Petite fable sur la retraite (pour ceux qui croient encore en avoir une)

Retraites By: Franck Michel - CC BY 2.0

Dialogue imaginaire entre un député et un jeune sur la retraite par répartition à la française.

Par Jacques Clouteau.

— Bonjour monsieur le député.

— Bonjour jeune homme, que souhaitez-vous me demander ?

— Eh bien voilà : j’aimerais vous entretenir du système français de retraite.

— Très bien je vous écoute.

— C’est très simple : je ne souhaite pas y participer, je ne souhaite pas cotiser à ce machin, je veux que mon employeur me verse mon salaire intégral sans faire de déduction.

— Mais vous n’y pensez pas, si vous ne cotisez pas, vous n’aurez pas de revenu quand vous serez vieux.

— Bah si justement j’y pense. Mes grand-parents, qui étaient des agriculteurs travailleurs, prévoyants et économes, ont acheté plusieurs maisons, et ils les louent à l’année pour certaines, pendant la saison d’été pour d’autres. Ils viennent de faire une donation à leurs petits-enfants, dont moi, et quand ils partiront, je posséderai en pleine propriété une maison que je vais diviser en petites locations de vacances. J’aurai donc assez pour vivre et je n’ai pas besoin de vos caisses de retraite.

— En supposant que ce soit possible…. Mais vous n’avez pas le choix, jeune homme, ce système est obligatoire, il fonctionne justement grâce à la solidarité entre les générations. Vous cotisez pour que vos parents et grand-parents aient une retraite.

— Je n’ai pas l’impression que vous m’ayez écouté, monsieur le député, je viens de vous dire qu’ils n’ont pas besoin de mes cotisations puisqu’ils ont épargné suffisamment…

— Mais il n’y a pas que ça, il y a aussi la solidarité, tout le monde ne peut pas épargner, n’êtes-vous pas solidaire jeune homme ?

— Non, je ne suis pas solidaire, mes grand-parents, qui ont connu les deux guerres mondiales, m’ont appris qu’il fallait travailler beaucoup, épargner son argent et ne compter que sur soi.

— Ah oui, beau raisonnement. Et que fera celui qui a un faible revenu, avec vos idées ?

— Eh bien c’est quand même simple, monsieur le député, il pourra déjà épargner l’argent qu’on ne lui prendra plus de force. Dois-je vous rappeler que sur un salaire brut de 1600 € on lui escroque 482 € à lui et à l’entreprise. Désormais cet argent sera à lui totalement et il en fera ce qu’il voudra…

— C’est facile à dire jeune homme, tout le monde n’a pas cette capacité. Au moins avec le système de retraite par répartition, il a un revenu garanti.

— Ça veut dire, monsieur le député, que ce n’était pas la peine que mes grand-parents épargnent toute leur vie. Ils n’avaient qu’à tout dépenser sans penser au futur ?

— Ce n’est pas exactement ce que je voulais dire. Ces cotisations sont un salaire différé en quelque sorte…

— Eh bien moi, je demande la liberté de choisir. Que celui qui ne veut pas se casser la nénette reste avec votre système, moi je souhaite faire ce que je veux de mon argent. Je l’ai gagné, il est le fruit de mon travail, il est à moi !

— Vous êtes inconscient, jeune homme, et s’il vous arrive un accident de la vie, que ferez-vous ?

— Monsieur le député, avec tout le respect que je vous dois, vous me jugez assez intelligent pour payer mes impôts sur le revenu, ma taxe foncière, ma taxe d’habitation, l’assurance de ma voiture, pour élever des enfants, pour acheter une maison, pour payer l’assurance de ma maison, pour éventuellement me mettre à mon compte, mais apparemment vous me jugez trop con pour préparer ma retraite…

— Glurp…