Le président Macron a-t-il été raciste en faisant de l’humour ?

Emmanuel Macron a été critiqué pour avoir fait de l’humour pendant que s’absentait le président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré. Du racisme, vraiment ?

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Le président Macron a-t-il été raciste en faisant de l’humour ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 3 décembre 2017
- A +

Par Philippe Bilger.

Le président Macron a-t-il été raciste ? L’interrogation est brutale.

Aussi peu pertinente qu’elle soit, certains n’ont pourtant pas hésité à fustiger le comportement du président français comme raciste quand il s’est amusé – un peu longuement – avec son « il est parti réparer la clim », à la suite d’une courte absence du président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré.

Celui-ci n’a été « choqué par rien » et leurs relations chaleureuses, caractérisées notamment par le tutoiement, sont demeurées au beau fixe.

Ce ne serait que l’un des épisodes dérisoires qui nourrit la saga Macron pour des médias à l’affût de tout ce qui pourra venir mettre du léger, voire de l’anodin dans des moments graves et novateurs marqués notamment par un discours africain remarquable en dépit de ce péché mignon présidentiel : deux heures, c’est trop !

On aurait pu s’arrêter au côté « potache » de la personnalité du Président. Il l’a démontré tout au long de ses années de jeunesse et d’ascension. Relevé par beaucoup de ses condisciples et amis, il ne l’a jamais mis à l’abri d’une blague, d’une saillie ou d’une drôlerie. Ce n’est pas tragique, même dans un cadre officiel ! (Le Figaro)

Pour anticiper j’admets volontiers que j’étais moins indulgent avec Nicolas Sarkozy : le vulgaire, chez lui, prenait trop de place !

Comme une controverse cependant a surgi au prétexte qu’Emmanuel Macron aurait été condescendant et raciste à l’égard de ce président africain et dans ce pays que je connais bien et que j’apprécie, il convient de s’attacher à sa réplique qui est convaincante mais surtout stimulante : elle laisse entendre qu’il y a un racisme paradoxal qui ne vient pas du mépris ou de l’arrogance mais d’une affectation de gentillesse systématique et compassionnelle.

D’une obsession de complaire se piquant d’être humaniste mais qui, à force de ne pas vouloir traiter l’autre, africain, asiatique ou arabe, comme n’importe qui, en est conduit, avec la meilleure volonté du monde, à créer une distance, à manifester subtilement ou ostensiblement la différence des univers, des personnes et des origines.

Un racisme de la fausse élévation, de l’apitoiement distingué, de l’abstention choquante, du rire refoulé, de la bienséance empesée.

J’approuve totalement le président de la République quand il déclare :

Considérer qu’on ne peut pas faire d’humour avec un dirigeant africain, ce serait étrange !… Le rire est une relation d’égal à égal… J’en fais avec les dirigeants européens, je considère le président Kaboré de la même façon.

On est toujours sûr de trouver sous l’anecdote et sa superficialité des opportunités de réflexion plus profonde. En l’occurrence, cette piste ouverte et cette évidence formulée : le racisme n’est pas là où on prétend le trouver – et avec quel acharnement ! – habituellement.

Il y a la possibilité sans doute, à partir de son propos sur l’égalité qui n’impose pas qu’on regarde autrement nos frères humains quelle que soit leur couleur de peau, d’imaginer, d’inventer une politique qui soit moins de commisération que de considération. Moins imprégnée de déception chronique et fatale que d’espérance et de volontarisme. À l’égard des jeunes gens de nos cités difficiles, le discours est lassant qui s’étonne de la plus petite réussite. Comme s’ils étaient incapables de donner ce qu’on exige naturellement des autres ailleurs. Parce qu’on a une telle peur d’être accusé de racisme qu’on tombe alors dans le racisme le plus pervers qui soit : celui qui appréhende l’autre comme un inéluctable fiasco.

Aimer, secouer, convaincre, se révolter, stimuler, protester, juger, accabler, féliciter, attendre le meilleur, déplorer le pire, condamner l’absence d’efforts et de travail, féliciter l’énergie singulière et collective : autant d’attitudes qui loin d’offenser constitueront le contraire du racisme.

La vérité et l’humanité permettront d’échapper toujours à ce poison.

Il ne surgit et ne gangrène que si une supériorité est affichée, proclamée ou une infériorité présumée. Il ne faut être ni trop bêtement mauvais ni trop mécaniquement bon : la conséquence serait la même.


À lire aussi : John Cleese : « Tout humour est critique ».

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  • L’humour est drôle lorsque l’on est de la même civilisation. Et confondre notre civilisation avec la civilisation, c’est la nouvelle forme de colonialisme acceptée par les médias. Macron fera-t-il de l’humour avec Daesh ?

    • Je comprends très bien que vous reprochiez à l’humour de Macron de ne pas être drôle, mais raison de plus pour le laisser montrer sa vraie nature.

  • Vous êtes vraiment gentil à Macron..qui a eu un trait d’humour….pour signifier au président qu’on ne quittait pas la salle quand Jupiter parle..pas raciste du tout mais..

  • L’humour est bon lorsque la « victime » est la première à en rire. Ce n’est pas le cas ici. Surtout devant un parterre d’étudiants prêts à « rigoler » sur le dos de l’Autorité.
    Racisme, non. Mais incorrection, oui.
    Et ce n’est pas acceptable de la part d’un président.

  • Je n’ai pas vu le Président Burkinabé partir en pouffant de rire, mais plutôt comme quelqu’un qui aurait été blessé par une telle familiarité entre deux présidents qui se doivent un respect mutuel. Le non respect est un signe de racisme dans un pays africain, quoiqu’en dise notre Président Macron. j’aurais préféré qu’il fasse de l’humour à propos de Boorlo qui s’est occupé de l’électricité en Afrique, cela aurait été plus intelligent.

  • Nous sommes dans l’ère du politiquement correct et cela m’use….

    Personnellement je n’ai point été choquée

  • Macron, raciste ? peut-être. Humoriste ? douteux. Méprisant ? certes !
    En tous cas, c’est une grossièreté inqualifiable que « d’ironiser » ainsi en l’absence de l’intéressé qui de surcroît vous accueille.
    Rappelons nous : « Une gare est un lieu où l’on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. » Ses propos se veulent humoristiques mais ne sont que mépris vis-à-vis de tous ceux qui ne gravitent dans « la sphère jupitérienne » parisienne ! C’est l’affirmation d’un adolescent malappris, manquant d’assurance qui veut jouer et s’affirmer dans la cour des grands !

  • Je ne vois ni racisme ni humour, juste de l’incorrection, pour ne pas dire de la grossièreté. M. Macron ne sait pas se tenir, il est mal élevé, c’est tout!

  • En même temps, s’il s’était montré obséquieux, certains (les mêmes?) y auraient aussi vu du racisme hypocrite.

  • J’ai trouvé le trait humour de Manuel Macron déplacé et si RMC Kaboré a pris le parti d’en rire, c’est qu’il a pris sur lui et s’est montré plus intelligent que notre homoncule présidentiel qui avait pris le risque, de provoquer un incident, pour mettre les rieurs de son côté.
    Je ne suis pas sûr toutefois que dans l’entourage présidentielle du Burkina, tout le monde aura apprécié cet humour au dépend de l’hôte. Tourner en bourrique son hôte, est-ce cela de l’humour ?
    Maintenant, à voir là du racisme, me paraît relever de l’obsession.

  • L’amour immodéré de Bilger pour Macron n’a pas sa place dans Contrepoint, ce n’est pas la place pour du lèche botte!

  • Les commentaires sont fermés.

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