Contre le néopuritanisme, un autre féminisme est possible

Les excès d’un certain féminisme néopuritain vont-ils réussir à intoxiquer les relations hommes-femmes ? Une tribune du think tank Les Affranchies pour penser le féminisme autrement.

Une tribune des Affranchies

Un collectif de femmes a publié dans le journal Le Monde une tribune intitulée : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ». Parmi les signataires on trouve Catherine Deneuve, Élizabeth Levy, Catherine Millet, Sophie de Menton notamment.

Ce sont des femmes qui ont traversé les dernières décennies avec fougue et passion et se trouvent aujourd’hui éberluées par les récriminations puritaines qui ne cessent d’incriminer les hommes.

Sidérées comme elles par une certaine dérive des combats féministes, nous écrivons cette tribune pour joindre nos jeunes voix aux leurs et écrire sans ambages : il n’existe pas un féminisme d’aujourd’hui et un féminisme d’hier.

Des femmes de 7 à 77 ans refusent d’être victimes de la bonne conscience féministe et militent pour être avant tout des personnes libres. Nous les Affranchies, refusons de vivre dans un monde désexualisé, sous le joug d’une sororité mondaine. Nous craignons que sous couvert de briser les codes anciens, certains combats en créent de plus stricts, et dénonçons avec vigueur l’aseptisation des rapports entre les hommes et les femmes.

L’homme n’est pas l’ennemi

Dans  leur sillage nous refusons le sombre tableau de la masculinité  actuellement peint. En refusant celui-ci nous refusons de grimer l’un en grand méchant loup, et l’une en chaperon rouge. Le viol est un crime, et la loi le condamne à juste titre.

La galanterie quant à elle n’en est pas un, tout comme l’évocation sous quelque forme que ce soit d’une attirance d’une personne pour une autre.  Les femmes ont le droit d’apprécier la drague lourde, la caresse déplacée, le texto aguicheur. Tout comme elles ont également le droit de les rejeter ou de les dénoncer.

Mais aucun de ces deux comportements ne devrait être jugé plus moral que l’autre et nous ne sommes pas certaines que la condamnation judiciaire soit la bonne solution par principe, et pour chaque situation.

Car à trop judiciariser ces excès masculins nous validons une lecture des relations homme/femme en termes de bourreau et de victime. Faisons l’effort de ne pas tout mélanger. Faisons le pari d’une société faite de femmes trop conscientes pour n’être, qu’à répétition, des victimes.

Draguer n’est pas violer

La drague a la vie dure ces temps-ci. Enfin, la drague de rue, de café, de bureau, celle qui s’expose au quotidien ; celle qui se cache dans les applications de dating, la télé-réalité, ou les messageries instantanées a le beau rôle. D’un côté on condamne l’audace, de l’autre on célèbre par l’usage et la pratique une sérénade grossière. D’un côté on condamne l’homme qui drague avec insistance dans un bar, de l’autre on fantasme toujours sur les ébats aquatiques de Loana et Jean-Édouard.

Les princesses du XXIème siècle sont des bipolaires capables de rendre n’importe quel homme totalement schizophrène. La tornade de leur libération finira peut-être par mener ces grands dadais un peu paumés à la perte totale des repères de leur virilité. Les rôles sociaux n’ont pourtant pas que de mauvais côtés, ils sont aussi des aiguillons dans la quête de soi.

Vive l’audace féminine !

Si les comportements abusifs et les agressions doivent être condamnés avec force, il est également temps de prendre nos responsabilités, de choisir la société que nous voulons. D’un côté la parole se libère, les différences sont montrées et célébrées pour le meilleur. De l’autre les expositions sont de plus en plus censurées, les films déprogrammés, les lycées renommés pour coller à l’air du temps.

Cachez ce sein que je ne saurais voir, oubliez cette scène où les cuisses s’ouvrent avec trop d’enthousiasme, ne vous revendiquez pas de descendre des Olympe, Simone et autre Marguerite qui ont lutté avec passion hier pour qu’aujourd’hui soit possible.

Et l’on en revient à elles pour conclure. Ces femmes d’un autre temps, érigées en modèles de combattantes, rappelons-nous bien qui elles étaient. Elles ont lutté avec leur plume, mais aussi avec leur habileté, leurs seins et leurs fesses.

Elles ont remporté des combats salutaires et se sont hissées sans passe-droit mais avec ingéniosité à la même hauteur que ceux qui avaient hérité de tous les droits. Elles n’ont jamais voulu être reconnues comme des victimes, elles n’ont jamais voulu avoir davantage, elles ont tout fait pour être considérées simplement comme des individus.