Comment et pourquoi stopper le Brexit ?

L’ancien vice-premier ministre de Grande-Bretagne Nick Clegg signe un essai vigoureux pour expliquer l’erreur du Brexit et la nécessité de repenser l’Europe.

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Comment et pourquoi stopper le Brexit ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 29 novembre 2017
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Par Thierry Godefridi.

L’ancien chef du parti libéral-démocrate et Vice-premier ministre du gouvernement britannique de coalition dirigé par David Cameron de 2010 à 2015, Nick Clegg, explique à ses compatriotes dans « How to stop Brexit and make Britain great again », un ouvrage de quelque 150 pages, pourquoi et comment il leur faut arrêter le Brexit.

En exergue de son propos, cet europhile, qui a épousé une Espagnole, mère de ses trois enfants, et qui parle cinq langues, cite Sophocle (« Tous les hommes commettent des erreurs, mais un homme bon cède quand il voit qu’il fait fausse route… Le seul péché est l’orgueil ») et cette phrase, prononcée en 2012 dans un discours intitulé « Europe : It’s time to decide » par… l’actuel ministre conservateur en charge du Brexit, David Davis : « Si une démocratie ne peut pas changer d’avis, ce n’est plus une démocratie ».

Et Nick Clegg de poser la question : « Au nom de quoi ne pourrions-nous pas changer d’opinion quand nous constatons que les événements ne se déroulent pas comme on nous l’avait prédit ? ».

Ode à la clairvoyance

Comme l’indique son titre, ce livre ne consiste pas en une ode au rêve perdu d’une grande Europe fraternelle – les Britanniques n’en ont jamais rêvé – mais en une exhortation à la clairvoyance dans l’intérêt même de la Grande-Bretagne.

Rétrospectivement, la Grande-Bretagne commit l’erreur de se montrer plus généreuse que la plupart des autres pays européens en donnant libre accès aux ressortissants des nouveaux pays membres de l’Union européenne lors de l’élargissement aux pays de l’Europe de l’Est.

Cette générosité permit par la suite à des populistes comme Nigel Farage d’accuser l’Europe d’être responsable de l’invasion en Grande-Bretagne de dizaines de milliers d’immigrants, susceptibles de compromettre l’emploi et la sécurité des citoyens britanniques de souche.

La crise de l’euro et la peur de se voir contraints de participer au sauvetage d’États ruinés aiguisèrent la méfiance des Britanniques à l’égard de l’Union européenne et suscitèrent l’adhésion de beaucoup au message populiste de Farage, « Let’s take our country back ».

Mais, dit Nick Clegg en substance, l’élection de Trump, le Brexit et l’émergence de cette clique de populistes qui ont comme point commun leur admiration pour l’image de marque autoritaire d’un Vladimir Poutine ont sorti les démocrates européens de leur torpeur et les ont poussés à écouter leurs concitoyens, à préconiser des réformes et à réaffirmer leurs positions libérales, internationalistes et pro-européennes avec une passion retrouvée.

Le peuple britannique trompé

Depuis le Brexit, le monde et l’Europe ont considérablement changé. Pourquoi, compte-tenu de ces changements, le peuple britannique serait-il malvenu à se raviser ? Et ce d’autant plus que ce dernier a été ignominieusement trompé par les Farage, Boris Johnson, Michael Gove qui prétendirent que le Royaume-Uni envoyait chaque semaine un chèque de trois cent cinquante millions de livres sterling à l’Union européenne, privant ainsi la sécurité sociale britannique d’autant de moyens qui lui seraient, autrement, dévolus.

« Personne n’a voté pour devenir plus pauvre », répète Nick Clegg, en se faisant l’écho de l’actuel chancelier de l’Echiquier, Philip Hammond, « pourtant, c’est exactement ce qui est en train de se produire ! » Et, pendant ce temps, David Davis persiste à prétendre que la Globale-Bretagne intégrera une zone de libre-échange « probablement dix fois aussi importante que l’Union européenne », propos d’une stupidité consommée puisqu’une telle zone, en termes de PIB, dépasserait la taille de la planète…

Un pays d’importance moyenne

Quoi qu’en disent les zélateurs d’une « anglosphère » de l’Australie à l’Amérique en passant par tous les anciens territoires de l’empire, la Grande-Bretagne doit se rendre à l’évidence, elle est désormais un pays d’importance moyenne.

