné se doit de déjouer. Il n’a pas forcément bonne presse auprès de ces associations militantes dont les aides publiques dépendent largement de la guerre qu’elles ont déclarée aux hommes qui se tiennent les jambes écartées dans le métro.

L’émergence du tribalisme moral

Toutes les critiques, heureusement, ne se sont pas calquées sur ce motif moral pour juger de l’entreprise de Catherine Deneuve et des cosignataires de la tribune. Seulement, le rôle conjugué des médias et des réseaux sociaux semble avoir polarisé à l’extrême les partisans et les opposants jusqu’à l’évaporation de toute prudence et de toute possibilité de dialogue raisonnable.

Plus encore, c’est au tribalisme moral le plus basique que se trouvent maintenant livrés les courants internes au mouvement féministe : pour Joshua Greene, cet aspect de notre morale est sans doute inné, et tend à biaiser nos jugements en faveur de notre propre camp au détriment de celui d’en face.

Sortir de cette spirale infernale demande de sortir de la logique tribale du collectif défendue par le féminisme devenu policier, et de reconnaître enfin que le féminisme est pluriel.

 

  1. Nous mettons ici de côté certains des propos maladroits de Brigitte Lahaie et de Catherine Millet qui ont pu choquer pour se concentrer sur le texte publié lui-même, et les réactions hostiles qu’il a suscitées.
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  • Le monde reste pour d’aucuns la référence de la bien-pensance. À Madrid je préfère El Mundo
    Le rancie féministe a encore évacué sa bile anti machiste. Il y a encore des femmes qui aiment les hommes,qui sont montées au créneau. La pensée n’est pas univoque
    Merci Catherine Deneuve, dommage de s’être culpabilisée
    Je ne parle pas de BRIGITTE Lahaie dont les émissions a permis à certains de pouvoir faire le point

  • La séduction s’arrête la où commence la lourdeur et le harcèlement ne saurait être le début de la séduction. Non ?

  • Au départ, il y avait la courtoisie, dans laquelle le respect de la femme n’était pas en option, ou le contacte physique se limitait à la main pour les plus audacieux.
    Puis vint les soixante-huitards qui dénoncent la courtoisie comme une coutume bourgeoise qui empêche la libération sexuelle.
    Résultat, les porcs sont en remis en liberté.
    Et maintenant les féministes veulent revenir à une pudibonderie digne de l’époque victorienne.
    Ce serait presque drôle si les libertés individuelles n’étaient pas en jeu.

    • C’est pourtant simple : on ne touche pas. C’est la limite.

      Maintenant un cas d’école. Dans le bus, un homme tripote une femme (agression). Il se prend une baffe ou une sévère réprimande (ça c’est normal, l’une comme l’autre). Vexé il lève la main pour frapper. Irez vous au secours de cette femme ?

      Je ne doute pas que oui. S’il y avait plus d’homme dans votre cas, nous n’en serions pas là.

      • @Synge
        Bonsoir et bonne année
        En France, l’individu giflé peut porter plainte pour agression, coups et blessures. S’il lève la main en représailles et qu’un autre homme intervient et le recadre avec véhémence, il encourt aussi une plainte.
        La France et l’Allemagne ont toutes les deux la même loi sur la non-assistance à personne en danger et qui date de l’Occupation. D’un côté la loi nous punit si on agit, et de l’autre elle nous punit si on n’agit pas.
        Etre un gentleman, un gentilhomme, galant, voire chevaleresque est devenu hautement ringard.

  • Depuis 30 ans le mouvement féministe reste indifférent au sort des femmes et jeunes filles des quartiers musulmans. En contre partie la révolte est mondiale quand on « apprend » qu’un producteur d’Hollywood pratique la promotion canapé avec les starlettes.

  • Pour se réjouir de ce pluralisme, il faudrait d’abord que ces féministes fassent preuve d’intelligence et d’honnêteté!

    • Absurde ! Chacun a le droit de défendre le point de vue qui est le sien, quelque soit le jugement que vous portez sur ce point de vue.

  • La gauche a toujours eu horreur du pluralisme et de la liberté d’expression. Donc pas étonnant que les mégères de gauche fondent sur leurs semblables raisonnables et intelligentes! Surtout quand on voit la tête de Caroline de Haas du PS. Par contre les violences, allant jusqu’aux meurtres, sur les femmes musulmanes elles s’en fichent complètement. Hollywood c’est tellement plus important !

  • Si Georges Clooney drague ça s’ appelle de la séduction……..Si le beauf lambda fait la même chose ça s’ appelle du harcèlement.

  • Dans tous ces mouvements anti racistes ou féministes il y a des petits SS d’ extrême gauche qui veulent faire table rase de tout.

  • Tout ce cirque part d’un homme qui a usé de sa position et de quelques langues qui se délient. Cet homme est un porc, pour être poli, s’il a fait la moitié de ce qu’on lui reproche. DSK est dans la même veine.
    Depuis il y a le cirque sur le « harcèlement de rue » où toute une meute de féministes différentes se sont crêpées le chignon. Par contre, aucune d’entre elles ne s’est émue de voir qu’un individu peut enlever une gamine de 11 ans, la garder 2 jours chez lui, et être condamné pour « attouchements sexuels » à 6 mois avec sursi. IL ne fut pas question de harcèlement, ni de frotteurs de métro, ni de viol, ni de kidnapping ni même de séquestration. Elles ne se sont pas senties « concernées » par l’hisoire de cette gamine. C’est beau la sélection des sujets.
    Elles sont dans le même flow que les associtaions anti-racismes qui n’ont pas été émues par les agressions intentionnelles de la population asiatique d’Aubervilliers.

  • on ne pourra plus leur dire qu’elles sont jolies elles diront que c’est du harcèlement .Dans quelle époque vivons nous

  • Les commentaires sont fermés.

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