Féminisme : la robe noire des Golden Globes

Plusieurs femmes se sont habillées de noir aux Golden Globes pour protester contre le sexisme, mais pas toutes, occasionnant une tempête d’indignation sur les réseaux sociaux.

Par Fanny-Gaëlle Gentet.

La cérémonie des Golden Globes ! Son tapis rouge, son défilé de stars, ses flashes qui crépitent, ses bijoux qui brillent, ses robes qui attirent tous les regards…

Cette année elles n’étaient pas censées avoir cette fonction. Cette année les robes devaient attirer l’attention sur un problème.

Les robes se devaient d’être noires, en soutien au mouvement Time’s Up créé en réponse à l’Affaire Weinstein qui a fait trembler Hollywood en fin d’année dernière.

Toutes les actrices, ou presque, se sont pliées au jeu et se sont empressées d’enfiler leur plus belle petite robe noire pour poser et sourire aux photographes.

Des irréductibles aux robes colorées

Ou presque ; car une poignée d’irréductibles se sont présentées en tenue colorée, en rouge, en saumon, ignorant la règle tacite de la soirée.

Sur twitter, ces irréductibles ont évidemment été montrées du doigt, parfois même insultées, accusées de tourner le dos à leur propre cause, de refuser de soutenir les victimes de Weinstein, et toutes les victimes d’abus.

Les internautes se sont acharnés sur l’une d’entre elles, l’attaquant sur sa robe jugée trop sexy, trop échancrée, la découvrant totalement et faisant d’elle une femme objet s’habillant pour satisfaire l’appétit d’hommes comme Weinstein.

Elle a répondu en se défendant tant bien que mal, arguant que « le problème ne se résumait pas à la couleur de sa robe, et que c’était sa façon à elle d’être féministe »

Sexisme passif

Il y a tellement d’éléments dissonants dans cette histoire que je ne sais par où commencer.

Elle débute par ce que je nommerai du sexisme passif. La règle recommandant de s’habiller de noir lors de la cérémonie, sans être directement sexiste, ne vise clairement que les femmes. Lors de ce genre de cérémonie, les hommes sont en costume et très peu d’entre eux s’amusent à porter un costume de couleur.

Demander à un homme de se vêtir de noir pour une cérémonie officielle consiste à  lui demander de faire comme d’habitude.

Les femmes, quant à elles, doivent se montrer créatives avec leurs tenues (il existe  même des émissions américaines de télévision avec comme unique thème le choix d’une robe pour tapis rouge).

On pourrait argumenter que les abus sexuels à Hollywood sont commis majoritairement sur les femmes et qu’il leur appartient d’être à l’honneur, de s’affirmer, de se rebeller enfin.

Mais majoritairement ne signifie pas exclusivement, alors pourquoi ignorer les victimes masculines ?

Et pourquoi ne pas offrir à chacun, victime ou non, femme ou homme, la possibilité de montrer son soutien ?

Les femmes n’ont jamais tort

Dans le cadre de la lutte contre les abus sexuels, au travail, dans la rue ou même dans l’intimité de nos foyers, un élément est à mon avis primordial : quelles que soient les circonstances, la femme, ou la victime, n’est jamais en tort.

Elle n’a pas aguiché, provoqué, oublié de dire Non, et sa tenue vestimentaire n’excuse en aucun cas le crime. En aucun cas les intentions d’une femme ne peuvent se mesurer sur l’unique critère des vêtements qu’elle porte.

N’est-ce pas justement ce que tous ont fait en montrant du doigt ces femmes dans leur robe colorée ? Ne font-ils pas exactement l’inverse de ce qu’ils défendent en s’en prenant aussi violemment à une simple tenue vestimentaire ?

Elle n’ont pas défilé sur le tapis rouge avec une pancarte défendant Weinstein ou affichant qu’elles ne soutenaient pas les victimes d’abus, tout comme les femmes en mini-jupe qui ce faisant n’annoncent pas qu’elles sont d’accord pour être violées ; elles ont simplement décidé de choisir leur tenue, dans la pleine expression de leur liberté. Les unes comme les autres. Pourquoi les unes serait à blâmer et pas les autres ?

Hypocrisie en robes noires

Avez-vous détaillé certaines de ces robes noires (je ne citerai personne car je ne suis pas là pour critiquer des vêtements) mais certaines étaient extrêmement échancrées et tout aussi vulgaires que la robe rouge susmentionnée.

Ces robes ne placent-elles pas la femme qui les porte dans le rôle de la femme objet s’habillant pour satisfaire l’appétit d’hommes comme Weinstein ?

N’est-il pas pire de procéder avec autant d’hypocrisie, comme si la couleur noire suffisait à excuser la légèreté de la robe ?

Beaucoup de bruit pour rien peut-être. Beaucoup d’énergie mal utilisée surtout, comme souvent, pendant que des millions de femmes, d’hommes et d’enfants continuent de subir des agressions.