Cité par l’auteur, un membre influent du parti conservateur l’admit pendant la campagne en vue du référendum sur le Brexit, en avançant, en faveur du maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE, l’argument selon lequel les institutions internationales et multilatérales offrent le choix aux États-nations entre s’associer en cédant un peu de leur souveraineté de manière contrôlée et en céder beaucoup de manière incontrôlée. Cette éminente figure du parti conservateur dirige aujourd’hui le Gouvernement du Royaume-Uni.

« Comment le Gouvernement britannique pourrait-il négocier le Brexit alors qu’il n’a pas fini de le négocier en son sein ? » s’interroge Nick Clegg, lequel, au train où vont les choses, ne voit que trois issues possibles pour le Gouvernement en place : 1) de continuer sur la même voie, celle de l’échec total ; 2) de demander une extension du délai prévu à l’article 50 ; 3) d’accepter qu’il y va de l’intérêt de la Grande-Bretagne, d’un point de vue économique et politique, de rester temporairement ou de manière permanente dans le marché unique ou l’union douanière et d’opter pour un statut similaire à celui de la Suisse ou de la Norvège, c’est à dire de faire partie du clan européen sans participer à la prise de décision ni pouvoir y apposer son veto.

Toutes les portes ne sont pas les mêmes

D’après Nick Clegg qui en a consulté l’auteur, Lord Kerr, un avocat écossais, la question ne paraît pas tranchée de savoir si un pays ayant invoqué l’article 50 peut réintégrer l’UE.

L’inénarrable Guy Verhofstadt, membre belge du Parlement européen et responsable de la coordination de la réponse dudit Parlement au Brexit, a déjà averti que, dans l’hypothèse d’un retour dans le giron de l’UE, le Royaume-Uni ne bénéficierait plus du mécanisme particulier, complexe et injuste qui lui valait une réduction de sa contribution au budget de l’Union. « Tout comme dans Alice au Pays des Merveilles, toutes les portes ne sont pas les mêmes. »

Quoi qu’il en soit et même s’il considère le Parlement britannique comme une institution dépassée et dysfonctionnelle, « hogwartsienne » (« poudlardienne », en référence à l’école de sorcellerie dans la série Harry Potter), Nick Clegg demande instamment à ses concitoyens d’en appeler au leader du Parti travailliste, au représentant de leur circonscription au sein du Parlement et au Premier ministre lui-même en vue de les faire revenir à la raison dans des courriers dont il a rédigé les projets et qu’il a joints à son livre pour leur faciliter la tâche.

La vérité prévaudra

« À la fin, une simple vérité prévaudra : l’histoire et la géographie nous obligent à être des alliés, des voisins, des amis, partageant le même espace, les mêmes mers, le même continent et les mêmes valeurs. L’UE elle-même n’est pas immuable. Elle évolue constamment. Elle a une énorme capacité à contenir la diversité d’entre ses membres sous un même toit. Cette souplesse devrait permettre de réincorporer le Royaume-Uni dans l’un des cercles concentriques qui se dessinent dans l’Union. (…) En vérité, le Brexit n’a pas lieu d’être », conclut Nick Clegg qui prône la tenue d’une convention présidée par John Major, l’ancien Premier ministre conservateur britannique, une personnalité fort respectée au sein de tous les milieux politiques, et Mark Rutte, le Premier-ministre libéral des Pays-Bas.

« How to stop Brexit and make Britain great again », cet opuscule de l’ancien Vice-premier-ministre libéral-démocrate de Grande-Bretagne, au style vif et clair, sans complaisance pour qui ou quoi que ce soit, a le grand mérite de replacer le Brexit dans un cadre dénué de la propagande politique et médiatique, de dénoncer les mensonges flagrants d’une frange d’illusionnistes nostalgiques ou revanchards dans le monde politique et d’opportunistes dans celui des affaires et des médias, ainsi que de proposer une résolution de crise dont chaque partie, même l’Union européenne, pourrait sortir grandie.

Nick Clegg, How To Stop Brexit (And Make Britain Great Again), Bodley Head, 160 pages.

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  • Bonjour Thierry. Votre article est tout à fait représentatif de mes amis anglais ouverts et cultivés. Il ne l’est par contre pas des milieux d’affaires que j’ai connu. Hommes d’affaires au sens large, comprenant les lobbyistes et les fonctionnaires les défendant. Ils visent exclusivement leurs intérêts, même si ces derniers détraquent quelque chose d’important ailleurs. C’est normal dans ces métiers, me direz-vous. Oui en général, mais ça peut mal tomber à Bruxelles où les relations entre États ne sont pas strictement d’affaires. Sauf justement peut-être pour les Britanniques, qui par ailleurs n’ont pas les mêmes raisons historiques d’être Européens.

  • « Si une démocratie ne peut pas changer d’avis, ce n’est plus une démocratie »
    -> et si une démocratie annule un vote populaire, ce sera quoi ?

    • @ GN

      On vous voit de loin! C’est le Président de la République qui a fait marche arrière et qui n’a pas refait de referendum mais a fait passer la « Valda » au Parlement qui a suivi! Donc vous enguirlandez qui vous voulez mais pas l’U.E. qui n’y est, une fois de plus, pour rien dans vos tripotages!

      • J’enguirlande tout le monde : les gouvernements Français, Hollandais et Irlandais pour avoir piétiner les urnes et aussi l’UE qui a tout validé et qui a même poussé à le faire.
        Si l’UE veut être une nation digne de ce nom comme le gouvernement fédéral US, elle doit d’abord garantir les libertés fondamentales à tous ses états et à tous ses citoyens.

        • L’U.E. n’est pas un état comme les USA! L’U.E. crée l’organisation qui permet aux états de créer les directives approuvées par le Conseil et le parlements européen mais aussi les parlements nationaux.

          Et le traité de Lisbonne est une réécriture du traité refusé, qui a légalement été adopté dans chacun des états membres selon les modalités nationales! Croyez bien que le Conseil européen des chefs d’état et de gouvernement freine, pour certains, des 4 fers pour ne pas perdre leur part de pouvoir exécutif national!

  • « et d’opter pour un statut similaire à celui de la Suisse ou de la Norvège »
    -> pour l’instant, c’est l’UE qui bloque cette solution sous couvert de la complexité du dossier.

    • @ GN

      L’U.E. n’est pas un restaurant à la carte où ceux qui disent partir prétendent négocier leur retour, selon leurs exigences!

      Quand on fait une couennerie, on a assume la suite! Ce n’est pas un jardin d’enfant!

      Donc c’est logique! Où irait-on?

      • Logique mais de mauvaise foi guidé par la peur de la contagion : la Suisse et la Norvège prouve que la solution existe déjà, le remboursement de la ristourne n’est qu’un prétexte pour faire payer l’électeur anglais.
        De la part de l’EU qui prétend être un vecteur de paix entre les peuples, c’est une vrai tartufferie.

  • Mais non ! Les Britanniques ont fait preuve de clairvoyance en quittant la plus grosse institution bureaucratique depuis l’URSS.

    • @ Le Rouméliote

      Oui, je vous comprends! Vous étiez dans le groupe majoritaire qui encouragiez l’U.K. de quitter l’Union Européenne et vous refusez cet ensemble que la France ne dirige pas comme elle veut!

  • Commençons par appeler la chose par son nom, ce n’est pas le Brexit, la Grande-Bretagne reste là où elle est, c’est juste le reste de l’UE qui dérive dans des délires bureaucratiques, dogmatiques et néfastes pour le citoyen. Nous n’avons pas besoin de l’UE pour nous apprécier mutuellement entre Britanniques et non-Britanniques. Nous pouvons très bien nous respecter mutuellement, nous concurrencer parfois, sans pour autant perdre nos spécificités et nous fondre dans ce moule omniprésent « bon à tout propre à rien » des règles européennes. Les responsables européens nous vantent un « Brave New World », sa société lisse et structurée pour le bien de tous. Les Britanniques, eux, ont lu Huxley.

    • @ MichelO

      Je ne sais pas comment vous dire ça! Mais la vision de la France sur l’Union Européenne est à mon humble avis, pas du tout conforme à la réalité.

      Vous voyez ça comme un monstre bureaucratique et technocratique alors qu’il y a là, moins de personnel qu’à la mairie de Paris mais pour 450 millions d’Européens! Le caractère des décisions européennes est bien plus démocratique qu’en France et rien d’important (les « lois » appelées « directives ») n’est décidé sans l’accord de votre ministre concerné ni celui de vos représentants du peuple! Et si vous êtes lésé, rien ne vous empêche de vous adresser à la Cour Européenne de Justice parfaitement indépendante!

      Je sais bien que « Bruxelles » ou « l’Europe » a servi souvent de bouclier et « méchants responsables » en lieu et place de vos politiciens qui n’assumaient pas leurs choix et décisions! Résultat: c’est le marasme en France, pas en Europe car ce qui vaut pour la France ne vaut pas pour « tous les pays » comme je lis trop souvent sans du tout m’y retrouver comme beaucoup d’européens qui n’écoutent pas quand « les Français parlent aux Français »!

      • Comment je peux dire ça ? Ben j’ai travaillé dans des projets internationaux avec beaucoup d’Européens et aussi quelques non-Européens, j’ai rendu à plusieurs reprises visite à des collègues et amis qui travaillaient à la « grosse commission », parfois en étant appelé professionnellement et parfois plus personnellement, j’ai eu de longues discussions avec mes amis norvégiens, italiens, britanniques, j’ai fait partie et dirigé des instances de recherche et des comités de normalisation, j’ai essayé de mener les travaux qui me paraissaient justes et je suis parti furieux de ceux qui me paraissaient stupides et contre-productifs. La conclusion : au début, quand l’objectif de la Commission était en fait de favoriser les échanges et les collaborations sans trop se montrer directive, les avantages compensaient les inconvénients. Ensuite, quand les pouvoirs en haut de l’UE ont commencé à défendre des politiques sans rapport avec les intérêts ni la volonté des peuples, à intégrer à marches forcées les pays de l’Est en faisant passer les considérations politiques ou égalitaires au détriment de celles de compétence ou d’expertise, j’ai compris que la bureaucratie poursuivait ses propres objectifs, entretenait son existence déconnectée des citoyens de base, et était devenue une dictature du politiquement correct dont elle était seule arbitre. Le mépris des fonctionnaires européens envers tout ce qui n’est pas la bouillie de chat paneuropéenne, mais relève des individualités des citoyens, est stupéfiant, total, et inconvenant. Il y a sans doute eu d’autres facteurs, mais celui-là a suffi à faire basculer le vote au Royaume-Uni, comme il m’avait fait basculé d’un soutien fervent à l’idée européenne dans ma jeunesse et au début de ma carrière dans une préférence marquée pour les coopérations bi-latérales entre gens réellement motivés et enthousiastes pour collaborer, quand bien même l’UE ne ferait pas partie des financeurs.
        Enfin, pour faire court, votre comparaison UE / Mairie de Paris est parfaitement juste, et comme pourrait vous le dire tout automobiliste parisien, c’est bien là le problème !

        • @ MichelO

          Oui, j’ai regretté, sur le moment, la décision (par les « chefs » des états membres en premier lieu) d’accueillir aussi rapidement les pays ancien satellites de l’Union soviétique »: je crois maintenant que c’était un choix géopolitique et géostratégique évidemment jamais avoué. Une fois intégrés, il était important d’amener ces partenaires assez rapidement au niveau des autres pays européens dans la logique « fédérale » +/- tacitement acceptée actuellement, où les « fédérés » doivent acquérir leur rôle de « partenaire », sans plus dépendre perpétuellement de transferts financiers qui ne peuvent être permanents.

          Né à Bruxelles, j’ai eu l’occasion de fréquenter des « européens » dont la mentalité n’était pas toujours élégante, j’en conviens bien volontiers!

          Le métier de fonctionnaire, « haut » ou pas, ne les rapproche pas fort de la vie réelle, il faut bien le dire!

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